Ose court

OSE COURT - L’Abri

19 mai 2010 | Par : Gore Sliclez

Une fin du monde en beauté

Projeté lors de la "Belgian Shorts Competition" au festival du BIFFF 2010, L’Abri du réalisateur Antoine Duquesne fut sans conteste un des meilleurs courts-métrages ce matin-là.

"Au coeur d’une grande ville menacée par un danger imminent, un homme et une femme se barricadent dans une chambre d’hôtel ..."

L’interprétation sans faille des deux comédiens, Alice Hubball et Laurent Bonnet, et une réalisation très maîtrisée font de cette œuvre un film émouvant, loin de l’exercice de style prétentieux trop souvent observé ces derniers temps. En douze minutes, vous voilà rapidement confronté à un univers post-apocalyptique sans artifices visuels inutiles, sans effets spéciaux graphiques et dans lequel deux êtres se retrouvent plongés. Dans une chambre abandonnée noyée par la lumière (remarquable travail !) et dans une chaleur étouffante, le couple semble abandonner face à l’inévitable. Les regards intenses de ces deux acteurs talentueux en disent long et suffisent à instaurer un climax intense qui prend fin avec un scène finale mémorable.

On ne peut regretter qu’une chose : que le film soit si court tant il mériterait assurément un développement plus long. Si, au grès du hasard, vous avez la chance de pouvoir découvrir L’Abri, foncez voir, claque cinoche garantie !

- Après avoir été assistant opérateur sur plusieurs courts et longs métrages vous vous lancez pour la première fois dans la réalisation en solo. Pourquoi cette attente ou ce nouveau défi ?

Mon désir de faire du cinéma est parti de cette envie de réaliser, du besoin de comprendre de l’intérieur comment on fabrique ces objets incroyables que sont les films, et puis pour diverses raisons je me suis éloigné de cette envie de départ pour m’orienter vers l’image. J’ai appris beaucoup de choses sur le fonctionnement du cinéma en travaillant comme assistant opérateur, puis comme directeur photo, sur toute sorte de projets. J’ai trouvé une certaine assurance et je crois que pour se lancer en tant que réalisateur il faut avoir une sacrée confiance en soi et pour moi c’était ça le nouveau défi : avoir confiance en mes idées, me prouver que je pouvais faire aussi bien que d’autres, et ce, avec ma propre voix...

- Dans Sans lendemain, vous abordiez déjà le thème de l’Instant présent, l’intensité d’une rencontre que l’on devine éphémère. Pourquoi ce thème justement ?

C’est drôle que vous fassiez ce parallèle. Je ne l’avais pas remarqué, mais c’est très juste, il y a effectivement un lien entre les deux films à ce niveau... En fait, je ne suis pas l’auteur du scénario de Sans lendemain qui a été écrit par Valérie Liénardy. Il y a donc une sorte de fil rouge inconscient qui réunit les deux films...

- D’où vous est venue l’idée du scénario ?

Je ne sais plus très bien. Ça remonte à quelques années. Je crois que quand l’envie de passer à la réalisation s’est précisée dans mon esprit j’ai cherché une idée simple et peu onéreuse pour faire mes armes sur un premier projet et j’ai eu cette envie de filmer un couple qui fait l’amour dans un lieu à l’abandon et où tout explose à la fin... L’envie de mettre face à face deux acteurs et de parler d’amour, de sexe, de la peur de la guerre et de la mort.

- On a l’impression que le court métrage pourrait très bien devenir un long...

Plusieurs personnes m’ont dit ça après avoir vu le film, mais personnellement je n’y ai jamais pensé. J’ai planté une situation minimaliste et suggéré quelques pistes de réflexion autour de ça, après chacun y met ce qu’il souhaite... C’est au spectateur de combler les trous laissés volontairement dans l’histoire. Enfin, je vais quand même y réfléchir à cette idée de long...

- Le court métrage a été réalisé à Charleroi, mais le lieu importe peu en fait non ?

En effet, la raison de ce tournage carolo est très simple. L’Abri a été entièrement financé par la province du Hainaut et son fonds de soutien Hainaut Cinéma. Je tiens d’ailleurs à les remercier ici une fois encore, car sans eux je n’aurais pas fait le même film. Donc, on a repéré les décors dans la région et on a trouvé cette chambre d’hôtel incroyable à Charleroi... Il n’est effectivement pas important qu’on reconnaisse la ville, j’ai surtout cherché à rendre ce lieu universel.

- La lumière du film donne une impression de chaleur, presque surréaliste sous nos latitudes...

De nouveau je ne voulais pas que l’on situe le film sous nos latitudes en particulier, mais dans un lieu un peu indistinct, une grande ville où il fait chaud. Après on l’interprète comme on veut, mais mon idée de départ était de parler du réchauffement climatique de manière un peu détournée... En allant un peu plus loin, j’avais même imaginé que le conflit qui se déroule dans le film était la conséquence de cette hausse des températures...

- Et puis il y a cette explosion finale...

J’ai toujours trouvé les explosions nucléaires terrifiantes. Un tel pouvoir de destruction créé par l’homme fait froid dans le dos et remet en question la confiance qu’on peut avoir en l’espèce humaine... Aussi je trouvais très forte cette image de fin. Les efforts de ce couple qui essaye tant bien que mal de faire l’amour interrompu par ce projectile monstrueux... Je crois que c’est réellement la raison pour laquelle j’ai fait ce film.

- Et le travail du son avec ces bruits d’hélicoptère qui virevoltent à l’extérieur est très important. Qui se cache derrière ce travail ?

Le son est effectivement essentiel puisque c’est lui qui va donner toute la dimension du hors champ et permettre d’orienter un peu les spectateurs... J’ai travaillé avec Thierry Douley, qui est aussi le monteur image du film, sur la construction de cette bande-son. On a écouté beaucoup de sons, on en a créé quelques-uns, mais c’est surtout un gros travail d’assemblage, de superposition d’une multitude de sons disparates qui a donné, une fois mixé par les soins de Peter Soldan, le style sonore du film.

- Comment s’est opéré le choix du casting. Vous aviez déjà l’intention de travailler avec Laurent Bonnet et Alice Hubball ?

Laurent Bonnet jouait déjà dans Sans lendemain (même si on ne le voit que très peu dans le film) et j’avais envie d’approfondir le travail avec lui. Il possède le côté un peu animal, très masculin, et à la fois la douceur et la fragilité que je cherchais à donner au personnage de l’homme. Quant à Alice Hubball, je l’avais repérée lors d’un casting et j’avais immédiatement été séduit par l’émotion qu’elle faisait passer avec très peu de choses et beaucoup de subtilité. Et puis par son incroyable photogénie...

- Qu’avez-vous pensé de la sélection du BIFFF pour le Belgian Shorts Competition et de l’accueil reçu pour votre court ?

Honnêtement, je trouve toujours un peu étrange de mélanger dans une même compétition des films d’animation, des films d’école et des courts métrages de fictions « normaux ». Quoi qu’il en soit, j’ai été ravi de participer à cette compétition, même si j’aurais aimé que le jury accorde plus de temps à la délibération qui m’a semblé quelque peu expéditive...

- Comment se porte le court métrage en Belgique selon vous ?

Je crois qu’on tourne trop de films avec souvent des histoires qui manquent de force et d’originalité, alors que certains projets pourtant très prometteurs ne voient jamais le jour...

- Eve Commenge est votre productrice et semble donner un coup de fouet au court métrage de genre en Belgique avec sa boîte Anonymes Films. Qu’en pensez-vous ?

J’ai eu la chance de rencontrer Eve Commenge au moment où je cherchais un producteur avec mon scénario de L’Abri et on a peu à peu développé une relation de confiance avec ce premier film. Les films de genre n’ont pas souvent la chance d’être financés correctement et donc d’être soutenus par de vrais producteurs. Ils se tournent souvent un peu à l’arrache, ce qui au final nuit au résultat. On associe alors court métrage de genre et film un peu cheap, ce qui est dommage. Je crois que Anonymes Films cherche à trouver le bon équilibre entre exigence artistique et cinéma de genre. C’est un cocktail très précieux...

- Qu’avez-vous pensé du film Amer justement ?

Là on parle d’un long métrage... Amer est un film très original dans lequel je me suis laissé embarquer dès les premières images. Il y a des moments très surprenants dans le film qui est un hommage au Giallo (courant de cinéma que je ne connaissais pas). J’ai ressenti un véritable plaisir de spectateur dans plusieurs des séquences clés du film, des moments de pure jouissance cinématographique.

- Quelles sont vos références cinématographiques ?

Je n’ai pas de références à proprement parler. J’aime toute sorte de films. En fait, je suis très bon public. Je crois que j’aime tout ce qui stimule mon imaginaire de façon intelligente. J’aime quand le fond et la forme sont en harmonie, et que les acteurs jouent avec leurs tripes !

- Y a-t-il un film cette année qui vous a séduit particulièrement ?

J’ai été très impressionné par deux films totalement différents. Antichrist de Lars von Trier et le Inglourious Basterds de Tarantino. Ce sont deux films que je pourrais qualifier de belles claques cinématographiques.

- Quels sont vos projets pour l’avenir ? Une nouvelle collaboration avec Valérie Liénardy est -elle possible ?

Je développe en ce moment même un deuxième court métrage avec Anonymes Films. Il a pour titre Falaise & Révolver. Si tout va bien, on devrait tourner à l’automne.

Avec Valérie, je n’ai pas de projet dans l’immédiat, mais je ferai avec grand plaisir la direction photo de son premier long métrage...

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