Renvoyez la censure !

RENVOYEZ LA CENSURE !

10 novembre 2012 | Par : Darkness Fanzine

Des salles spécialisées pour les films d’horreur ?

Si l’on en croît la presse de ces derniers-jours, Sinister de Scott Derrickson risque d’être retiré de l’affiche d’une quarantaine de salles de cinéma, partout en France, après les incidents qui ont émaillé les projections du film Paranormal Activity 4 de Ariel Shulman le 31 octobre dernier à Mantes-la-Jolie (Yvelines) et Montataire (Oise), évènements durant lesquels de jeunes adolescents très agités ont profité de la célébration d’Halloween et de la sortie simultanée du film pour semer une pagaille indescriptible dans les deux cinémas. Dégradations, insultes et affrontements se sont invités parmi les spectateurs. Fait divers regrettable ou acte savamment préparé ? Toujours est-il que face aux risques financiers très importants et réels que font peser sur le distributeur d’éventuelles déprogrammations - le film devant être initialement projeté dans 162 salles françaises en première semaine - Wild Bunch Distribution a décidé de poster, sur son site Facebook, un message d’apaisement à destination des spectateurs potentiels du film : « L’exploitation des films dits « de genre » n’étant pas facile en France, nous demandons donc à nos futurs spectateurs de bien vouloir être respectueux des règles de courtoisie et pour ceux qui le souhaitent, de ne pas hésiter à demander à leur cinéma de programmer le film la semaine prochaine. Cela permettra de continuer au mieux son exploitation et ainsi permettre au plus grand nombre d’entre vous de pouvoir le découvrir rapidement. »

Nouvel acte de censure contre les films de genre en France, comme le dénoncent certains cinéastes tel Christophe Trent Berthemin (Echap, Remy), ou simple prévention de possibles troubles à l’ordre public comme l’expliquent des exploitants de salles quelque peu inquiets, tel le directeur d’un cinéma à Palaiseau dont les propos sont rapportés par Caroline Vié dans « 20 minutes » : « Un cinéma qui passe Saw risque d’avoir à gérer un public plus “compliqué” que s’il passe Amour ou un dessin animé. Certains exploitants, comme moi, se dispensent de diffuser des films qui risquent d’amener une clientèle difficile à gérer. »

Si en France, le ministre chargé de la Culture est seul compétent pour autoriser l’exploitation d’un film en salles, rien n’oblige un exploitant à le programmer, l’État ne disposant bien évidemment pas du pouvoir de contrainte. On se souvient ainsi qu’en novembre 2011, Ciné City - le seul cinéma présent en Nouvelle-Calédonie - avait refusé de projeter L’Ordre et la Morale (2010) de Matthieu Kassovitz, prétextant de ne pas vouloir « attiser les rancœurs » des communautés concernées par les évènements historiques évoqués dans le film. Rien n’y avait fait, ni les stigmatisations dans la presse, ni l’indignation de la Ligue des droits de l’homme. Si l’absence de diffusion du film de Kassovitz en Nouvelle-Calédonie est un fait regrettable, une déprogrammation simultanée dans une quarantaine de salles en métropole aurait eu bien d’autres conséquences.

Rappelons en effet qu’en France, l’exploitation cinématographique est très largement dominée par trois grands groupes qui à eux seuls représentent la moitié des recettes engrangées chaque année dans notre pays. Une déprogrammation ou une non-programmation dans l’un des trois réseaux peut donc directement avoir un impact sur la carrière commerciale d’une œuvre. Et quand ce film est en plus un film de genre, bien souvent déjà handicapé par un nombre restreint de spectateurs, conséquence économique d’une interdiction aux mineurs de 12 ou 16 ans, une telle décision peut tout simplement… l’anéantir !

Quand on a dit cela, on comprend mieux le cri d’alarme lancé par certains cinéastes français qui se battent au quotidien pour trouver les financements leur permettant de réaliser de l’horreur « made in France » et qui, du coup, refusent d’accepter un seul instant de ne plus pouvoir trouver de salles, déjà rares, pour les projeter. Quand on constate la menace pesant aujourd’hui sur de grosses machines telles Paranormal ou Sinister, on ose à peine imaginer le sort qui pourrait être réservé aux productions françaises indépendantes...

Alors que faire ? Ressusciter les défuntes salles spécialisées mises en place dès après la promulgation des articles 11 et 12 de la loi du 30 décembre 1975 créant la catégorie des films à caractère pornographique et celles des films incitant à la violence ? Cantonner les films de genre dans le ghetto des 1065 salles « Art et Essai » comme le propose le cinéphile Thomas Foxart : « Le meilleur moyen de se sortir de cette pagaille serait que les cinés « Art et Essai » se saisissent de ces films. Le Majestic, à Lille, en projette régulièrement et en VO. Du coup, on limite sérieusement les problèmes de pop corn, de portables et de chahut car ce « genre de clientèle » fréquente peu ces cinémas, et ces films y font souvent assez d’entrées pour y rester quelques semaines. »

Gardons-nous encore d’envisager de tels scénarios et gageons plutôt sur un retour au calme permettant aux vrais 300000 habitués d’un cinéma dit « de genre » d’alimenter la production de films différents et ce, pour notre plus grand plaisir.

Commentaires

cest un constat qui nest plus nouveau pour moi,
du faite du l’ axissme des pouvoirs publics
face a une population de moins en moins, eduqué
de plus en plus violente de façon gratuite,
les problemes se retrouves partouts et notament
dans les cinémas ,la politique du chiffres et de
l évitement,les gens bien doivent se mettre au abris,allé a un feux d’artifice en banlieux devient
une opérationt commando,il serait temps que
l’Etat prennent ses responsabilités

5 janvier 2013 | Par omegamen

Tout cela est fort intéressant et démontre que le débat est d’une actualité brûlante. Une non-programmation est-elle également un acte de censure ? Ainsi, "Juge Dredd 3D" ne sortira finalement pas en salles dans notre pays, comme l’a déjà annoncé Quentin Meignant sur ce même site, mais il alimentera directement les rayons des grandes surfaces pour les fêtes de fin d’année. Rien d’étonnant à cela, le film de Pete Travis ayant été interdit aux mineurs au Royaume-Uni, en Irlande, en Nouvelle-Zélande, au Brésil, en Allemagne ou encore aux États-Unis, il y a fort à parier que les producteurs voulaient arrêter les frais au plus vite, préférant engranger des recettes tirées de la vente de DVD plutôt que de perdre du temps et de l’argent pour trouver un distributeur et des salles acceptant de projeter un film risquant une possible interdiction aux moins de 16 ans. Quand on voit le scandale qu’a provoqué la sur-médiatisation d’un fait divers après la sortie en salles de "Paranormal Activity 4" le jour d’Halloween (voir ci-dessus), on peut comprendre que les producteurs n’aient même pas pris la peine de présenter "Jugge 3D" à l’avis de la Commission de classification. Une manière de contourner la censure - puisque la distribution sur le marché de la vidéo est beaucoup plus souple en France - en limitant considérablement les risques financiers. Business is business..

11 novembre 2012 | Par Christophe Triollet

Bon,sauf que c’est toi qui parle de "ghetto des salles art & essai"...
Celle dont je parle se trouve en plein centre ville, à 25 mètres de l’UGC, dans la même rue piétonne...
Donc "cantonner aux ghettos"... ne me parait pas très juste...
Simplement ces cinémas là, par la VO refoulent d’emblée certains spectateurs et surtout ne font pas de la vente de pop corn leur priorité.

10 novembre 2012 | Par Foxart

En tout cas au vu des réactions et des goûts de chiotte des programmateurs, et à l’heure d’internet, ils vont finir par les perdre leurs habitués au cinéma de genre... D’ailleurs, ça ne me dérange pas si le circuit ne passe plus par leurs salles aseptisées, et je préfère encore payer directement le producteur pour voir le film, (d’une manière ou d’une autre) ! À mon avis les expoitants finiront par la payer leur politique de l’autruche !

10 novembre 2012 | Par Terreurvision

Il faudrait déjà des contrôles plus drastiques dans les salles. Je suis allé voir Buried à l’époque et ai été emmerdé par un groupe de six jeunes qui téléphonaient pendant la séance. Idem pour la dernière nuit Halloween faite où des enfants de moins de 10 ans étaient présents. Ce n’est pas l’industrie qui doit se remettre en question mais les exploitants...

10 novembre 2012 | Par Damien Taymans

Excellent article !

10 novembre 2012 | Par Vivadavidlynch

Un scandale ! Cela sent le prétexte bidon pour déprogrammer le film. Il y a toujours eu des escités, mais de là à en arriver là...
Envisager des salles spécialisées parait une idée folle, à l’heure où les exploitants indépendants ferment. Les salles dites "Art et Essai" pourraient programmer ces films de genre, histoire de défendre un genre qui se meurt... Cela dit, je n’y crois pas vraiment.

10 novembre 2012 | Par Mordhogor

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