Critique de film

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The Homesman

"The Homesman"
affiche du film

En 1854, trois femmes ayant perdu la raison sont confiées à Mary Bee Cuddy, une pionnière forte et indépendante originaire du Nebraska. Sur sa route vers l’Iowa, où ces femmes pourront trouver refuge, elle croise le chemin de George Briggs, un rustre vagabond qu’elle sauve d’une mort imminente. Ils décident de s'associer afin de faire face, ensemble, à la rudesse et aux dangers qui sévissent dans les vastes étendues de la Frontière.

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Trailer - The Homesman (2014)
Par : Damien Taymans

Les critiques à propos de ce film

Critique de The Homesman - L’Ouest à rebours
Par : Fred Bau

S’il fut un temps où des artistes comme John Cassavetes, Roman Polanski, et Charlie Chaplin ou Orson Welles avant eux, particulièrement doués des deux côtés de la caméra, étaient des exceptions, il est récurrent de voir aujourd’hui, pour le meilleur et pour le pire, des acteurs passer derrière l’objectif. Dans ce climat où Clint Eastwood demeure une figure admirée et reconnue, Tommy Lee Jones apparaît comme un réalisateur tardif, aussi rare qu’il aura été un acteur prolifique, puisqu’il ne compte à ce jour que deux téléfilms, et deux péloches pour le grand écran. Oui, mais voilà, quelles péloches ! A l’inverse de sa longue carrière d’acteur diversifiée, c’est le western qui l’accapare semble-t-il en tant que réalisateur. Trois Enterrements, sorti en 2005, est un film de cowboys moderne, rugueux et sans concession, qui à travers le parcours de deux hommes que tout oppose, aborde la problématique du rapport USA-Mexique. Avec son deuxième film, The Homesman, c’est à la mythologie de l’Ouest qu’il s’attaque cette fois-ci, pour nous livrer une oeuvre non moins frontale, aussi minimale que dense.

1855, grandes plaines du Nebraska, au centre de l’Amérique du Nord. La conquête de l’Ouest est en cours, et le train transcontinental n’existe pas encore. Mary Bee Cuddy (Hilary Swank), pionnière célibataire aussi forte qu’indépendante, se porte volontaire pour reconduire vers l’Est, chez un pasteur qui vit dans l’état voisin, l’Iowa, trois femmes mariées ayant perdu la raison. Pour cette tâche difficile et périlleuse, elle s’adjoint les services de George Briggs (Tommy Lee Jones), un vagabond marginal qu’elle sauve in extremis de la pendaison.

Dans The Homesman, tout commence par le portrait croisé, déchirant et dévasté, de ces quatres femmes. Mary, que nul ne veut épouser, est murée dans sa solitude, comme les trois démentes le sont dans leurs aliénations mentales. Toutes quatre ont en commun d’être entourées d’hommes trop désarmés psychologiquement, par lâcheté ou faiblesse, pour parvenir à les soutenir. Les terres sauvages du Nebraska, pas ou peu cultivées, sont le sol où les trois aliénées sombrent dans des états qui ruinent toute espérance d’avenir. L’une ne tombe pas enceinte, l’autre voit la dysenterie emporter ses trois enfants, et la troisième jette son nourisson, encore vivant, dans le trou des latrines. Dès les premières minutes, avec des images aussi sobres que puissantes et dérangeantes, Tommy Lee Jones plante le décor d’une tension dramatique où les westerns crépusculaire et spaghetti ont déjà eu lieu, alors que chronologiquement, la colonisation des territoires de l’Ouest va durer encore près de quarante ans.

Cette remontée éprouvante vers l’Est sera pour Mary Bee Cuddy et George Briggs l’occasion de se dévoiler l’un à l’autre, et à travers le lien authentique que parviennent à nouer ces deux personnages, le moteur d’une lecture à rebours du mythe du Far-West. Comme dans Trois Enterrements, le mouvement migratoire est le coeur d’un récit continental. Tommy Lee Jones expose cette fois-ci avec une simplicité imparable les ingrédients fondamentaux de la civilisation américaine : religion, capitalisme sauvage, culte de l’armement, génocide, non obstant la misère sous-jacente qui fit migrer tant de populations européennes vers l’espérance d’un monde meilleur. Mettant, au delà du ton dramatique, le doigt sur le tragique, sur ce qu’il a de terrible, et sur sa dimension irréductible au discours moralisateur, l’acteur-réalisateur a l’élégance de préférer le salut du satyre, à la posture tourmentée du donneur de leçons. Avec une filmographie nettement inférieure quantativement, Tommy Lee Jones se révèle plus libre et aéré que Clint Eastwood, probablement parce qu’il est moins englué dans le questionnement moral et religieux.

Photographie superbe. Images sobres traversées d’éclairs poétiques. Mise en scène minimaliste et cadrage classique. Mouvements de caméra précis, calibrés. Montage ultra carré, sans fausses notes. Tout serait presque trop parfait dans ce western tragique, n’est cette ligne narrative absolument décalée, expression d’une ironie sauvage, aussi rude que libre. Magistral.

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