Critique de film

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Red Nights

"Les nuits rouges du bourreau de jade"
affiche du film

Sous le règne du premier empereur de Chine, un tortionnaire savant, féru d’acupuncture, de médecine et d’alchimie concocta un élixir qui paralysait les membres de la victime, tout en décuplant la sensibilité des moindres terminaisons nerveuses. Sous le coup d’une overdose de sensation, le supplicié pouvait aussi bien endurer un excès de plaisir comme des douleurs insupportables. Tout dépendait de la partie du corps que le bourreau stimulait, et de la façon dont il opérait cette stimulation. Pour ce faire, il usait de griffes de jade, pierre chinoise mythique que l’on disait vivante. Ces griffes pouvaient aussi bien prodiguer de délicieuses caresses, d’érotiques attouchements, que d’épouvantables lacérations. C’est la nature de ces instruments, et le fait que l’élixir était conservé dans un crâne de jade, qui donna au tortionnaire son nom de Bourreau de Jade. Las, son succès finit par rendre jaloux ses rivaux et l’empereur lui-même, car ne disait on pas qu’avant de mourir, ses victimes féminines connaissaient sous les doigts du bourreau de jade une extase telle qu’aucun homme ne pouvait leur procurer. Le bourreau fut déchu et poursuivi pour révéler son secret. Rongé lui-même par le désir de connaitre les sensations extrêmes qu’il procurait à ses victimes, il se donna une mort amplifiée par l’absorption de son propre poison. Ses poursuivants ne trouvèrent pas le crâne, qui avait été dissimulé au coeur d’un large sceau impérial. Mais la malédiction du crâne de jade, qui avait causé la mort de son créateur, perdura à travers le sceau, apportant le malheur à tous ceux qui le possédèrent. Jusqu’à aujourd’hui...

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Les critiques à propos de ce film

AVANT-PREMIERE - Red nights
Par : Seb Lecocq

Samedi 23 avril, minuit, au Nouveau Latina, petit cinéma situé en plein quartier joyeux de Paris, se tenait la soirée courue par le who’s who des cinéphiles bis parisiens. Le fin du fin, la crème de la crème, le haut du panier de la véritable intelligentsia cinéphilique parigote. Une soirée où seuls les gens bien sont conviés et acceptés (ndla : c’est pour ça que nous en étions). Vous me direz que c’est le cas toutes les semaines parce que Panic Cinéma !, c’est tous les samedis. Je vous répondrais que « oui c’est vrai, mais que en fait, cette fois, c’était encore plus exceptionnel que d’habitude ! ». Pourquoi ? Parce qu’était projeté, en avant-première française, le film de Julien Carbon et Laurent Courtiaud, Les nuits rouges du bourreau de jade, pardi. Mais ce n’est pas tout, la soirée s’annonçait riche en surprises et en invités de marque. Et elle l’a été car les deux scénaristes-réalisateurs, ainsi que leur équipe, étaient de la partie pour présenter leur premier film.

La soirée débutait vers 22h30 et j’arrive vers 23h. Oui il faut toujours arriver un peu en retard lors des grandes soirées. Bonne surprise : il y a déjà pas mal de monde devant le cinéma, dont les deux réalisateurs, verre de Dry Martini et cigare à la main, discutant avec les personnes déjà présentes. A l’étage dans le bien-nommé « Salon Rouge », l’ambiance musicale est assurée par les frères Cortès a.k.a Les Seppuku Paradigm a.k.a les compositeurs de la bande originale du film. Première surprise, donc. Le salon est l’occasion de voir Pascal Laugier venu soutenir ses collègues, de recroiser certains habitués de la séance de minuit, et d’échanger quelques impressions post-Bifff. Bon esprit quoi. Un peu après minuit, oui il faut toujours débuter les grands événements avec un peu de retard sinon ce n’est pas vraiment un grand événement, les portes de la salle principale s’ouvrent, permettant aux spectateurs de rentrer et de s’installer dans les fauteuils douillets du Nouveau Latina. Après une intro made in Panic Cinéma !, c’est-à-dire en criant très fort et en répétant « Panic Cinéma ! » toutes les dix secondes, et une distribution de biscuits de la chance, les invités déboulent sur scène. Outre les deux réalisateurs, anciens scénaristes de Tsui Hark, Johnnie To et Wong Kar Wai, se succéderont sur scène : les Seppuku Paradigm, le monteur du film Sébastien Prangère tandis que la bombastic Carole Brana assure la touche sexy qui manquait à la soirée. Une jolie surprise donc.

Après un petit mot de chacun et le running gag du micro hanté, la plus belle surprise de la soirée est offerte aux heureux élus du soir avec la présentation, pour la première fois, du court-métrage Betrayal, petite préquelle aux Nuits Rouges, présentant le personnage de Carrie Ng et les origines du fameux Bourreau de Jade. Malgré des conditions de productions difficiles, trois jours de tournage en guise de tour de chauffe pour la caméra Red, un montage basique et un mixage sonore « tout pourri » pour reprendre les mots de Laurent Courtiaud et une projection en dvd, le film s’avère être vraie réussite technique et esthétique. Betrayal est un (très) bon court métrage à l’atmosphère de film noir fétichiste et sensuelle, porté par le fantasme ambulant qu’est Carrie Ng .

Une excellente introduction au long métrage du duo donc qui justifie peut-être à elle seule notre présence en salle. Nouvelles petites interventions de l’équipe du film, mini interview et running gag du micro hanté avant le début de la projection du long métrage dans d’excellentes conditions. Une heure trente plus tard, on sort de la salle avec l’impression d’avoir vu un film complètement à part dans le paysage cinématographique français. Loin des standards esthétiques « deux pièces –cuisines » de la production parisienne standard, Les Nuits Rouges est une friandise pour les yeux, un repas gastronomique visuel fétichiste, sensuel, sexuel, violent et pervers. Un film qui marque son audience et qui, à coup sur, va diviser le public et susciter le débat. Bon 2h37, il est temps de chopper un Vélib’, de croiser le chanteur Christophe à la sortie du ciné et de rentrer se coucher en espérant apercevoir la silhouette de Carrie Ng dans un wet dream adolescent.

Critique de Red Nights - How to make a Dry Martini
Par : Alan Deprez (Vivadavidlynch)
Tags : BIFFF 2011

Première réalisation des frenchies Julien Carbon et Laurent Courtiaud, exilés à Hong Kong, où ils se firent rapidement un nom en tant que scénaristes, Red Nights peut s’envisager comme l’aboutissement légitime d’une (jeune) carrière, cristallisant avec maestria les diverses obsessions de ses auteurs. Auparavant, le duo de scénaristes (formés à la Film Workshop de Tsui Hark) s’était chargé des scripts de Running Out of Time (Johnnie To, 1999), The Black Door (Kit Wong, 2001), The Touch (Peter Pau, 2002) et du « nawakesque » (mais ultra jouissif) Black Mask 2 : City of Masks (Tsui Hark, 2002). Excusez du peu… Un parcours qui les installa définitivement dans l’industrie locale, étoffa leur carnet d’adresses et posa autant de jalons menant à une œuvre-somme, loin des productions « mainstream » aseptisées, de plus en plus anodines… Un véritable rêve de fanboy « asiatophile ».

Red Nights (alias Les nuits rouges du bourreau de jade, un des plus beaux titres admirés récemment) clame haut et fort sa singularité, ainsi que son caractère atypique, via un scénario dont les « béances » sont un tremplin pour l’imagination du spectateur, appelée à fonctionner à plein. On y suit l’itinéraire d’une néo-femme fatale, Frédérique Bel (Camping, La minute blonde, Les dents de la nuit), vêtue d’un imper « Melvillien » et à la gâchette facile, qui se retrouve mêlée à un trafic d’œuvres d’art, impliquant une beauté vénéneuse/mortelle/belle à mourir (biffer la mention inutile), prête à tout pour mettre la main sur l’objet en question (héroïne incarnée par Carrie Ng, qui d’autre ?). Un scénario-prétexte donc, car les enjeux sont ailleurs. Dans la création minutieuse d’un univers fantasmatique et sulfureux, qui demande au spectateur un abandon total, afin d’en apprécier les nombreuses « saveurs »…

A la source de ce que l’on pourrait qualifier d’intense « trip visuel », la direction photo de Man-Ching Ng et le production design d’Horace Ma offrent un écrin somptueux à l’univers de Carbon/Courtiaud, ouvertement pictural et référentiel. Renvoyant visuellement à l’ambiance délétère de certaines œuvres de Mario Bava (la lumière, toute en couleurs saturées) et aux grandes heures du giallo transalpin, Red Nights se révèle surtout une ode fétichiste, avec tout ce que cela sous-entend. Eminemment érotique (la nudité est exhaltée par une caméra presque « charnelle », frôlant les corps à même la peau) et sensuel, le film déborde de l’amour de filmer de belles femmes, dans des tenues magnifiques (robes de soirée, escarpins - cf. tendance à la podophilie-fétichisme des pieds, …), qui jouent au chat et à la souris dans une atmosphère de film noir ou s’adonnent à des pratiques perverses, connotées BDSM (rappelant les sphères du bondage « arty » à la japonaise, l’univers du magazine SM Sniper, le travail de Nobuyoshi Araki, …). Une sophistication certaine, idéalement servie par un casting 5 étoiles : en plus de Frédérique Bel (plutôt inattendue, mais par instants un des points faibles du film), on se retrouve face à une distribution hétéroclite, dont le centre d’attraction est la sublime Carrie Ng (City on Fire de Ringo Lam, Naked Killer, Justice, My Foot ! de Johnnie To, The Lovers de Tsui Hark, …), aux-côtés de la craquante Kotone Amamiya (bien connue des amateurs d’adult videos - AV, un visage que l’on n’oublie pas…), de la belle Carole Brana (A l’aventure de Jean-Claude Brisseau, les séries Sections de recherche et Femmes de loi) et de cette vieille trogne de Jack Kao (La cité des douleurs & Millenium Mambo d’Hou Hsiao-hsien, Full Alert de Ringo Lam, Time and Tide de Tsui Hark).

Red Nights , hommage enamouré à la belle Carrie Ng, qui convoque le meilleur des productions Category 3, des romans pornos de la Nikkatsu, des œuvres de Koji Wakamatsu et des fulgurances esthétiques de Teruo Ishii (entre autres multiples références), comblera à coup sûr tout esthète érotomane qui se respecte ou chaque spectateur qui acceptera de se laisser emporter dans pareille expérience « sensorielle » (et passera outre de minimes problèmes de rythme). Un voyage cruel à travers le plaisir et la douleur, fortement érotisé et à la splendeur « plastique » indubitable… Inoubliable…


Critique de Red nights - Nuit magique
Par : Fred Pizzoferrato

Français passionnés par le cinéma asiatique, Julien Carbon et Laurent Courtiaud se signalent en 1999 en rédigeant le scénario de Running out of time, un des meilleurs polars hongkongais de ces dernières années. Poursuivant leur carrière de scénaristes (Le talisman, Black door et le piteux mais distrayant Black mask 2), les duettistes prennent le temps de peaufiner leur premier long-métrage en tant que réalisateurs, Les nuits rouges du bourreau de Jade. Ce-dernier constitue un superbe livre d’images rendant un hommage vibrant à toute une page du cinéma bis de ces cinquante dernières années et, en dépit d’un accueil critique contrasté et de quelques faiblesses, proclamons le d’entrée, le résultat s’avère une expérience enthousiasmante de grande qualité.

Le principal reproche que l’on pourrait adresser au métrage de Carbon et Courtiaud réside, sans doute, dans cette intrigue rachitique, proche du simple argument, d’autant que le duo a forgé ses armes en tant que scénaristes. Toutefois, ce défaut se trouve en partie compensé par des idées brillantes, à l’image des scènes d’opéra cantonnais utilisés comme un chœur antique pour raconter la légende servant de base au scénario, celle du Bourreau de Jade et de son mortel poison. Des passages qui, en outre, ancrent davantage le film dans la culture asiatique et lui évitent de pesants bavardages en choisissant de commenter l’action via le chant.

Nous suivons donc plusieurs protagonistes, à commencer par la mystérieuse Carrie (la toujours très belle Carrie Ng), laquelle s’inspire du Bourreau de Jade, exécuteur des tortures raffinées commanditées par le premier empereur de Chine. Ce-dernier était passé maître dans l’art d’infliger les plus cruelles souffrances à l’aide de griffes d’acier et d’un poison censé procurer une extase de plaisir et de douleur. La belle Carrie, aidée de son amant, cherche à s’emparer du poison en question, actuellement en possession de Catherine, une Française recherchée par la police et venue se réfugier à Hong Kong. Mais une trafiquante d’antiquité, Sandrine, et un patron de la pègre, Monsieur Ko, sont, eux aussi, sur la piste de la légendaire potion.

Sous un titre intrigant renvoyant aux serials, à la littérature de gare façon Fu Manchu, aux Wu Xia de la Shaw Brothers et, bien évidemment, aux gialli se cache une œuvre vénéneuse, sensuelle et visuellement superbe s’inspirant de tous les sous-genres précités pour aboutir à un ensemble fétichiste et fantasmatique. L’Asiatique Carrie Ng (Naked killer, Sex and zen) et la Française blonde Frédérique Bel, pas toujours convaincante mais indéniablement hitchcockienne en dépit d’une interprétation à l’amateurisme parfois agaçant, se livrent à un jeu du chat et de la souris dans un Hong Kong sublimé par une photographie splendide. Les cinéastes alternent, en effet, les plans ensoleillés à la lumière caressante et les scènes nocturnes utilisant un éclairage fortement contrasté rappelant, bien évidemment, Dario Argento et Mario Bava.

Focalisés sur la souffrance et le plaisir, Carbon et Courtiaud proposent par conséquent un film déviant, baigné dans le sadomasochisme, transformant les protagonistes féminines (les hommes n’ayant qu’un rôle secondaire) en purs objets sexuels irradiant de désir. Les deux complices, manifestement « dans leur trip », filment avec sensualité les corps dénudés, ligotés, martyrisés, captant chaque soupir de plaisir et chaque râles d’agonie avec la même emphase. Fétichistes, ils laissent leur caméra glisser sur les jambes des demoiselles et assument leur dévotion envers les pieds féminins, surtout s’ils portent des escarpins sexy. Si la première scène est formidable, la séquence la plus mémorable reste probablement celle au cours de laquelle Carrie Ng, lascive à souhait, donne sa recette pour confectionner le parfait Dry Martini. Après une longue préparation du cocktail, la belle le déguste du bout des lèvres avant de le verser sur les plaies sanglantes d’une de ses victimes ligotée et écorchée vive. Des mises à morts excessives et outrageusement sexualisées exécutées par une Carrie Ng séductrice et psychopathe renvoyant Ilsa au rang d’amatrice peu inspirée.

Rendant également hommage aux polars à l’ancienne, le dynamique duo propose, en outre, une poignée de fusillades de haute volée, dont une magnifique séquence utilisant magistralement le split-screen à la manière des classiques des seventies. Dommage que la confrontation finale demeure en deçà des attentes et se révèle un peu trop conventionnelle pour pleinement convaincre, un léger bémol qui ne pèse finalement pas bien lourd face à la profusion de scènes marquantes et d’images sublimes envahissant l’écran. Sensitif, Les nuits rouges du bourreau de Jade convoque une bonne dose d’érotisme dans ses scènes de tortures mais ne se départit jamais d’une classe évidente et d’une mise en scène inspirée. Chacun des plans devient, dès lors, un véritable tableau à la composition étudiée et à l’esthétisme foudroyant.

Beaucoup plus digeste que l’intéressant et similaire (mais bien trop long) Amer, l’œuvre de Carbon et Courtiaud s’impose, en dépit de ses défauts évidents (une intrigue légère et accessoire, le jeu hésitant de Frédérique Bel) comme une expérience visuelle incroyable et un des plus bel hommages possible à tout un pan du cinéma populaire. Les cinéphiles biberonnés au cinéma populaire des sixties et des seventies ne pourront logiquement que s’agenouiller devant la splendeur de Les nuits rouges du bourreau de Jade aussi fascinant que référentiel.

La délicate épreuve du premier long-métrage s’avère largement gagnée pour les talentueux Frenchies, autrefois responsables de l’excellent magazine spécialisé HKMag. En tout cas, nous suivrons leur carrière avec attention car, avec un meilleur scénario et un sens visuel intact, nos compères risquent fort d’accoucher d’un chef-d’œuvre et c’est bien tout le mal qu’on leur souhaite !


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