Critique de film

Dolan's Cadillac

"Dolan's Cadillac"
affiche du film

Un homme prépare une vengeance contre un criminel intouchable de Las Vegas qui est à l'origine de la mort de sa femme.

Les critiques à propos de ce film

Critique de Dolan’s Cadillac - Entre la berline et le tacot
Par : Damien Taymans

Stupeur et tremblements. Il existait donc encore un écrit de Stephen King, le maître de l’horreur, à n’avoir pas encore connu les faveurs de l’écran ? Un étrange oubli quand on s’aperçoit que depuis les années 70, l’oeuvre du romancier n’a jamais cessé d’être transposée sous quelque format que ce soit, du long métrage à destination des salles obscures aux mini-séries en passant par les téléfilms. Souvent longues et pénibles, lesdites adaptations s’enlisent en voulant restituer à la ligne près les paraphrases de l’auteur, afin de ne pas écorner son oeuvre. Un parti pris qui ne séduit jamais personne, ni les amateurs des romans originels qui trouvent la copie trop molle, ni les cinéphiles ennuyés par cette réplique plan-plan d’une histoire forcément plutôt atmosphérique.

Metteur en scène chevronné du télévisuel (La petite mosquée dans la prairie), Jeff Beesley transpose sans magie aucune une historiette publiée dans le recueil de nouvelles Rêves et cauchemars. Absent de la mini-série éponyme, Dolan’s cadillac décrit une sombre histoire de vengeance menée par un quidam, en l’occurrence Robinson, instituteur de son état, à l’encontre du meurtrier de sa petite amie. Dolan, trafiquant d’esclaves sexuels en provenance des quatre coins du monde, se révèle intouchable du fait même qu’il ne quitte que rarement sa Cadillac blindée de toutes parts, garnie d’un équipement high-tech et continuellement peuplée d’un gorille à la gâchette affutée...

Interprété par un Christian Slater tout droit sorti d’un Very bad trip, Dolan est la caricature même du roi de la pègre, incapable de sentiments, qui considère chaque être humain comme une nouvelle chair à canons juste apte à remplir ses poches déjà grouillantes de billets verts. A l’opposé, Robinson et s est un individu intègre, bien sous tous rapports, présenté face à sa classe afin de faire reluire encore davantage l’éclatante blancheur de son casier judiciaire. Sain de corps et d’esprit, Robinson dénote avec le cadre perverti de Las Vegas où crapules et magouilleurs se graissent avidement la patte en toute impunité. "What happens here stays here" rappelle d’ailleurs une pancarte comme pour sceller un pacte secret passé avec cette étendue désertique où sont entassés des tonnes de cadavres, reliques d’une mafia du crime parfaitement huilée. Dolan lui-même adopte à la lettre l’adage puisqu’il parvient à ensabler un camion entier avec tout son équipage et à commercialiser à la pelle de nouvelles créatures au nez et à la barbe des autorités. Son complet irréprochable, paravent de ses malversations et sa Cadillac cuirassée, protection infaillible perdent de leur superbe face au piège que leur tend Robinson, animé par une irrépressible soif de vengeance, alimentée à demi-mot par le spectre de sa dulcinée (une excellente idée trop rapidement balayée).

La surprise ne dure que quelques instants, amenuisée par des entretiens longuets entre les différents protagonistes. Dolan’s cadillac possède tous les inconvénients d’une mauvaise pièce : interminables dialogues, fixisme de la mise en scène, champ de l’action restreint. En étirant à l’envi la nouvelle originelle pour lui faire atteindre le timing parfait, le scénariste Richard Dooling (qui connaît King pour avoir oeuvré pour Kingdom’s hospital, la version américaine con-con de la série de Von Trier) a contribué à une nouvelle débâcle audiovisuelle d’une oeuvre kingienne. Dolan’s cadillac est à l’instar du véhicule mentionné une berline de luxe finalement inoffensive...


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