Ose court

OSE COURT - Bulletproof I wish I were

31 juillet 2009 | Par : Gore Sliclez

Touchée en plein cœur

Brice De la Corte est un véritable touche-à-tout artistique : DJ, Web commercial ou encore réal dans le sang, il fourmille d’idées, bouillonne de passion et comme tout novice talentueux dans ce milieu "fermé" attend la vague (sorry Brice...) qui l’emmènera vers la reconnaissance. Mais loin d’être cassé (re....), l’artiste propose et nous disposons avec plaisir, comme ce Bulletproof I wish I were porté avec brio par Maggie Steele, jeune actrice à qui l’on souhaite une carrière digne de son nom "qui fait quand même très star". Un huis-clos, une roulette russe qui ne laisse pas indifférente témoignant d’une originalité et d’une maîtrise technique sans conteste. À vous de juger...

- Alors dis-moi si je me trompe : tu es issu de l’Esec (4ème meilleure école du cinéma en Europe), tu es Dj alias DJ Hobbs avec les Guys with glasses, tu es web commercial pour les sites adopteunmec.com et Ebay, réal de courts métrages mais aussi de clips vidéo et enfin tu t’es fait charrier toute ta vie par tes potes à cause d’une particule qui n’existe pas en définitive (De la Corte)...

Hé bien, ca va rien de compromettant ne circule sur moi sur la toile pour le moment. Alors dans l’ordre :

- Oui je suis diplômé de l’ESEC promotion 2006

- Oui je fais le DJ, maintenant je suis en solo, mais j’ai hâte que mon acolyte binoclard trouve à nouveau le temps de venir jouer avec moi en soirée. Si je peux ajouter un message personnel, s’il vous plait amis noctambules respectez le DJ, celui-ci n’est pas un juke-box, mais ami DJ n’oubliez pas que nous sommes aussi là pour faire danser les gens et pas uniquement jouer des trucs obscurs que personne ne connaît même si dans le fond on adore les trucs obscurs que personne ne connaît.

- Oui j’ai fait la pub Web pour adopteunmec.com (les concepteurs sont des amis) mais en ce qui concerne la pub E-bay, je dois avouer qu’elle est fausse, je l’ai fait pour ma bande-démo. J’ai bien essayé de contacter ladite marque pour lui présenter, mais je n’ai jamais eu de retour de celle-ci, idem pour le clip c’était une petite vagabonderie estival sur la musique d’un artiste tristement peu médiatisé qui s’appelle Khonnor. La encore j’ai contacté label et artiste sans réponses de leur part.

- Oui je réalise des courts-métrages, enfin surtout un pour le moment.

- Et enfin non je ne me suis jamais fait trop chambrer, sur mon nom, les gens le trouvent même plutôt cool c’est d’origine espagnole et apparemment en Espagne ça serait noble, mais bon j’ai jamais vraiment essayé de savoir si c’était vrai, qui sait, j’ai peut-être un château quelque part qui m’attend. Par contre tu imagines que depuis Brice de Nice, je dois faire face à quelques lourdeurs par moments.

- Waiting for Laura Jane était-il ton premier court métrage ? Quel accueil a-t-il reçu ?

Waiting for Laura Jane n’est malheureusement qu’un teaser… J’avais écrit un scénario, mais je n’ai jamais vraiment eu les moyens de le réaliser. Je n’ai jamais été très fan des films « tournés à l’arrache », je trouve qu’il faut avoir les moyens de son ambition. J’avais donc shooté un après-midi quelques images avec mon chef opérateur et un couple d’amis pour donner une idée de ce que pourrait être le court métrage, mais le projet n’a pas vu le jour finalement. Pour la petite histoire, la demoiselle que l’on voit dans ce teaser est Nila MCCANN, co-scénariste de Bulletproof I Wish I Were.

- Dans Bulletproof I wish I were, Maggie Steele y est tout simplement époustouflante de crédibilité. D’où vient-elle et comment l’as-tu rencontrée ?

Le film ne serait pas ce qu’il est sans elle, sa performance a été au-delà de mes espérances. Ca pourra paraître étonnant, mais j’ai rencontré Maggie par petite annonce. Quand j’ai décidé de faire le film en anglais, je me suis demandé s’il allait être facile de trouver une comédienne anglophone sur Paris. J’ai passé une annonce sur Craiglist, c’est un site très connu du monde anglophone pour passer des petites annonces, vous pouvez aussi bien vendre votre canapé, chercher une colocation ou accessoirement une comédienne.

Il existe un craiglist pour chaque grande ville du monde. J’ai reçu en tout une vingtaine de CV et rencontré 15 personnes, mais il n’y a pas eu d’hésitation sur le choix. C’était un peu comme dans Mulholland Drive : « This is The Girl ». Maggie est une comédienne américaine, qui avait une carrière a New York et qui a un moment de sa vie a décidé de tout plaquer et de venir vivre en France. Bulletproof est mon premier court et j’avais très peur de lui faire perdre son temps car elle avait déjà un CV long comme mon bras. Je n’aurais jamais rêvé mieux comme première expérience avec une actrice. Avant elle je n’avais travaillé qu’avec mes amis sur mes fausses pubs et clips.

Maggie a été une expérience et une rencontre formidable...

- Pourquoi le court est-il en anglais ? Plus facile pour les festivals à l’étranger ?

Alors trois raisons à ça. Premièrement Nila ma co-scénariste est américaine, naturellement elle a commencé à écrire dans sa langue maternelle et comme je trouvais ça bien, je me suis dis pourquoi ne pas le faire en anglais finalement. Ensuite, je dirais que ma langue cinématographique a toujours été plus l’anglais que le français, je me suis toujours senti plus proche du cinéma anglo-saxon donc j’ai trouvé ça naturel de le faire dans cette langue. Et enfin je me suis dis que ça ferait toujours un plus si un jour je décidais d’aller voir ce qui ce passe de l’autre coté de l’Atlantique.

Par contre au niveau des festivals étrangers c’est finalement un handicap. Un festival étranger quand il choisit un film français, c’est pour qu’il est une « french touch » justement, qu’il soit en langue française et aborde des thématiques qu’on a l’habitude de voir dans le court-métrage français. Bulletproof n’a été sélectionné que dans un seul festival à l étranger, c’était au festival international du film fantastique de Neuchâtel.

Sinon il a un peu tourné dans le monde grâce à ma sélection au forum des jeunes réalisateurs du festival de la publicité de Meribel. Les créateurs du festival organisent cet évènement dans d’autres villes du monde (Shanghai, Dubai, Sao Paolo) et montrent à chaque fois les films lauréats du forum. Mais sinon il n’y a pas vraiment eu de sélection à l’étranger. Le film a fait quatre festivals en France en un an.
Je dirais que le film est trop américain pour les Français et pas assez français pour les Américains. Tant pis.

- Le scénario, cette confrontation en miroir de l’héroïne, est plus complexe et subtil qu’il n’y paraît. D’où est venu l’idée originale ?

Comme je le disais plus haut, j’ai toujours pensé qu’il fallait avoir les moyens de son ambition. Je voulais réaliser un film qui ne coûterait pas très cher car je voulais le financer moi-même (et ne pas dépendre de subventions qui sont longues et compliquées à obtenir), je m’étais fixé une somme de 1000 euros (il en a coûté 800 au final). Il fallait donc trouver une idée simple. Un décor et une comédienne, je ne pouvais pas faire plus minimaliste. S’imposer des contraintes c’est une très bonne chose, ça pousse à trouver des solutions pour échapper à celles-ci.
Pour la forme, je dirais que je me suis inspiré de deux choses. Bien sûr le court-métrage de Pixar le génialissime « Geri’s Game », mais aussi un souvenir d’enfance d’une émission d’Ardisson « Lunettes noires pour nuits blanches » ou avec un system de champs contre-champs, Gainsbarre interviewait Gainsbourg.

Pour le fond, beaucoup de gens me parlent de la schizophrénie, mais j’ai surtout utilisé cette métaphore pour parler de l’identité, de l’image que l’on donne à voir aux autres et ce qu’on est réellement, j’aime beaucoup l’idée que l’on soit multiple et qu’il existe plusieurs nous.
A coté de ça, j’ai toujours trouvé ça dingue que le Japon soit l’un des pays ou l’on fume le plus au monde et que c’est aussi là qu’il y a le plus de centenaires, c’est fou non ? Maintenant les fumeurs ont un argument implacable contre les non-fumeurs comme moi (rires).

 - Mild, plus sage, plus pragmatique prend-elle le pas sur le côté plus rebelle et insoumis de Wild ?

Dans les films qui abordent le thème du double, c’est toujours la personnalité introvertie qui s’invente une personnalité extravertie, j’avais envie de faire l’inverse. Je crois que c’est Freud qui disait en gros que plus on montrait quelque chose, plus on voulait en cacher une autre. Si Wild veut tellement afficher son assurance c’est que peut-être finalement elle n’en a pas tant que ça. Mais cette remarque vaut aussi pour Mild qui, derrière sa pudibonderie et son côté propre sur elle, cache finalement une véritable noirceur.

J’ai aussi traduit ce changement de rapport de force avec la caméra. Au début Wild est filmée en contre-plongée alors que Mild est filmée en plongée. Au fur et à mesure que l’histoire avance, le rapport de force change ainsi que les hauteurs de caméras qui finissent par se retrouver inversées dans la dernière partie de l’histoire.

- Deux postes ont dus être particulièrement difficiles : le montage et le mixage. Ce dialogue imaginaire devait rester cohérent dans son déroulement d’où la difficulté non ?

Pas tellement. Pendant le tournage, Nila donnait la réplique à Maggie, un vrai rythme s’est imprimé dans le dialogue, Maggie avait vraiment quelqu’un avec qui jouer. Nous avons tourné sur deux jours, une personnalité par jour dans l’ordre chronologique du scénario. J’avais découpé celui-ci en trois longues parties, que je tournais dans la longueur pour ne pas justement à avoir à couper le jeu de Maggie. Chaque prise durait 5 min, ça lui laissait le temps de dérouler le personnage et de monter en intensité avec lui.

J’ai tourné en gros deux valeurs de plans dans le même axe pour chaque partie de scénario, ça m’a donné une vraie liberté au montage de choisir les moments les plus intéressants dans ces longues prises.
A l’ESEC, j’ai fait la spécialisation TV, j’ai donc été formé à la technique du reportage. C’est une très bonne école en ce qui concerne le montage. Le news vous apprend à ne pas avoir de pitié avec les images vous êtes dans des durées très courtes pour les sujets, il faut savoir aller à l’essentiel. Avec Jean Guillaume Buckel, mon monteur, nous avons fait la chasse aux temps morts, il fallait toujours que les plans se chevauchent pour créer ce sentiment de ping-pong dans la discussion et surtout ne pas avoir d’attache sentimentale pour un plan. Il faut toujours penser le film dans son entier, je sais que par moments on a galéré pour faire un plan, mais si celui-ci ne fonctionne pas, il dégage : l’important c’est le résultat final.

Pour ce qui concerne le mixage, il n’y a pas vraiment eu de problème, mis à part une série de plans où l’on entend le sifflement de la caméra, j’ai dû faire post-synchroniser deux phrases. Mais bon j’ai surtout eu la chance grâce à Laurence Chassin de chez Romance Production de faire mixer mon film par Stéphane Larrat dans un studio professionnel.

- Tes collaborateurs sont-ils tous de la même école ?

A part Stéphane le mixeur Séverine ma scripte et Nila ma co-scénariste toutes les personnes ayant travaillé sur le film sont diplômés comme moi de l’ESEC. Certains sont de ma promo, d’autres venaient juste de sortir de l’école. Romain Brugerolle a été mon chef opérateur sur tous mes projets.


- Lors du festival "Paris Cinema" tu as eu la chance de rencontrer Michel Gondry. Une carrière qui t’inspire ?

J’ai fait Paris Cinéma comme étudiant en 2006 (je continue de le faire maintenant comme intervenant en m’occupant des étudiants de l’ESEC sur le festival), et j’ai eu la chance d’interviewer Michel Gondry qui présentait La Science Des Rêves en ouverture du festival. Faire ce genre de rencontre pour un étudiant de cinéma, c’est forcément toujours impressionnant car on aspire tous un jour à pouvoir réussir une carrière identique.

Mais je dirais que la vraie rencontre qui m’a touchée dans ce festival 2006, c’est Irvin Kershner, qui, pour je ne sais quelle raison, était présent au cocktail d’ouverture du festival. Personne ne semblait le reconnaître. Il discutait avec une femme très élégante. Je me suis approché d’eux et j’ai demandé à la femme qui l’accompagnait s’il était bien Monsieur Kershner, elle m’a répondu un peu étonnée « Yes, he is ». Il faut savoir que la femme en question que j’ai finalement reconnue plus tard dans la soirée était Gena Rowlands (j’ai honte) et qu’elle devait avoir l’habitude qu’on la reconnaisse elle plutôt que Irvin Kershner. Alors pour ceux encore qui ne sauraient pas qui est ce monsieur, il est le réalisateur de « L’empire contre-attaque », film qui m’a décidé quand j’avais 6 ans à faire le métier de réalisateur. Je me suis donc approché de lui en lui disant que si j’étais là aujourd’hui, c’était un peu grâce à lui. Il m’a regardé ma caméra à la main et m’a dit que tout ce que j’avais besoin pour faire un film c’était une caméra et une bonne histoire. Bref, ce soir-là, c’était comme une sorte de bénédiction pour la suite et depuis je m’accroche.

- Et puis Dario Argento également... pas trop stressé connaissant son horreur des interviews ?

Alors nous étions plusieurs à travailler sur Paris Cinéma, nous nous étions partagés les différentes interviews à faire et ce n’est pas moi qui me suis occupé de lui (après tout j’avais eu Michel Gondry).
Pour la petite histoire, il a été adorable en interview il est resté 30 min à répondre aux questions. Mon ami qui s’était chargé de son interview avait bien potassé son sujet que ce soit la filmographie d’Argento ou le giallo en général (dont le festival faisait une rétrospective). Je ne crois pas qu’il ait horreur des interviews, je pense juste qu’il n’aime pas perdre son temps à répondre à des questions stupides. Ce qui je tiens à le dire, n’est le cas des interviews de CinémaFantastique, j’ai bon là dites, j’ai bon ? (rires).

- Quels sont tes projets désormais ?

Alors j’ai écris un nouveau court-métrage, un polar à « la frère Coen » que j’essaye de faire produire. Mais bon c’est pas évident car je viens de me faire refuser pas mal de subventions. Apparemment si tu ne racontes pas l’histoire d’un paysan du Larzac attiré par son jeune apprenti issu des quartiers difficiles et qui se découvre homosexuel après une séance de touche pipi dans le foin, tu n’es pas très CNCisable.

Je vais donc me rabattre sur le tournage à la rentrée d’une comédie fauchée auto-produite (merci la HD) qui s’appellera Société Angélique à Responsabilité Limité (S.A.R.L). L’histoire de deux anges gardiens blasés qui réalisent que leur métier n’est pas compatible avec les 35h car l’un de leur client est mort pendant qu’ils étaient en RTT.
J’ai commencé aussi l’écriture d’un long métrage à petit budget, mais qui n’a pas encore de titre pour le moment.

- Quel est le pourcentage de chance pour qu’un geek, accro au cinéma de genre et fidèle de CinemaFantastique puisse trouver chaussure à son pied sur adopteunmec.com ?

Plutôt bon, le geek à la cote en ce moment (rires).

FILM


Court Metrage
par TheAbstractGhost

Commentaires

excellente interview, peut-on voir le film en ligne ?

31 juillet 2009 | Par perkins

Interview très intéressante de ce cher Brice, qui est tout aussi talentueux en tant que DJ que comme réalisateur ! ;)

31 juillet 2009 | Par Sky

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