Gilles Gabriel, chanteur des 80's en plein come-back, est tué dans un accident de voiture causé par Jean-Christian Ranu, comptable à la COGIP. Mais Gilles Gabriel n'est pas totalement mort : son esprit bien vivant a atterri dans le corps de Ranu, qui ne comprend pas qui est cette personne qui parle dans sa tête. Gilles, lui, n'a aucun contrôle des mouvements de son hôte. Gilles et Ranu vont vite se rendre à l'évidence : ils n'ont rien en commun, sauf ce corps qu'ils vont devoir partager. C'était déjà compliqué chacun de leur côté... alors maintenant, à deux dans la même personne...
Gilles Gabriel, ancienne gloire ringardissime des eighties qui fit fureur avec la chanson Flou de toi, met les gaz pour échapper au motard qu’il vient d’injurier. Sur le chemin de sa 4x4 se trouve Jean-Christian Ranu, employé miteux d’une multinationale lambda située dans le quartier de la Défense. Malgré la violence de l’impact, Ranu s’en sort sans la moindre séquelle, tandis que Gabriel traverse de son côté le Styx. La mort d’une idole dont les fans se comptent sur les doigts de la main ? Pas tout à fait puisque l’esprit du Mike Brant des supermarchés s’invite dans la boîte crânienne de Ranu, contraint et forcé de partager son cerveau…
Une comédie française avec deux étoiles bankables en tête d’affiche, ça sent le déjà-vu. Pire, le déjà-régurgité. Des œuvres fondées sur des
tandems comiques formés par De Funès et Bourvil, Depardieu et Richard, Depardieu (encore lui !) et Clavier, Clavier et Réno, le panorama comico-comique tricolore en compte des dizaines qui perdent d’années en années de leur superbe à force de recycler sans cesse des effets gags vieillots. Pourtant, le concept même de La personne aux deux personnes annonce une version décalée de ces buddy movies, l’intégralité du métrage reposant essentiellement sur l’interprétation de Daniel Auteuil (largement plus convaincant que dans d’obscurs Veber), le rôle de Chabat se limitant pour le coup à une voix-off. L’originalité de l’entreprise constitue du même coup son plus gros défaut. Réduit à un personnage unique mimant, singeant et s’auto-flagellant en public pour éviter de subir les résonances vocales assénées par son cohabitant, l’œuvre aurait pu s’engourdir dans son propre concept.
Mais, deux génies manient le gouvernail avec une adresse de vieux loups de mer cinématographiques et bâtissent un scénario qui cumule les péripéties et entrave toute redondance rébarbative. Nico et Bruno, sous leurs patronymes réduits à leur plus simple appareil, cachent un curriculum impressionnant : maîtres adaptateurs (la série anglaise The Office francisée et devenue Le Bureau avec François Berléand, le scénar’ du 99 francs de Jan Kounen) et détourneurs de talents (les sublimes et mordants Messages à caractère informatif de Canal + qui utilisent des vidéos d’entreprises dont les voix ont été doublée spar leurs soins), ils persévèrent dans leur art, à savoir l’introspection du milieu de l’entreprise qu’ils détaillent avec acidité et panache. Bien plus que les complexités quotidiennes vécues par l’hôte malgré lui, La personne aux deux personnes s’intéresse aux milieux sociaux et aux phénomènes qui les gangrènent : d’une part, le fixisme d’une entreprise plus compétitive, la COGIP, multi-évoquée dans les featurettes des deux compères et, d’autre part, le recyclage musical façon TF1 qui permet à certains has been de revenir sur le devant de la scène ou à d’autres de faire leurs premières armes à l’instar d’une Cindy Sander. Papillon de lumière qui se meurt sous les projecteurs, le chevelu Gilles Gabriel alimente quotidiennement son insatiable envie de connaître à nouveau les feux de la rampe lorsqu’il entend son tube Flou de toi (le clip, trouvable sur Youtube est dément) programmé sur les ondes de Radio Nostalgie illustre à merveille cette peopleisation gerbante régie
par le nombre de secondes d’apparition sur le petit écran. De son côté, Ranu subit également la loi de l’indifférence autant vis-à-vis de ses collègues, de sa patronne (Marina Foïs) que des inconnus qui passent tous les jours devant les fenêtres de son appart minable aux motifs rappelant ceux, à l’imagerie puissante, d’un Orange mécanique.
Excessif dans son étalage de la ringardise, poussif dans son humour acerbe, La personne aux deux personnes excelle dans son domaine, naviguant continuellement entre la drôlerie de Fous d’Irène et l’étrangeté de Dans la peau de John Malkovich qui exploitaient un filon similaire. Seule ombre au tableau : une deuxième partie qui se traîne un peu et un final d’une lamentable facilité qui transforme cette symphonie formidablement orchestrée en une cacophonie assourdissante sur la durée.
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