Ose court

OSE COURT - Zachry

14 janvier 2010 | Par : Gore Sliclez

Le bout du bout du monde...

Guillaume Hanoun est un de ces jeunes réals dont la passion et la ténacité paient un jour. À force de squatter littéralement les plateaux de tournage (L’affaire Farewell, Enfermés dehors...) la chance devait un jour frapper à sa porte. Celle-ci prend les traits d’Euzhan Palcy qui remarque son premier court Valentine’s Day, croit en ce passionné de cinéma de genre et produit son deuxième film intitulé Zachry du nom d’un petit village de France fictif dans lequel un homme se retrouve interpellé par la police pour excès de vitesse. Invité à se rendre au commissariat du village il découvre un village d’apparence désert et des policiers au comportement étrange...

Inspiré d’une nouvelle de Richard Matheson, Zachry est une belle réussite dans son ensemble grâce à une mise en scène étudiée et des interprètes largement au-dessus du lot pour une modeste production. Dès les premières minutes le court plonge le spectateur dans un bel hommage à cette littérature fantastique américaine épurée, au crescendo émotionnel intense et au mix final terriblement efficace. Une bien belle adaptation pour un film très plaisant qui ne sombre jamais dans l’exagération et rehaussé par le travail remarquable de Vincent Galtier à la photographie.

Guillaume Hanoun, un nom à retenir et à encourager assurément...

- Une petite présentation pour nos lecteurs qui ne vous connaissent pas encore...

C’est dès l’âge de cinq ans que je découvre le cinéma je dirai « par accident » en me retrouvant nez à nez avec « JAWS » de Steven Spielberg.

De cette rencontre brutale va naître une fascination pour le spectacle, l’écriture et le cinéma du « nouvel Hollywood » avec lequel j’ai grandi.

Le Cinéma s’est imposé comme une évidence, ce qui m’a poussé dès mon plus jeune âge à l’étudier et entreprendre la réalisation des mes premiers essais avec le caméscope 8mm de mon père. Impatient et très curieux, je me retrouve seul « gamin » à suivre des stages d’optique, de montage ou d’écriture scénaristique durant les vacances scolaires !… Le culot, ou peut être l’insouciance en amuse certains, mais me conduit finalement à l’âge de 15 ans jusque sur les plateaux de tournages…

- Que retenez-vous de vos stages d’écriture scénaristique avec Robert McKee ? Qu’en avez-vous retiré comme expérience ?

Je pense sincèrement que « STORY » (qui est la version livre du fameux séminaire de Robert Mc Kee) est un ouvrage que tout scénariste qui se respecte devrait trouver dans sa bibliothèque. L’écriture scénaristique reste une discipline bien particulière qui répond à des règles et des normes spécifiques, et bien qu’on rapproche trop souvent (et particulièrement en France) les métiers de Scénariste et de Réalisateur, ils n’ont finalement pas grand chose en commun si ce n’est l ‘ambition d’une finalité qui est : Le Film. Robert Mc Kee m’a je pense d’abord appris à « LIRE » une histoire. Comprendre le rôle qu’elle occupe dans le scénario, et en quoi elle pousse nos personnages à agir. Comme beaucoup le disent, Mc Kee nous amène non seulement à comprendre comment fonctionne une scène, mais aussi pourquoi elle fonctionne. Il dissèque admirablement chaque film pour nous révéler leurs mécanismes essentiels, et nous rappeler aussi qu’une histoire géniale ne fait pas forcément un bon scénario.

- En une dizaine d’années et après avoir "traîné" sur différents tournages vous avez déjà rencontré une pléiade d’artistes de renom dont quelques pointures hollywoodiennes. Quelle fut votre plus belle rencontre ?

Un plateau de tournage est un univers bien particulier. On y travaille dur, de TRÈS longues heures, sous pression parce que les films coûtent cher. Une équipe de tournage c’est un peu une famille, ou une colonie de vacances. C’est une aventure que l’on partage sur plusieurs semaines, voir plusieurs mois en se déplaçant sans cesse. On rencontre beaucoup de monde. Les relations entre les gens sont accélérées ce qui nous laisse croire qu’on se connaît tous mieux que personne. Et de ces expériences on apprend beaucoup. L’aventure d’un tournage est un film à part entière. On y fait des rencontres décisives, comme cela a été le cas pour moi avec des gens qui m’ont soutenus comme Pitof (Vidocq / Catwomen) et des gens de talent qui m’ont inspiré des méthodes de travail comme Norman Jewison, De Palma, Beineix, Carax, Dupontel.

Je garde un souvenir impérissable de ma rencontre avec Antonio Banderas sur « FEMME FATALE » de Brian de Palma. A l’époque j’avais 19 ans, j’étais Stagiaire à la mise en scène et je n’étais pas le seul !!! Les équipes américaines sont impressionnantes. Il y a beaucoup de monde et même si ce n’est pas le cas, on s’imagine trop souvent qu’on est qu’un numéro dans la foule de techniciens ! A la fin de ma première journée sur le film, Antonio Banderas a pris le temps de faire le tour du plateau, et a serré la main de chaque technicien, chaque stagiaire pour les remercier. Il avait retenu chaque prénom sans exception. Il y a aussi cette phrase que je n’oublierai jamais de Jean-Jacques Annaud à l’un de ces jeune stagiaire Régie tombé d’épuisement sur le tournage des « Deux Frères » En le prenant par la main pour le relever, il lui a simplement dit : « N’oublie jamais que ce n’est qu’un film, prend d’abord et avant tout soin de toi. » Quand on connaît l’univers de requins qu’est le show business et la compétition qui y règne, je me réjouis d’avoir eu la chance de rencontrer des gens comme eux…

- Comment s’est passé votre rencontre avec Albert Dupontel pour qui vous avez travaillé notamment sur "Enfermés Dehors" ?

J’ai commencé à travailler sur les repérages d’Enfermés Dehors en Juillet 2004. J’étais deuxième assistant réalisateur. Je me suis vite rapproché d’Albert Dupontel puisqu’en plein été, le film a peine lancé, les bureaux de productions étaient quasi déserts et l’équipe technique à peine constituée. Nous nous retrouvions donc souvent avec Albert tard le soir à la production à discuter de son scénario et de la passion qui nous anime tous les deux pour le Cinéma.

Après plusieurs semaines de travail où nous arpentions la Banlieue Parisienne pour trouver les décors de son film, j’ai déposé Albert chez lui un soir, et lui ai laissé les DVD de mes derniers courts-métrages. Ils lui ont apparemment beaucoup plu puisque le lendemain matin, Albert a demandé à la production de me confier l’entière réalisation du Making Of d’ Enfermés Dehors. J’ai alors signé mon premier contrat de Réalisateur.

- Et puis en 2006, vous rencontrez Euzhan Palcy (César de la Meilleure première œuvre pour Rue cases nègres en 1983 et Corbeau d’argent au BIFFF pour Siméon) qui vous confie la réalisation d’un documentaire sur son travail de réalisatrice. Pourquoi cette demande ?

J’ai rencontré Euzhan un peu par hasard. J’ai appris qu’elle avait vu mon court-métrage « Valentine’s Day » et j’ai simplement demandé à la rencontrer sans trop y croire. Beaucoup de gens baissent les bras, convaincus que percer dans le Cinéma reste avant tout une histoire de relations. Je n’y ai jamais cru pour ma part. J’ai vite compris que pour décrocher un poste de stagiaire sur un film, il suffit simplement d’être débrouillard, avoir un minimum de culot et surtout une bonne paire de baskets !!! J’ai finalement obtenu le rendez-vous avec Euzhan et nous avons encore une fois mis de côté les compliments d’usage pour discuter de Cinéma à n’en plus finir ! Le courant est tout de suite passé, c’est une passionnée, qui malgré sa carrière Hollywoodienne et son travail pour les Grands Studios avec des comédiens sous sa direction tels que Marlon Brando, Susan Sarandon et Kieffer Sutherland, n’a jamais dévié de ses ambitions premières. Du jour au lendemain, Euzhan m’a confié la réalisation d’un documentaire sur son travail de réalisatrice pendant le tournage d’une épopée historique sur le peuplement de l’île de la Réunion dont elle avait la charge.

- Cette rencontre devient déterminante car c’est elle qui finance Zachry...

C’est pendant le tournage de son film d’époque à La Réunion, qu’un soir autour d’un verre au bar de l’hôtel, nous avons discuté pour la première fois de « ZACHRY ».

Je lui ai demandé son avis sur le scénario de 20 pages que j’avais adapté de la nouvelle fantastique de Richard Matheson « The Children of Noah ». Une nouvelle que j’avais lue à l’âge de 12 ans après avoir vu « DUEL » de Spielberg, et qui m’avait profondément terrorisé pendant des années. Je me rappelle encore de la réaction d’Euzhan qui m’a dans un premier temps fait trembler : « Oh mon Dieu c’est horrible !!!... Il faut faire ce film !!! »

J’ai alors retravaillé le script chaque soir jusqu’à la fin du tournage Réunionnais… Le travail de réécriture a surtout consisté à adapter la nouvelle de Matheson, écrite en 1957, et qui se déroule en Nouvelle Angleterre, aux contraintes budgétaires d’un film qui serait désormais contemporain. J’avais certifié à Euzhan que j’étais capable de faire le film pour moins de 5000 Euros ! Une fois rentrés à Paris, nous avons pris contact avec Richard Matheson pour négocier l’obtention des droits de la nouvelle, et préparer la mise en chantier du film prévu en tournage pour le mois de Septembre 2008 et dont Euzhan est naturellement devenue la productrice.

- Comment avez-vous procédé pour le choix du casting ? Comment avez-vous fait pour y avoir André Penvern notamment ? Antoine Dezlli y est vraiment impressionnant…

C’est sur le plateau du film d’Euzhan Palcy à La Réunion que j’ai fais la connaissance d’André Penvern. Il y incarnait brillamment le rôle d’un Curé malveillant ! Il a suffit d’une scène et d’un regard noir capté via l’objectif de la caméra vidéo que j’utilisais pour filmer les coulisses du tournage, pour me rendre à l’évidence ! J’avais trouvé mon personnage de l’Inspecteur Jonas dans « ZACHRY ». André a lu le scénario un soir et m’a simplement demandé au petit matin : « Quand est-ce qu’on tourne ?! »

Pour ce qui est du personnage principal interprété par Antoine Dezelli, je dirai que le film a presque été écrit pour lui… Je travaille avec Antoine depuis pas mal de temps et il ne m’a jamais traversé l’esprit que le rôle puisse être interprété par quelqu’un d’autre ! Il a ce petit quelque chose qui fait que chacun se retrouve en lui, quelque soit les personnages qu’il interprète. C’est un super Acteur !

Et puis il y a Claudine Regnier, Laetitia Bertrand et Eric Vega, que je salue au passage, et qui ont apportés aux habitants de « ZACHRY » cette ambigüité troublante déjà présente dans la nouvelle de Richard Matheson.

- Vous avez utilisé la steadycam pour certains plans ?

Le steadycam offre une grande liberté de mouvements stabilisés et une souplesse de tournage indispensable aux films dont le plan de travail est assez serré ! Ce qui a été notre cas !!! « ZACHRY » a été tourné en 7 jours, passant d’extérieurs Parisiens aux extérieurs de campagne, de jour comme de nuit ; Du studio aux décors à effets spéciaux aux intérieurs naturels bien moins praticables pour une équipe de tournage… Le steadycam m’a permis de combiner plusieurs plans prévus au découpage en un seul et même plan séquence que j’ai pu ensuite redécouper à ma guise en Post-Production. Nous l’avons également utilisé pour la scène finale où la caméra tourne à toute allure autour du personnage principal, imitant si bien à mon sens l’allure infernale d’une turbine tourbillonnante. C’est une machine qui se prête aussi bien aux ambiances pesante de suspens qu’aux scènes plus dynamiques d’action pure.

- Il y a un très beau travail de la lumière et de l’image dans Zachry. D’ailleurs vous dédiez le film à Vincent Galtier...

J’ai commencé la réalisation de mes premiers films avec Vincent Galtier à mes côtés. Il a toujours été mon chef opérateur. Nous partageons la même vision des choses ce qui nous évite même d’avoir à se parler pendant le tournage !!! Nous avons une confiance « aveugle » l’un envers l’autre puisque nous sommes de la même école ! Vincent comprend dès la lecture du scénario les intentions de lumières, de tons et de textures que j’ai en tête, et ça c’est formidable ! Il arrive même qu’il anticipe les placements de mes caméras sur le plateau sans avoir jeté un coup d’œil au découpage technique ! Nous nous connaissons bien.

Il y a dix ans de cela, nous nous étions fait une promesse de gamin, en grignotant du pop-corn les yeux remplis de rêves devant « DUEL » de Steven Spielberg… Nous nous étions promis de réaliser un jour un Richard Matheson… La dédicace en fin de film est un clin d’œil à ce rêve devenu réalité.

- Que dire sur le travail de David Scherer qui n’a déjà été dit ?

Ah !!! Dire simplement que David est une personne de grand talent, d’une gentillesse et d’une patience à toute épreuve, ce qui n’est pas toujours gagné en production cinématographique !!! Les effets spéciaux (et particulièrement le maquillage par prothèses) restent une hantise des assistants réalisateurs toujours inquiets de finir leurs journées de tournage en temps et en heure. Ce sont des opérations délicates et parfois très longues en terme de préparation. Mais David travaille vite !!! A tel point que c’est lui qui a attendu pour nous pendant le tournage…

- Ce sont vos amis du groupe Frankïe qui se sont occupé de la musique de Zachry non ? Ainsi que Benjamin Violet...

La musique originale symphonique du film a été composée par Frankïe et Benjamin Violet. Leur travail est d’autant plus remarquable que le score entier a été composé, enregistré et mixé en moins de 15 jours ! Frankïe (Auteur-compositeur-interprête) est un ami d’enfance. Je lui ai confié la musique du film sans hésiter une seconde, même si je savais qu’il n’avait jamais composé pour le cinéma et qu’il ne venait pas du tout du classique. Mais parfois… L’intuition fait que… Frankïe a fait appel à Benjamin Violet (Violoniste à la formation classique et grand amateur de musique de films) et c’est tous les deux qu’ils se sont plongés à 200% dans l’univers du film. Je suis très fier de la musique du film.

- Montagny en Vexin, Gisors, Bois-Colombes... que d’endroits plutôt insolites non ?

La production de « ZACHRY » s’est organisée comme une sorte de voyage organisé sur une semaine de temps. Il était indispensable que le village qui allait abriter l’action du film soit un endroit excentré, entouré de no man’s land à perte de vue. Uniquement pour qu’on puisse croire au fait que« ZACHRY » et ses coutumes terrifiantes ait pu résister à l’invasion d’une « civilisation »…

Je voulais des maisons en pierre de taille, de la texture, de la poussière... Mais il fallait également pour des raisons de planning que le village soit à proximité de Paris pour nous permettre de nous rabattre très rapidement en Studio où nous avons filmé tous les intérieurs du film. Le plus compliqué a été de trouver « ZACHRY ». En effet, la plupart des campagnes avoisinantes de Paris sont assez polluées visuellement (poteaux électriques, lignes téléphoniques etc) et les villages qu’on y trouve sont bien souvent trop fleuris. Ils s’articulent autour de maisons témoins aussi identiques les unes que les autres dont l’architecture reste trop moderne et sans grand intérêt… Mon choix s’est arrêté sur le Vexin, entre Gisors et le petit village de Montagny aux maisons de vieilles pierres. Une région assez calme et désertique, à 45 minutes de Paris à peine, mais qui présentait cependant un problème assez épineux pour une équipe réduite de court-métrage.

Le village était traversé par une départementale extrêmement fréquentée par les agriculteurs, et située à la sortie même de l’autoroute. Nous avons donc, pendant toute la durée des prises de vue en extérieur de jour comme de nuit, bloqué et dévié la circulation pour s’assurer de ne pas entendre un moteur au loin, ou apercevoir les phares d’un autre véhicule approchant à l’horizon

- Où en est votre projet de long métrage "VD" ?

Actuellement, je travaille sur le développement d’un film de COMICS dont l’action se déroule intégralement à Paris… Inutile de chercher de quel super héro de BD il s’agit puisque le concept est entièrement original…

L’écriture est finalisée, et les premières réunions de Pré-Production avec les producteurs concernant les effets spéciaux à venir du film ont débutées il y a quelques semaines…

TRAILER


ZACHRY Trailer


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GALERIE

Commentaires

Merci de cette interview remarquable de Guillaume Hanoun. J’ai vu ce film au festival de Cannes 2009 et je le soutiens vivement ! Bravo à son équipe et j’espère voir bientôt un long métrage !

20 février 2010 | Par Marie Piot

que les pranas de la création ( et de la Finance) t’apportent rapidement énergie et ...inspiration pour le long...( facultatif...elle est déjà là...et depuis longtemps...take it easy..make YOUR THINK....on est impatient...sincerely yours...Gérard

4 février 2010 | Par gérad Gautheron

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