Ose court

OSE COURT - Trailer Offf

1er mai 2011 | Par : Damien Taymans, Quentin Meignant

She’s a slut !

Durant quelques années, deux gros cons ont eu une idée (forcément, tout aussi débile) : proposer en introduction des films présentés au BIFFF de petites saynètes vaguement drôles. Ces nigauds (qui paraît-il feraient des choses ensemble, enfin surtout le gros barbu) ont donc branlé, édition après édition, de fausses bandes-annonces (Sachamax) et autres préliminaires précautionneux (WIP ou UNSAFE).

Depuis, les crétins ont raccroché. Le public attendait donc une vraie relève. De celle capable de faire oublier qu’un couple de tocards, succédanés des Laurel et Hardy d’autrefois, hantait déjà le Passage 44 pour une version biffienne à la Evil dead. Enfin, Tour et taxis a trouvé son messie : JDW ou Jérome Vandewattyne, dont la coupe n’est pas sans évoquer les frères Hanson de la belle époque, a compilé pour cette vingt-neuvième édition un trailer Offf fortement teinté de la mode "grindhouse". Offert aux biffeurs invétérés et courageux (le trailer ouvrait les séances de minuit), la fausse bande-annonce de JDW contient en elle les éléments prompts à rendre heureux le festivalier. A savoir, des tonnes de salopes, des répliques drolatiques, un Remy Legrand déguisé en nonne, des explosions d’hémoglobine, le tout balancé à la face du spectateur sur les chapeaux de roue.

Et depuis, cet éphèbe parade dans les rues de Bruxelles, bras dessus, bras dessous avec des dizaines de filles différentes. A tel point que la rédac chef de Public vient, en dernière minute, de décider de consacrer un dossier entier aux frasques people de ce dragueur invétéré. Et pendant ce temps, les deux autres gros débiles râlent parce que la seule conquête qu’ils ont réussi à ramener dans leur pieu à l’époque entartait à tour de bras en gueulant "Gloup, gloup". Triste époque !

L’INTERVIEW

Quel est ton parcours et ta formation jusque là ?

C’est toujours la même petite histoire. Depuis mon plus jeune âge, je réalise des petits films entre amis avec la caméra du papa de l’un ou l’autre jusqu’à ce que je récolte assez de sacs à main de mémés pour me payer mon propre matos. Et c’est là que ça dégringole. Tu kidnappes tes potes après les cours pour enfin tourner les films que tu as toujours voulu faire dans les couloirs de ton école quand tout est fermé à clé et qu’il n’y a plus un chat à l’horizon (ou alors ce dernier est dans ton film, mais dieu seul sait ce que tu lui fais au nom du « cinéma »). Fortement influencé par le punk-rock que ton grand frère écoute à longueur de journée ainsi que par la sangria vendue à 2 euros au supermarché du coin, ton seul but est de recouvrir les murs des toilettes de ton établissement scolaire avec la moindre substance douteuse qui te passe sous la main et qui se rapproche le plus d’un semblant d’hémoglobine (de préférence avec le ketchup aimablement emprunté auprès des sœurs qui vivaient dans les mêmes bâtiments ; car oui, j’étais dans une école catholique).

Tandis que certains parents se demandent dans quel club de foot ils devront envoyer leurs moutards pour avoir les samedis après-midi de libre, les tiens recherchent l’établissement spécialisé qui te conviendra le mieux. Le diplôme d’humanité en main, mon seul but était de créer un groupe de rock et de faire des films. J’ai donc passé l’examen d’entrée à l’IAD où j’ai subi une année entière de descente en flèche dans l’option réalisation. Au bout du compte, ils m’ont bien fait comprendre que mon profil ne les intéressait pas car « ça ne correspondait pas à leur image ». Tu vois le problème dans cette école, c’est qu’on te fait croire que tu peux être toi-même, alors qu’au final on te formate à devenir un réal tire larme d’un drame psycho-social chiant à mourir. Ce qu’ils oublient, c’est qu’il en faut pour tous les goûts. Et moi, un cinéma sous LSD où on gueule « she’s a slut » toutes les cinq secondes avec des nanas à poils et du sang dans tous les sens, ça me parle.

Ceci ne m’empêche pas d’avoir découvert des gens talentueux dans le milieu qui font désormais partie de la grande famille qui peuple mes tournages. J’ai donc honorablement tendu le majeur vers les initiales de cette école louvaniste et j’ai continué ma route à Bruxelles, où je termine actuellement des études de communication. C’est durant ce cursus que j’ai eu l’opportunité de faire mes armes à La Parti Production et plus récemment au BIFFF (où j’ai pu mettre sur pied le trailer offf). Parallèlement à ça, je réalise aussi des vidéos pour le styliste belge Bernard Depoorter, qui me permet de ne pas m’enfermer dans un seul style cinématographique, bien que mon goût pour le fantastico-trash reste très prononcé. Voilà, je pourrais encore te parler pendant des heures de ma petite vie de merde mais je pense que tes lecteurs sont sur le point de se faire harakiri alors je vais en rester là.

Tu as aussi une grande passion pour la musique. Si tu devais choisir ta voie, ce serait plutôt celle-là ou le cinéma ?

En effet, la musique occupe une grande place dans ma vie. J’ose espérer que je ne devrai jamais choisir entre les deux. La musique est une énorme source d’inspiration quand je réalise un film ou un clip (et vice versa). C’est pourquoi, j’essaie toujours que les deux disciplines soient en étroite collaboration. Par exemple, nous avons signé la musique du faux trailer du BIFFF avec mon groupe, VHS from Space. Malgré cette compo créée pour l’occasion, le groupe est indépendant de mon univers cinématographique car chaque membre apporte une réelle touche personnelle à l’édifice. Notre musique ne se limite donc pas à quatre accords débiles joués dans une cave par des ados boutonneux dont le vocabulaire se limite à caca prout (on parle de mon clip là en fait ? -rire).

D’ailleurs, dans quelques semaines, nous serons prêts à dévoiler nos morceaux dans les bars et autres festivals undergrounds de la capitale, avis aux amateurs. Par ailleurs, je compte aussi réaliser les BO de mes prochains projets car j’aime avoir le contrôle sur mes créations à tous les niveaux. Et puis, pour les droits d’auteurs, c’est quand même plus pratique : tu peux diffuser ton film où tu veux, quand tu veux, à moindre coût et sans avoir de compte à rendre à qui que ce soit.

Ta fausse bande-annonce a rencontré un grand succès tout au long du BIFFF. As-tu reçu des propositions depuis ?

Oui, je vois à quoi tu fais référence. En effet, je ne compte plus les numéros de téléphones ainsi que les clés d’hôtel reçues d’une certaine gent féminine au cours du festival ; ça n’a pas été facile tous les jours, je te l’accorde. Pour ne rien te cacher, certains bars SM ont même voulu que je m’affilie à leur club qui compte bon nombre de médecins et d’avocats qui constituent le gratin bruxellois mais… revenons au cinéma si tu veux bien. J’ai été récemment contacté par des groupes de musique qui seraient intéressés que je réalise leur clip-vidéo.

Pendant le BIFFF, j’ai aussi eu l’opportunité de rencontrer des producteurs qui aimeraient discuter de mes projets dans les semaines qui viennent. Plus récemment, un festival français de films d’exploitation serait intéressé de diffuser le « trailer offf » dans le cadre d’une projection de faux trailers grindhouse. Et puis, disons que le plus important reste que j’ai reçu une demande très attirante de la part du BIFFF, mais malheureusement il est encore trop tôt pour que je puisse en parler ouvertement (regard complice).

Quel est ton rêve en tant que réalisateur ?

Le porno, bien sûr. Mais avant ça, mon rêve serait qu’on me donne les moyens de réaliser des longs métrages de manière la plus old school possible. J’entends par là de revenir aux maquillages d’époques comme dans Le Loup Garou de Londres, Evil Dead, Beetlejuice ou encore Creepshow (pour ne citer qu’eux) ainsi que de vraies cascades avec des vieilles bagnoles qui s’éclatent les unes contre les autres comme dans les films de Russ Meyer avec de vrais cascadeurs mis au devant de la scène. J’en parlais avec Christian Maes, l’interprète du Captain Catastrophy, l’homme en feu du clip : il n’y pas de film dans cet esprit-là en Belgique et c’est bien dommage car il y a pourtant un public qui n’attend que ça. Si j’entends parler d’un film avec de vraies cascades, des maquillages à tomber par terre et qu’en plus de ça c’est belge, je fonce tout de suite le voir. Je déteste le genre de films gnangnans qui ne font que suivre la mouvance du moment. C’est pour ça que quand je vois des films comme Calvaire, Ex-Drummer ou Mr Nobody (dans un tout autre style), je me dis que le cinéma belge a un potentiel énorme à exploiter. Je veux faire du cinéma qui prend aux trippes pour que le spectateur en ait pour son pognon.

Quelle est, selon toi, la pire des sluts ?

Après Christophe Maé, je dirais l’église catholique qui cherche à taire les vilains scandales qu’on lui connait.

Comment est née l’idée de cette fausse bande-annonce dans ton esprit ?

Je voulais tout d’abord réaliser le clip officiel du festival mais cela englobait beaucoup trop de contraintes : le temps (20 à 30 secondes pour un spot télévisé) et le politiquement correct (un des gros partenaires du BIFFF est une chaine nationale, ça le faisait pas trop de voir des accouchements de bébés zombies en gros plan juste avant la météo). D’ailleurs, le projet s’est lancé à partir de cette idée de fin. Il faut savoir que j’avais carte blanche pour ce spot. Grâce à Peymey Diffusion (l’asbl qui s’occupe exclusivement de l’organisation du BIFFF) mais surtout à Christoph Foqué, Jonathan Lenaerts et Catherine Salmon, j’ai pu monter le petit film que j’avais mis sur papier.

On dit toujours qu’on n’a pas d’argent pour financer ce genre de projet. J’ai voulu montrer qu’avec de la passion, de la bonne volonté et une solide équipe de potes, on pouvait réaliser un clip fendard sans tune. Honnêtement, ce qui m’a coûté le plus cher, c’est l’achat d’une fausse mitraillette, l’essence de ma bagnole et les prostituées engagées lors de la soirée de fin de tournage. C’est aussi une manière pour moi de dire aux producteurs de cinéma : « voilà ce que je sais faire sans argent, donnez m’en plus et je ferai mieux ».

Au début du projet, gardant en tête que ce spot pouvait potentiellement passer au BIFFF, je me disais que si je n’y allais pas à fond, les gens m’auraient pris pour une couille molle. Le fantastique est un genre qui me tient énormément à cœur, je voulais donc faire le clip que j’ai toujours rêvé de voir au festival : un trip rock’n’roll sous acide qui pète dans tous les sens. Tu ne comprends pas vraiment d’où ça vient mais chaque plan te fait jubiler, un peu comme un plaisir coupable. J’ai donc repris les grosses ficelles du cinéma d’horreur à savoir : des jeunes ultra-stéréotypés qui picolent dans une bagnole et qui tombent en panne dans les bois (how original), du sexe, des zombies,…

Lorsque j’écrivais le scénario (car oui, il y en a un), je me suis dit que si ça me plaisait à moi, ça devrait surement faire sourire deux ou trois tordus dans la salle. Et puis, je voulais jouer avec les clichés de ce cinéma pour faire marrer un public relativement exigent, pas forcément acquis d’avance. Car le public du BIFFF est connu pour être chahuteur et si tu ponds un truc vraiment bidon, il ne se gênera pas pour te le renvoyer en pleine tronche. Et puis, comme le disait Pascal Laugier lors d’une interview pour Martyrs, ce n’est pas parce qu’un réalisateur est fan de films d’horreur et qu’il connait tous les codes du genre, qu’il réalisera un bon film. Je pense que c’est assez clair, je n’ai pas essayé de faire peur avec ce film, ça aurait été ridicule et prétentieux. Le but était juste de passer un moment fun avec des phrases badass du genre : « Eat my Brussels waffle ! » ou « Come on man, she’s dead ! Yes, but she’s still hot ! ».

Le côté grindhouse de la bande est très poussé et très réussi. Quels sont tes modèles dans ce genre ?

Merci pour ce compliment. Evidemment, la source première est le grindhouse de Tarantino et Rodriguez (plus particulièrement les fausses bandes annonces qui étaient prévues pour passer entre Planet Terror et Death Proof à savoir Thanksgiving, Machete, Don’t, Hobo with a Shotgun et Werewolf Women Of The SS). Le défi était ensuite de mettre tout ça à l’échelle belge dans une mise en scène Ed Woodienne (le chauffeur qui fait semblant de rouler à l’arrêt et ce genre de petits gags furtifs). A côté de ça, les cinéastes qui m’ont aussi influencé pour ce court-métrage sont John Waters, Tobe Hooper Takashi Miike, Herschell Gordon Lewis, Gregg Araki, Wes Craven et beaucoup d’autres.

Les griffures de la bande sont du plus bel effet. Quelles techniques as-tu employé pour obtenir un tel rendu ?

J’ai filmé le clip avec une simple caméra HD. Les effets d’images ont été retravaillé en postproduction. On procède toujours comme ça pour mes films : je monte tout sur Adobe Premiere Pro et on retravaille les effets spéciaux sur After Effect avec mon ami graphiste et maquilleur, Jean-Michel Degoedt, qui a fait un travail extraordinaire sur ce clip (je vous invite d’ailleurs à jeter un œil à son blog, ce mec a vraiment de l’or dans les doigts).

Pour ce qui est des griffures de la bande, je voulais une image poisseuse qui rappelle la scène de fin de Massacre à la tronçonneuse où Leatherface se coupe la jambe. On a rajouté des filtres vieux films, de pellicules brulées remis à notre sauce,… En fait, l’image griffée est vraiment un rappel aux films d’horreurs des années 70. Quand je vois ces grains et ces lignes, j’associe ça immédiatement à la pellicule usée, le projectionniste qui change de bobine à la vision de la brulure de cigarette à l’écran ; c’est tout une ambiance qui donne beaucoup de charme au film. Ca me fait penser aux Midnight Movies des années 70 aux Etats-Unis que je n’ai malheureusement pas connu. C’était cette ambiance que je cherchais à faire ressentir aux spectateurs du BIFFF. C’est clair que ce sont des effets qui ont été déjà vu mille fois au ciné. Mais franchement, c’est super jubilatoire quand c’est enfin toi qui peux les mettre en scène. Et si en plus, les gens arrivent à être agréablement surpris par ce que tu as fait, c’est la suprême récompense. D’ailleurs, l’un de mes rêves serait qu’un de mes films soit un jour projeté en 35 mm dans un petit cinéma de quartier avec tous les freaks et les junkies du coin. Ce serait vraiment le pied.

Rémy Legrand fait partie de ton casting. Peux-tu nous dire quelques mots sur cette diva du BIFFF, outre la côté olfactif bien entendu ?

(rires) J’ai rencontré Rémy durant le BIFFF de l’année passée. Le mot « diva » que tu utilises est un diminutif qui lui correspond vraiment bien. Le voir déambuler entre les tables du bar à la recherche d’une aventure amoureuse, montrer ses seins au premier rang de la salle à qui le désire est une expérience qu’il faut voir pour y croire. Comme je l’ai dit plus haut, je suis très influencé par l’univers de John Waters et j’adore la manière dont Divine met en avant les défauts que la plupart des gens essayent de cacher d’ordinaire. C’est la même chose pour Rémy. Quand il est venu m’aborder la première fois, je me suis dit qu’il y avait du potentiel à exploiter pour un film bien crados. Et c’est comme ça qu’il s’est retrouvé au casting de ce faux trailer.

Sa présence était-elle un clin d’œil à tous les biffeurs, lui qui est connu par tous les habitués du festival ?

Tout à fait. J’ai d’ailleurs trouvé génial qu’il balance sa réplique à chaque séance de minuit : « Don’t go there ! Fuyez ! », qui est elle-même un clin d’œil à la phrase « L’homme au sein est dans la salle ! » et le public de répondre : « Fuyez ! ». Quand je lui ai suggéré de jouer cette nonne scato, il m’a demandé timidement s’il pouvait rajouter « Fuyez » à la phrase initiale. Je trouvais que ça donnait un côté encore plus instable à ce personnage amateur de crucifix et de vibromasseurs. Et puis, voir les réactions dégoutées ou amusées des spectateurs au moment où Rémy va dans son froc pour jeter ses excréments sur le pare-brise d’une vieille R4 est toujours une partie de plaisir pour moi. D’ailleurs, il y a une anecdote amusante à propos de ça. Un mec est venu me trouver après une séance de minuit au BIFFF pour me dire qu’il avait trouvé ça scandaleux que j’utilise des handicapés dans mes films. Je n’ai pas pu m’empêcher d’exploser de rire devant lui tellement c’était ridicule… ce qu’il l’a encore plus énervé. J’ai voulu lui expliquer que ce n’était qu’un rôle et que je n’avais jamais forcé Rémy à jouer dans mon film. Mais il ne voulait rien entendre alors je l’ai laissé parler. Il a cru me faire la morale quant à ce qui peut se montrer ou non au cinéma. J’ai écouté poliment ce qu’il avait à dire jusqu’à ce qu’il décide de partir, voyant le regard vide d’Homer Simpson que je lui adressais. Il était vraiment furieux contre moi. Si les gens ne savent pas différencier une farce de mauvais goût de la réalité alors je ne peux rien pour eux. Je pense d’ailleurs que j’enverrai à ce Monsieur mon prochain film avec un string dédicacé par Rémy.

Eh bien merci pour cette sympathique interview.

C’est moi qui te remercie. Et ne t’inquiètes pas, tu auras une place parmi mes sluts dans mes prochains projets.

Commentaires

Ce mec est un malade ahahhahahah j’adore ça ^^

22 décembre 2011 | Par Bitman

Ajouter un commentaire

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Image du jour

Récentes critiques

affiche du film
Ça
2017
affiche du film
The Black Room
2016
affiche du film
Spider-Man: Homecoming
2017
affiche du film
Okja
2017
affiche du film
Underworld: Blood Wars
2016
affiche du film
Wonder Woman
2017

Cinemag

> Feuilleter

Concours

Sondage