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PIFFF 2016 - K-Shop

Qui ne s’est jamais rempli la panse d’un bon kebab bien gras par une chaude nuit d’été ? Personne, évidemment. Les kebabs ou autres fritkots sont devenus des incontournables dans le panorama de chaque centre-ville qui se respecte. C’est certainement en dévorant machinalement une spécialité ovine copieusement arrosée de sauce Dallas que Dan Pringle eut l’idée de départ de K-Shop. Et si un restaurateur vengeur transformait la racaille intoxiquée et dépravée de sa ville en succulent kebab ? Et mais en voilà une bonne idée.

Le troisième film de Pringle peut être légitimement perçu comme un improbable mix entre une production Troma, l’infâme The Untold Story et Taxi Driver. Présentée comme cela, la mixture appelle plus une bonne gastro qu’un repas étoilé mais préparée par le chef Pringle, ce plat forcément épicé, révèle toutes ses saveurs et s’avère être du véritable miel pour le gosier. Il démontre que plus que le synopsis ou l’intrigue d’un film, ce qui en fait sa force, c’est son traitement, son angle d’approche. Sur un pitch tout droit sorti d’une série Z frelatée produite par un Brian Yuzna en pleine descente de MDMA, il applique un traitement premier degré à la Paul Schrader serait-on tenté de dire. Atmosphère urbaine et nocturne, faune interlope et antihéros désabusé, dégoûté, bien décidé à tirer la chasse d’eau. Ici il n’est ni new-yorkais ni chauffeur de taxi mais londonien issu de l’immigration et propriétaire d’un fast food.

Salah est une brillant étudiant en sciences politiques forcé de reprendre le commerce de son père tué par une bande de fêtards alcoolisés. Suite à cette crapuleuse agression, Salah ne perd pas simplement son père mais aussi ses illusions. La vengeance et l’envie de nettoyer la ville de toute sa crasse sera désormais son seul carburant, surtout qu’avec la crise, on ne crache pas sur un peu de matière première gratuite. Et oui, quoi de mieux qu’un honnête kebab pour se débarrasser incognito d’encombrants et imbibés cadavres ? Il n’y a pas de petits profits dans le monde de la restauration rapide. Dan Pringle profite de son budget modeste pour coller au cœur de la rue, des nuits de débauches alcooliques de ses contemporains et mettre en lumière leur face la plus sombre. Bêtise, racisme, violence, dépravation, tel est le triste spectacle qui s’impose aux yeux de Salah qui, seul dans son petit restaurant, est obligé de servir cette humanité décadente qui le révulse. D’ailleurs, pour asseoir son réalisme, le métrage s’ouvre sur de vraies scènes de bagarre et de débauches filmées par des téléphones portables et autres caméras de surveillance. Un moyen efficace et bon marché d’introduire son histoire.

Comme dans tout Vigilante movie qui se respecte, ce qui démarre comme une vengeance personnelle prend une tournure presque messianique. Salah se sent investi d’une mission : rendre sa dignité aux humains. Bien que baigné dans une violence graphique proche du cinéma gore (le film n’est pas avare en scènes de découpe et de démembrements), K-Shop n’en reste pas moins un vrai vigilante urbain, désenchanté, sombre et misanthropique. Armé de se caméra Red, Pringle ausculte les nuits londoniennes, dénonce les diverses exactions et trafics qui s’y déroulent au vu et au su de forces de l’ordre dépassées et découragées. K-Shop se veut plus ambitieux que son postulat de départ et entend s’imposer comme une radiographie sans fard de la société anglaise pourrie de l’intérieur par cette drinking culture. L’Anglais lambda y est montré comme profondément raciste, réactionnaire, dépravé et violent. Un constat proche de celui d’Harry Brown auquel on pense beaucoup pendant ce visionnage.

Trop ambitieuse, l’œuvre qui fourmille de pistes à peine évoquées, esquissées ou abandonnées en cours de route, aurait gagné en efficacité si elle s’était vue délestée de son gras. Une bonne vingtaine de minutes de sous-intrigues lui aurait permis de gagner en concision, en rythme et en impact. Une écriture trop ample et foisonnante vient parasiter la dernière heure de film qui se montre parfois poussive ou bancale. Mis en scène proprement, K-Shop ne joue pas la carte de l’esbroufe visuelle ou de la surenchère mais applique les codes du cinéma social anglais. L’atmosphère des nuits chaudes londoniennes est parfaitement retranscrite, ce qui offre un vrai décor à la quête du Travis Bickle de ce siècle.

Le film parvient à dépasser son pitch bis voire Z pour proposer un constat sans appel sur la société anglaise et ses dérives nocturnes mises en lumière avec certes quelques grosses ficelles mais criantes de vérité. S’il n’arbore pas de tenue militaire et de coupe moohawk, Salah n’en est rien de moi que le cousin éloigné de ce bon vieux taximen new-yorkais et comme lui, il aurait pu assurer : « Y a toute une faune qui sort la nuit. Putes, chattes en chaleur, enculés, folles, pédés, pourvoyeurs, camés, le vice et le fric. Ecoutez bien, bande de dépravés. Vous avez devant vous un homme qui en a marre, un homme qui n’en peut plus. Ecoutez bien, bande de dépravés, voilà l’homme pour qui la coupe est pleine. L’homme qui s’est dressé contre la racaille, le cul, le con, la crasse, la merde. Voilà quelqu’un qui a refusé. »


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