Ose court

OSE COURT - Fugazi

3 novembre 2016 | Par : Quentin Meignant

Laurent Denis, Laurent Michelet et Fred Castadot, un trio particulièrement ambitieux

Il y a une paire de semaines de cela, nous vous parlions de Fugazi, un court métrage belge particulièrement ambitieux auquel il restait à financer sa post-production, notamment par l’apport d’une opération de crowfunding. Celle-ci touchant tout doucement à sa fin et ayant encore besoin de vous, il était temps pour nous de poser quelques questions à ces passionnés qui feront bientôt rimer action à la Neil Blomkamp avec science-fiction à la Cuaron en agrémentant le tout d’une pincée psychologique teintée du Outland de Peter Hyams.

L’ambition est donc sans conteste présente et, avec des alliés de choix tant sur le marché américain que sur la scène française, il y a fort à parier que Fugazi fera bientôt grand bruit dans les festivals du monde entier. Soutenir ce projet (en cliquant ICI) est donc une question de bon sens.

INTERVIEW CROISÉE DE LAURENT DENIS (PRODUCTEUR), LAURENT MICHELET (RÉALISATEUR) ET FRED CASTADOT (SCÉNARISTE) AU SUJET DE FUGAZI :

Laurent Denis, Fred Castadot, vous êtes respectivement producteur et scénariste de Fugazi, court métrage de science-fiction belge. Pourriez-vous nous expliquer la genèse du projet ?

Laurent Denis : Le projet est né il y a un peu plus de trois ans de la rencontre entre Fred Castadot (scénariste) et Laurent Michelet (réalisateur). Fred avait eu l’occasion de voir le teaser que Laurent avait réalisé pour son projet de long métrage Fishboy (voir ci-dessous) et il avait été séduit par l’univers de Laurent. Ils ont dès lors décidé de collaborer autour d’un projet de film de genre. Laurent avait l’envie d’aborder la thématique des drones et Fred a imaginé l’histoire de Fugazi. Alors qu’ils étaient en cours d’écriture, ils l’ont proposé à Cookies Films qui a de suite été partant pour se lancer dans ce projet un peu fou.

Fred Castadot : Ce film est un récit à suspense psychologique avec une ambiance claustrophobe. En dehors de la dimension « politique », nous voulons donc surtout traiter d’une thématique plus sensible et sentimentale, celle de l’ELOIGNEMENT.
Dans Fugazi, nous suivons Adèle, pilote de drone, complètement coupée du monde et portant un numéro en guise d’identification. Un univers déshumanisé qui est en parfaite contradiction avec sa vie privée sur Terre qu’elle souhaite rejoindre. Hélas, l’environnement claustrophobe d’Adèle se situe au sein d’une station spatiale en orbite. Lieu où se jouent des paradoxes entre les différentes sphères familiales, professionnelles et sociales, qui sont toutes à la fois si proches et si éloignées. Jeune mère loin des siens, elle ne cesse de promettre un retour hypothétique à sa famille fatiguée de l’attendre.

Pour créer ce personnage, nous nous sommes inspirés d’un soldat américain nommé Brandon Bryant . Pendant plus de cinq ans, celui-ci a travaillé dans un container allongé de la taille d’une caravane, sans fenêtres, à température constante de 17 °C, et dont la porte était condamnée par mesure de sécurité...

Enfermé dans ce COCKPIT, cet homme fut confronté à une bavure que ses supérieurs n’ont jamais voulu reconnaître. Par la suite, les médecins du département des anciens combattants ont diagnostiqué à Brandon un syndrome post- traumatique.
Comme dans notre récit, l’espoir d’une guerre sans séquelles n’existe pas. Quoi qu’en dise un défenseur acerbe du projet Drone comme Obama, des dégâts peuvent donc se faire ressentir des deux côtés. Personne n’est à l’abri avec cette technologie. Et ce, même si elle se veut « pour l’instant » préventive en ville.

Fishboy - Teaser (French) from Laurent Michelet on Vimeo.

Dans le panorama du cinéma belgo-français, la science-fiction est une denrée rare ? Comment y êtes-vous venu et, surtout, comment comptez-vous vous imposer ?

Laurent Denis : Au sein de Cookies Films, nous attachons une importance très grande au scénario et à la manière dont celui-ci s’adresse aux spectateurs. Le film de genre – en l’occurrence la science-fiction – est dès lors en parfaite adéquation avec nos envies. Nous sommes toujours à la recherche de projets originaux et, comme la science-fiction est un genre très peu abordé dans les pays francophones, il nous a paru tout naturel de nous lancer dans le projet.

Je ne sais pas si nous cherchons particulièrement à nous imposer dans ce domaine. Nous avons avant tout été séduits par l’histoire que voulait raconter Fred Castadot et Laurent Michelet. Pour nous, il était important de pouvoir leur offrir un budget en rapport avec les ambitions du film. C’est sans doute là que se situait un des challenges de Fugazi. Et bien entendu, montrer également aux spectateurs et à la profession qu’il est possible de réaliser ce genre de films en Belgique francophone. La meilleure manière de s’imposer étant sans doute d’offrir aux spectateurs une histoire de qualité avec une réalisation qui soutient la narration et des effets spéciaux qui s’intègrent parfaitement à l’histoire.

Fred Castadot : En tant qu’auteurs, nous pensons que le genre n’a jamais empêché de proposer des problématiques personnelles, voire intimes. Au contraire, notre rôle est de faire dire « quelque chose » au genre. La science-fiction a toujours été un outil pour mettre en lumière les dérives du Présent. Le Futur que nous dépeignons ici est un futur pollué où des milices armées basées sur une orbite géostationnaire espionnent et réglementent le monde.

Dans Fugazi, on ne sait pas dans quelle réalité futuriste on est vraiment, comme si notre monde contemporain était vu à travers un miroir déformant.

La littérature de Science-Fiction regorge d’histoire de Limiers (d’enquêteurs, de détectives, dont le personnage d’Harrison Ford dans Blade Runner est le meilleur exemple). C’est pourquoi nous voulons qu’à travers son drone, le personnage d’Adèle ait ce rôle de surveillant, d’enquêteur, de fouineuse... Comme dans l’univers de Philip K. Dick, nous donnons une importance au motif de « l’œil » : on le retrouve dans le bureau du directeur, dans le logo de la station, et notre personnage est constamment placé dans une position de « voyeuse » par l’intermédiaire de son œil-machine, son drone.

Fugazi bénéficie de l’apport de partenaires tels que France 3 et Be Tv. Quels ont été leur apport concret et qu’est-ce qui les a séduits dans le film ?

Laurent Denis : Nous sommes entrés en co-production avec Be Tv et France3 a pré-acheté le film. Je pense que ce qui les a séduits dans Fugazi est d’une part l’histoire forte de son héroïne principale, Adèle, mais également l’originalité du projet. C’est en effet assez rare qu’on leur propose des films avec une telle ambition, et surtout des projets de science-fiction.

Dans toute production SF, la post-prod est un élément important. Une campagne de crowfunding a notamment été prévue à cet effet. Pourriez-vous expliquer à nos lecteurs les objectifs et les enjeux de la post-prod en ce qui concerne Fugazi ?

Laurent Denis : Les enjeux de la post-production sont assez conséquents et ce à plusieurs niveaux. Bien entendu, une énorme part de cette post-production est consacrée aux effets visuels qui sont entièrement réalisés par une jeune société parisienne, Fabulous. Nous avons trouvé en eux, grâce à notre coproducteur français, Les Films du Cygne, un partenaire idéal. Ils sont actuellement en train de réaliser les intégrations des drones (CGI) sur les prises de vues réelles, mais également tous les plans de la station spatiale en full CGI. Ils habilleront également toutes les visions subjectives des drones. Les premières images que nous avons reçues sont assez bluffantes, même si nous devons encore les étalonner.

Mais ce n’est pas là le seul travail qu’il reste à faire. Il faut à présent créer l’univers sonore du film. Ce qui implique de créer des sons spécifiques pour rendre l’univers spatial mais également donner vie aux drones. Et cela, sans compter la création d’une musique originale et le rendu de l’univers terrestre.

Une grande masse de travail nous attend encore et c’est pour cela que nous avons lancé cette campagne de crowdfunding, afin de rendre possible la concrétisation de nos ambitions. Une petite partie du budget manque encore mais cet apport nous permettra de finaliser le film pour la mi-décembre dans de très bonnes conditions.

Produire un film de genre sans crowfunding est-il quelque chose de possible à l’heure actuelle ?

Laurent Denis : Tout dépend sans doute des ambitions du film et de la part budgétaire que vous souhaitez consacrer aux effets visuels et aux décors. Désireux d’être à la hauteur des qualités du scénario, nous avons absolument cherché à rendre crédible notre univers. Ce qui nous a forcé à dépenser un peu plus de moyens que nous n’en avions lors du tournage afin de pouvoir construire un intérieur de station orbitale crédible et visuellement intéressant. Le nombre de pièces visibles à l’écran dans cette station est assez considérable.

Par rapport au crowdfunding , il est difficile de faire des généralités, mais, dans notre cas, son apport est indispensable. Il permet en outre de déjà faire parler du film, ce qui est une excellente chose.

Fugazi se profile comme une réflexion sur les temps modernes faits de leurs drones et de leur réalité pas si virtuelle que cela. Que vous inspirent ces avancées technologiques ?

Laurent Denis : Comme dans toute avancée technologique, ce n’est pas nécessairement la technologie qui est à remettre en cause mais bien l’utilisation que l’on peut en faire. Dans le cas des drones, ce qui paraît inquiétant est la manière dont l’armée les utilise. Elle pensait naïvement que les pilotes ne seraient plus soumis au stress, puisque loin des combats. Mais on remarque actuellement que, même chez les pilotes de drones, un stress post-traumatique peut apparaître. Car, même si l’arme a changé, il s’agit toujours d’une arme.

Le sujet de Fugazi est très actuel car il parle des libertés que nous sommes prêts à abandonner pour assurer notre sécurité. Les drones que nous mettons en scène dans Fugazi ont la capacité d’observer nos moindres faits et gestes, et d’agir en conséquence. D’ailleurs, dans notre court métrage, notre “sécurité” est désormais assurée par une société privée, Orbit Defence, qui, comme toute société privée, voit dans son profit son objectif principal. Elle peut donc s’éloigner de la morale dès que ses potentiels profits sont en jeu. La question que l’on pose est donc clairement : est-ce que le jeu en vaut la chandelle ? On le voit en cette période trouble où le terrorisme nous a poussé à renoncer à certaines de nos libertés. Et je ne pense pas que ce soit une bonne chose.

Fred Castadot : Le titre de ce court-métrage est directement issu de l’acronyme utilisé par les GI’s durant la guerre du Vietnam. Il signifie qu’un soldat se trouve dans une très mauvaise situation : « Fucked Up, Got Ambushed, Zipped In », « Suis foutu, pris en embuscade, peux plus sortir ». Dans notre société actuelle, si nous ne prenons pas garde à l’utilisation des drones, c’est littéralement ce qui risque de nous arriver.

Fugazi, ne fusse que par son titre et son sujet, fait preuve d’engagement en sous texte. La science-fiction sert à déceler les germes des dérives. Ici, nous tâchons de dépeindre une société qui a été obnubilée par un discours sécuritaire (et empreint d’un certain enthousiasme quant à la systématisation de ce type de technologie).
En Mars 2013, le maire de New-York, Michael Bloomberg a annoncé son désir d’utiliser des drones en ville afin de surveiller la population au même titre que les caméras de surveillance. Selon ses propres dires : "Quelle différence cela fait que le drone soit en l’air ou fixé à un immeuble ?", "Nous allons vers un monde différent, inconnu ... vous ne pourrez pas empêcher la vague de déferler". En même temps, en Angleterre, des drones sont chargés de débusquer les fraudeurs sociaux... Cela fait froid dans le dos...

Si vous deviez caractériser Fugazi avec seulement trois adjectifs, quels seraient-ils ?

Laurent Michelet : Cruel, ambitieux et pêchu.

Quelles seront les influences principales de Fugazi en matière de narration et de réalisation ?

Laurent Michelet : Comment ne pas être influencé par les nombreux chefs-d’oeuvres qui existent déjà en matière de science-fiction ? Je désirais évidemment opter pour une approche réaliste puisqu’on partait de faits bien réels dès le début de l’écriture. Le film d’anticipation « Children Of Men » de A. Cuaron s’est vite imposé pour son approche caméra épaule et fin du monde dans les séquences sur terre. Ou encore les films de Neil Blomkamp (« District 9 », « Elysium ») en matière d’actions et effets spéciaux ultra-réalistes filmés comme un documentaire. A l’inverse, je souhaitais quelque chose de plus aérien, contrôlé pour les séquences dans la station spatiale. La pépite des années 80 que représente « Outland » de Peter Hyams reste une référence pour les moments plus psychologiques.

Comptez-vous passer par le circuit des festivals ou, Fugazi étant lié à Be Tv et France 3, directement par un schéma de distribution télévisuel classique ?

Laurent Denis : Nous comptons bien entendu proposer le film au plus grand nombre de festivals à travers le monde. Festivals de genre mais également festivals généralistes. Le fait que le film soit soutenu par Be Tv et France 3 ne nous en empêche nullement. Et puis quel bonheur de pouvoir voir un film de science-fiction sur grand écran. Nous ne voudrions rater ça pour rien au monde. Et nous avons réellement hâte de voir comment le film sera accueilli par les spectateurs.

Un partenaire américain s’est d’ailleurs adjoint au projet. Il nous aidera dans la distribution du film aux Etats-Unis, tant en festival qu’en télévision.

DÉCOUVRIR ET SOUTENIR FUGAZI

(Interview réalisée par Quentin Meignant)

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