Critiques/Analyses

The Strain - Les 5 ingrédients d’un succès annoncé

1er août 2014 | Par : Quentin Meignant

La série de Del Toro fait la nique à bien des concurrents

Les temps ont changé. A l’époque considérées comme un mode d’expression mineur, les séries télévisées sont devenues l’apanage des plus grands sous la coupe de chaînes telles qu’HBO ou AMC, toujours promptes à offrir à leurs spectateurs des spectacles hors normes. De Game of Thrones à American Horror Story en passant par Following ou True Detective, les showrunners se font petit à petit un nom qui a autant de résonance que celui des plus grosses pointures hollywoodiennes, tandis que le public féru de genre, lui, applaudi des deux mains.

Il n’est donc pas étonnant de voir de plus en plus de célébrités du Septième basculer vers ce qui était jugé à l’époque comme le côté obscur de la force. Si Steven Spielberg fait depuis bien longtemps ses armes sur le petit écran et a prouvé qu’il en était devenu l’un des plus éminents producteurs, le passage à l’acte de Guillermo Del Toro, à qui l’on doit quelques chefs-d’oeuvre cinématographiques de premier ordre, a fait de cet été une période d’ores et déjà dorée et historique.

Si le cinéaste mexicain avait déjà fréquenté les plateaux de tournage de la télévision de son pays en tournant cinq épisodes de la série fantastique Hora Marcada à la fin des années 80, c’est la première fois qu’il se retrouve aux commande et à la source d’une production télévisuelle, de surcroît sur le territoire de l’Oncle Sam, contrée où la concurrence est féroce et les élus très peu nombreux.

Mais le simple fait de voir débarquer ce monstre sacré du cinéma dans le microcosme de la télé ricaine, de surcroît entiché d’un néophyte appelé Chuck Hogan, le tout pour la chaîne FX qui ne passe pas non plus pour être la principale pourvoyeuse de pépites télévisuelles, avait de quoi susciter l’enthousiasme autant que cela pouvait poser question.

La réponse à celle-ci coule de source dès les premiers épisodes, suivis en masse aux States et replaçant plus que jamais la chaîne FX sur le devant de la scène. Après un premier épisode long de 69 minutes suivi par près de trois millions de téléspectateurs, les deux suivants se sont stabilisés à hauteur de 2,5 millions, soit des audiences plus qu’encourageantes qui démontrent, s’il en était besoin, de la clairvoyance d’une production armée pour durer. Voici cinq des raisons qui font de The Strain, après trois épisodes seulement, un incontournable de la scène télévisuelle américaine.

1° UN CRÉATEUR QUI SE MOUILLE :

Voir le nom de Guillermo Del Toro apposé à une production est un indéniable gage de sérieux, voire de qualité. Le cinéaste mexicain n’a plus rien à prouver en tant que metteur en scène et a déjà fait preuve de clairvoyance en tant que producteur (Mama, Les Yeux de Julia). Là où il aurait pu servir de simple prête-nom ou de simple producteur exécutif peu regardant, le metteur en scène s’est engagé sur le projet au point d’en réaliser trois épisodes (deux pas encore diffusés et le pilote qui nous amène directement au second point). Ne se contentant donc pas de mettre son nom en avant, Del Toro a pris les choses en mains, quitte à connaître son premier revers la concurrence faisant rage, et mis son incroyable expérience au service de ses assistants.

2° UN PILOTE DIGNE D’UN LONG MÉTRAGE :

C’est désormais souvent le cas dans le monde de la télévision : à peu de choses près, les pilotes des séries ressemblent de près ou de loin à un long métrage à part entière. The Strain ne fait pas défaut à ce qui est devenu une tradition et le fait bien développant à la fois mystère dans son entame et début de résolution en cours de programme. Mais la série frappe particulièrement fort au niveau de la caractérisation de ses personnages principaux, dont la vie privée n’a déjà (presque) plus de secrets pour les spectateurs. Là où, vu l’ambiance glaçante de ses premières minutes et le développement d’une intrigue de plus en plus épaisse, certains cinéastes auraient pu s’enclaver dans un carcan impersonnel, Del Toro et Chuck Hogan prennent le temps de s’attacher à l’histoire de chacun des personnages.

3° RETOUR AUX SOURCES :

Les fans du réalisateur ne s’y tromperont pas dès les premières images : une telle série ne pouvait émaner que de Guillermo Del Toro. Non pas que d’autres showrunners ou metteurs en scène n’auraient pas pu donner vie à une telle production, mais simplement pour le traitement visuel apporté aux premières créatures. Celles-ci n’en sont pas vraiment puisqu’il ne s’agit que d’une partie infime de leurs membres. Qu’il s’agisse d’une scène d’autopsie funeste ou, simplement, de la découverte d’un des personnages-clé du récit, le design des "monstres" n’est pas sans rappeler l’incroyable qualité de ceux de Mimic, production qui, à l’époque, avait enthousiasmé la critique et porté aux nues un cinéaste qui faisait alors ses premiers pas sur le marché américain. Il s’agit donc d’une certaine façon d’un retour aux sources pour Guillermo Del Toro qui, après ses kaijus de Pacific Rim, voit plus petit mais tellement grand à la fois.

4° UNE ESTHÉTIQUE TRANCHÉE :

Certains esprits ronchons diront que toutes les séries se ressemblent à l’heure actuelle au niveau de l’esthétique : il est vrai que le soin apporté à Game of Thrones, dont chaque épisode coûte un pont, ou le look visuellement très léché d’Hannibal semblent désormais s’imposer comme une évidence. Guillermo Del Toro botte en touche ou plutôt frappe un grand coup de pied dans la fourmilière en conférant à The Strain une identité propre et parfois kischissime. En atteste notamment le décor choisi pour installer Abraham Setrakian, campé à merveille par David Bradley, personnage central dont la profession n’est autre que prêteur sur gage. Outre des objets confisqués et un capharnaüm sans nom, l’endroit brille par les reliques de son sombre passé et pas une luminosité très faible. Celle-ci contraste particulièrement avec des séquences aux couleurs criardes, voire carrément bleutées ou fluo, directement héritées du travail de Del Toro sur Hellboy. Si quelques spectateurs trouveront le tout bancal, le parti pris par la production aura le mérite de changer du carcan désormais habituel des petits écrans et prouve les intentions originales de Del Toro au moment de s’attaquer à un univers où il avait très peu d’expérience.

5° LA RELECTURE D’UN MYTHE :

C’est un secret de polichinelle vu que le pitch en faisait état malgré un premier épisode très mystérieux à ce sujet : The Strain est une série... de vampires. Mais oubliez les standards de notre époque qui ont fait de ces indécrottables séducteurs des bellâtres décérébrés (Twilight), des créatures poétiques (certes réussies dans Byzantium) ou des bouffons de la nuit (dans l’excellent What we do in the Shadows), les vampires de Del Toro et Chuck Hogan redeviennent ces personnages mystérieux, sombres et froids qu’ils avaient avant l’habitude d’être. Si, après trois épisodes, la présence du grand maître, son look, sa manière étrange de se déplacer et ses intentions sont encore inexpliqués, ce qui confère encore plus de mystère à ce qui devrait donc devenir un personnage central, la présence de quelques autres créatures de la nuit sont un indéniable gage de qualité et de respect. En appelant autant au Nosferatu des grandes heures vu le design de certains infectés qu’au Dracula d’Universal vu la prestance de certains grands décideurs en passant par l’aspect craspec et parfois spectaculaire de quelques transformations (chute de dents et d’organes divers, langue monstrueuse, vers dans tous le corps), Del Toro parvient à se réapproprier le mythe originel, depuis longtemps oublié par les plus jeunes. En plus de constituer l’une des relectures les plus convaincantes de ces dernières années sur le sujet, The Strain est donc d’utilité publique.

Une chose est certaine, en créant The Strain, Guillermo Del Toro et Chuck Hogan semblent vouloir faire passer la production télévisuelle à un échelon encore supérieur. Et force est d’avouer que si la série ne déprécie pas au fil des épisodes, la concurrence sera bien obligée de s’aligner.

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