PIFFF

PIFFF 2015 - Scream Girl

Les temps sont durs en ce moment dans la Ville Lumière, troublés, sombres. L’atmosphère est lourde et pesante mais les Parisiens n’en n’ont cure. La vie reprend ses droits, le cinéma aussi. Les organisateurs du PIFFF ont eu la belle idée de maintenir le festival et le public a répondu présent pour cette ouverture, en tout point réussie, afin de, pour citer Cyril Despontin, tête pensante du festival : « Emmerder les terroristes ». On était là, nombreux, on a ri et on a frissonné devant Scream Girl. Bien entendu, la peine est encore présente pour beaucoup, mais le temps de cette soirée, pour les personnes présentes dans la magnifique salle du Rex, la seule chose qui comptait était le cinéma. Pour ouvrir la soirée, Gérard Cohen a très justement rappelé que la force du cinéma était de « rendre moins cons ». Il a parfaitement raison et cette soirée d’ouverture du Ve PIFFF l’a une fois de plus démontré.

Cette année, c’est Scream Girl aka The Final Girls de Todd Strauss-Schulson qui avait la lourde tâche d’ouvrir le festival mais avant le long-métrage, les orgas ont pour habitude de présenter un court-métrage à leur public. Et cette année, nous serons gâtés avec Portal To Hell, un sympathique court hommage à l’univers de Lovecraft et des Grands Anciens mais surtout, l’occasion de voir une dernière fois, et de lui faire honneur, le regretté Roddy Pipper dans son ultime rôle, celui d’un concierge moins idiot qu’il n’y paraît. Un bon mix de comédie et d’horreur qui anticipait parfaitement le film qui allait suivre et officiellement débuter le festoche.

Scream Girl a tout du slasher volontairement méta et analytique qui aime à se jouer des codes du genre pour les déconstruire et les utiliser dans un tout autre but : établir une nouvelle narration dans la narration. Lors d’une projection d’un slasher, les spectateurs, après avoir déchiré l’écran, se retrouvent propulsés à l’intérieur même du film, acteurs de l’histoire et non plus spectateurs. De là, la nouvelle bande de spectateurs/acteurs va tout faire pour sauver la bande d’acteurs du film dans lequel ils ont été projetés. On pourrait se trouver face à une KevinWilliamsonerie de plus mais le metteur en scène se joue de ces codes et y injecte une jolie réflexion sur le deuil et la transmission mère/fille via une astuce scénaristique exposée en tout début de métrage.

Scream Girl est un slasher enlevé et malin qui se plait à jouer des codes à la fois narratifs et stylistiques. Todd Strauss-Schulson, s’il s’amuse avec le fond, n’oublie pas la forme pour autant. Sa mise en scène fourmille d’idées, on citera par exemple l’utilisation intradiégétique du flash-back ou des inscriptions informatives affichées sur l’écran qui se matérialisent physiquement dans l’histoire. Scream Girl séduit aussi par ses vraies scènes de meurtres et son ambiance ouvertement fantastique qui s’exprime notamment dans un final aussi cinégénique que surréaliste. La mise en scène est propre et déjantée juste ce qu’il faut pour éviter au film de sombrer dans le WTF. Le rythme est bien tenu, on ne s’ennuie jamais et on ne décèle aucune longueur à l’horizon.

Qui dit slasher dit règles bien codifiées, ce qui, lorsqu’on connaît bien le genre, implique qu’on prend un malin plaisir à les détourner. La première de ces règles est d’introduire un boogieman emblématique, ici Bobby Murphy, copie presque conforme de Jason Voorhees qui est d’ailleurs introduit par le thème musical d’Harry Manfredini dont les souffles et les notes rythment l’ensemble de l’œuvre. Vendredi 13 sert d’ailleurs de calque à Scream Girl, s’il n’est jamais ouvertement cité, son ombre menaçante plane sur l’intégralité du film. La bande de jeunes est bien sûr composée non pas de personnages mais d’archétypes scénaristiques typiques du slasher. Malgré ça, Todd Strauss-Schulson parvient à les faire exister grâce à une écriture simple mais efficace qui apporte aussi son lot de sentiments et d’émotions quand on s’y attend le moins. C’est cette émotion vraie et non feinte qui tire le métrage le haut, le séparant du reste des thriller « meta » qui pullulent depuis une bonne quinzaine d’années maintenant.

Scream Girl n’est pas tant un film d’horreur qu’une oeuvre sur les films d’horreur, à la nuance près que celle-ci existe au-delà de son statut de simple pastiche comme avait su le faire Last Action Hero par exemple. Sans comparer qualitativement les deux films, ne soyons pas fous, Scream Girl s’inscrit dans la mouvance du film de John McTiernan. On est là face à une bonne série B, efficace et bien écrite, maligne sans prendre le genre ou le spectateur de haut.

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