Ose court

OSE COURT - Bloody Current Exchange

29 avril 2009 | Par : Gore Sliclez

Romain Basset presents...

Si vous êtes un fidèle lecteur de CinemaFantastique.net vous savez maintenant que chaque semaine CF se plaît à vous présenter un réalisateur de court métrage. Après les très talentueux Patrice Gablin, Guillaume Tauveron, Florent Schmidt ou encore Guillaume Pierret pour ne citer qu’eux, place aujourd’hui à Romain Basset pour ses deux courts que sont Bloody Current Exchange et Remy, deux œuvres talentueuses qui témoignent assurément du talent de ce jeune réal de 25 ans originaire de Lyon qui a déjà vécu la reconnaissance au festival du Week-end de la Peur notamment. Bloody Current Exchange, véritable exercice de style qui rend hommage au cinéma d’Argento, offre dix minutes d’atmosphère noire et tendue. Un métrage rehaussé de la présence du sombre Philippe Nahon comme un cadeau tombé du ciel pour ce réalisateur prometteur à qui nous souhaitons déjà LA confirmation tant attendue, celle du long métrage bien sûr !

Tout comme Patrice Gablin, réalisateur du court métrage Le Chasseur de Rêves, tu es géologue. Y a un truc chez vous les géologues ?

Ah je savais pas !! La question se pose désormais, oui ! Je sais que Tarkovski, avant même de toucher une caméra, faisait des études de géologie lui aussi. Il était d’ailleurs parti en expédition en Sibérie pendant plus d’un an… Marrant ça. Mais comment tu sais que je suis géologue ?!

Mystère ! Plus sérieusement comment cumuler les deux boulots ?

Alors là, gros dossier. J’ai essayé de répondre à cette question pendant quasiment trois années. En vain. Ce n’est pas possible. Trois années à jongler entre ma thèse et mes courts-métrages, à bosser 18 heures par jour. A la fin, tu deviens forcément un peu schizo et y a évidemment un de tes tafs qui essuie les plâtres. Surtout que lorsque que tu te trouves en pleine écriture ou en prépa de ton film, tu ne peux pas te le sortir du crâne. Te concentrer sur autre chose devient très difficile. Je faisais une mauvaise thèse, j’en ai pris conscience, donc j’ai arrêté. Aujourd’hui c’est 100% cinéma.

Un acteur comme Nahon doit demander un gros cachet, non ? As-tu bénéficié d’un budget conséquent ? Faut-il vraiment en avoir un pour faire son petit court ?

Philippe Nahon est un homme extraordinaire. Dans le vrai sens premier du terme. Un homme pas comme les autres. Un mec génial, sympathique, généreux et extrêmement talentueux. Il a accepté de jouer dans « Bloody… » pour me filer un coup de main. Je pense que le projet l’intéressait vraiment mais j’ai quand même dû « négocier » pour le convaincre. Lui prouver que ça valait la peine qu’il s’investisse dans mon film. Il n’a jamais été question d’argent.
D’ailleurs je n’avais pas un rond. Juste quelques économies perso. « Bloody… » a couté à peu près 1500 euros.

Comment as-tu convaincu Nahon justement ?

D’abord une longue lettre manuscrite de 3 pages. Une bouteille à la mer en quelque sorte. Franchement, je n’en attendais pas grand-chose, mais j’étais content de l’avoir fait. Puis je reçois un coup de bigo quelques jours plus tard, j’étais alors en stage à Total à Pau, la tête pleine de géochimie… C’était Philippe. J’étais évidemment surpris (forcément je ne m’attendais pas du tout à entendre cette voix à ce moment-là au téléphone !!) et relativement tétanisé. J’ai à peine baragouiné quelques mots du genre : oui, bonjour, ok, très bien, tant pis, au revoir. Effectivement, dans un premier temps, il avait refusé « je suis désolé mais je ne me vois pas aujourd’hui me faire chevaucher par une belle diablesse… ». J’étais à la fois heureux qu’il m’ait rappelé mais forcément hyper frustré par son refus. J’ai donc repris mon souffle, j’en ai discuté autour de moi, je ne savais pas si je devais le rappeler ou pas. J’ai même soulevé le dilemme auprès de mon maître de stage ! Et lui de trancher radicalement « Fonce, t’as rien à perdre !! » J’ai ensuite préparé un argumentaire de choc et j’ai rappelé Philippe dans l’après-midi. Et ça c’est terminé comme ça « Bon. […] Mais tu comptes le tourner quand ton truc… » J’ai alors su que c’était gagné et qu’on allait faire le film ensemble.

Durant le tournage de Haute Tension, Philippe Nahon disait en avoir marre de faire des films de salaud. Visiblement il continue… Il t’en a fait part ?

Quand tu dis « visiblement il continue » tu évoques son rôle dans Bloody ? Parce que de mon côté, le personnage de Vincent est tout sauf un salaud, il incarne certes malgré lui un certain aspect du mal mais justement, il lutte contre sa condition. Il fait ce qu’il peut avec ce qu’il est… C’est même là le cœur du film. L’acceptation de sa condition, quelle qu’elle soit. Le poids de la fatalité…

Sinon, effectivement, nous en avons parlé avec Philippe. Il souhaite vraiment explorer d’autres choses. Il m’a dit s’être régalé sur la comédie « Vous êtes de la police ? » de Romuald Beugnon (il y incarne un rocker kleptomane à la dérive dans une maison de retraite !) et ça se ressent, il est excellent, vraiment drôle…

Tu as dit aimer le cinéma coloré de Dario Argento mais « Bloody… » est plutôt sombre avec de très jolis jeux de lumière. Bloody Current Exchange ressemble à un exercice de style, une très belle carte de visite…

Ah ! J’ai pas dû te filer le bon étalonnage alors… Je déconne. Mais bon, c’est vrai qu’il existe deux versions, deux étalo différents pour le film. Je me suis rendu compte avec Bloody qu’en fait il faudrait étalonner plusieurs fois un même film en fonction du medium de diffusion (télé, videoproj, écran TFT…) et je trouve ça hyper frustrant parce que tu sais jamais comment le mec va prendre le film : ça peut aller de « Pouahh c’est trop sombre ! » à « Nan mais c’est quoi ces couleurs sursaturées, c’est dégueu ?! » En fait, j’aimerais bien être là chaque fois que qqn mate Bloody pour lui filer la version qui va bien avec son équipement…
Donc, oui, avec mon chef op’, nous avons vraiment travaillé la couleur !!

« Bloody » est un exercice de style, bien sûr, un hommage à beaucoup de choses qui font que je considère le cinéma de genre, et le cinéma fantastique en particulier, comme le plus intéressant (qu’il s’agisse des thématiques, symboles et autres mythes qui lui sont propres ou du traitement de l’image et de la puissance visuelle associée). Pas un fan film (surtout pas, j’ai horreur de ça !) mais une tentative de retranscrire, à partir de notre histoire raisonnablement modeste, une certaine ambiance visuelle, un cachet particulier. Et effectivement, Argento était notre référence première. On a voulu jouer avec les bleus et les rouges … Mais nous nous sommes complètement plantés avec les rouges. Notre caméra, la Z1, avec ce satané format HDV ne rend absolument pas justice au travail d’Aurélien Savidand, le chef op. Les rouges et la HDV ne font pas bon ménage. C’était dégueulasse, on obtenait un rouge sans profondeur, presque rosé, qui faisait limite « boulard ». J’étais vacciné. Plus jamais je ne shooterais dans ce format. On a donc fait ce qu’on a pu à l’étalo…

Tu n’hésites pas à dire que David Scherer est un génie dans son art. En quoi il t’a étonné ?

David est un maquilleur génial oui. Ses créations parlent pour lui mieux que moi. Un vrai pote surtout. Quelqu’un d’extrêmement doué mais humain avant tout. C’est peut-être ça d’ailleurs un génie… Bref, je lui dois beaucoup, c’est lui qui m’a permis de vraiment goûter au cinéma, qui m’a encouragé à faire mon premier court-métrage, « Projection ». Une chose est sûre, sans lui, je ne l’aurais pas fait. Je n’aurais pas tenté le coup. En cela, David est étonnant, il sait faire énormément avec très peu. Il savait que je n’avais pas un rond mais il me disait « c’est pas grave, c’est pas un problème, on va le faire quand même ! » alors que le film, trip mental ultra-gore, demandait pas mal d’effets de maquillage… Et on l’a fait ! C’est grâce à lui également que j’ai pu rentrer en contact avec Philippe Nahon. David détenait son adresse postale ! Un mec génial quoi !

10 minutes pour un court ce n’est pas trop difficile comme format pour pouvoir s’exprimer pleinement ?

Oui et non. Tout dépend de ce que tu as à dire en fait. Certes, dans Bloody il y a bien quelques trips réflexifs sur la fatalité et sur la condition humaine, mais ça reste de l’ordre du prétexte, ou du sous-texte plutôt. Pour moi l’important n’était pas de dire mais de montrer. De se faire une carte de visite sympa comme tu disais. Donc « montrer » en une dizaine de minutes c’est parfait, au delà ça commence à couter trop cher…

Comment est-on contacté par Neo Publishing pour une sortie DVD ? Tu l’as toujours mauvaise avec ce bonus caché de Pervert peu, voire pas du tout annoncé ?

Je n’ai pas été « contacté » par Neo. L’édition promise avec « Pervert ! » était en fait le cadeau bonux réservé au court métrage vainqueur de la première édition du Week End de la Peur. Tous les réals ayant participé au festival avaient signé un accord en amont. Quelque chose de très vague… Je ne blâme pas le festival de Michael Abbate, un excellent souvenir d’ailleurs. Neo n’a simplement pas respecté le contrat par la suite. J’ai cédé l’exclusivité de l’exploitation vidéo de Bloody en échange d’une « promotion certaine ». Or le titre du film n’apparaît même pas sur la jaquette du DVD. Mon film est devenu un bonus caché. Ils auraient quand même pu filer le mode d’emploi avec la galette pour visionner ce fameux bonus caché ! J’ai des potes qui se sont cassé les dents plusieurs heures sans même parvenir à voir le film. Et les gens de Neo de rajouter « Bah c’est super simple pourtant, y a qu’à faire clignoter les tétons de Mary Carey et hop c’est bon ! » Euh…

As-tu une société de production ?

Non, mais j’ai créé avec mon amie Emmanuelle Touret une asso loi 1901 à l’époque de « Projection ». Ça s’appelle « B-Live Films ». Voici le lien http://blivefilms.free.fr mais le site n’a pas été mis à jour depuis un bout de temps ! Je ne sais pas faire ça, j’ai honte…

Dans tes courts tu dresses de très jolis et brefs portraits de femmes. Un hasard ?

Merci beaucoup ! S’ils sont « brefs » c’est juste par manque de place en fait ! Je crois que je rejoins là ta question sur la durée des courts… 10 minutes c’est vrai que ça fait très peu pour leur rendre hommage convenablement ! Certainement pas un hasard, je trouve les personnages féminins plus intéressants pour diverses raisons. Il y a l’esthétisme d’abord, bien sûr, mais plus encore, je trouve que les traits féminins, portés à l’écran, apportent immédiatement quelque chose en plus à l’image. Une sorte de beauté étrange qui leur est propre, contenant déjà une certaine émotion, avant même toute ligne de dialogue ou mouvement dans le regard. Pour moi il s’agit là de quelque chose qui touche vraiment à l’essence de la cinématographie, quelque chose qui nous fait basculer, sortir de la réalité. C’est pour cela que les femmes et les personnages féminins ont selon moi bien plus d’importance que les hommes dans le cinéma fantastique. Et si l’on parle de Scream Queens ce n’est pas simplement lié à leur faculté de crier mais davantage parce que ce sont elles les véritables reines de l’image.

Où en est la réalisation de « Toutes les Nuits » avec Alysson Paradis et François-Eudes Chanfrault à la BO. C’était très alléchant…

Tu es très au courant ! En effet après avoir fait tourner « Bloody » en fest (un peu, pas suffisamment à mon goût), et quelques gros déboires avec mon « prod » de l’époque, je me suis lancé dans un long travail d’écriture et de montage de dossier avec pour projet de réaliser un court-métrage destiné à en introduire un long (le diptyque "Toutes les Nuits"/"Au Fond des Bois" donc). Et franchement, comme tu le soulignes, au cours d’une année de préparation, du beau monde s’était rattaché au projet : Alysson Paradis, Pierre Santini, François Levantal, François-Eudes Chanfrault, etc. Et à l’issu du festival de Cannes l’an passé, j’apprends que le dossier intéresse Studio Canal. Mais comme aucune boîte de production n’avait souhaité jusqu’alors me suivre dans un tel projet, c’en était resté là. Je cherche encore aujourd’hui. Et affine l’écriture du long en parallèle avec l’aide d’une amie scénariste, Elsa Pottier. Sans forcément vouloir passer par le court désormais. Je vais à Cannes dans deux semaines avec de nouveaux dossiers sous le bras, à la recherche des épaules solides dont j’ai besoin !

Et les autres projets ?

Je travaille actuellement sur l’adaptation d’une pièce de théâtre, « Debout », avec son auteure, Nathalie Papin, une femme là encore extraordinaire qui possède un univers vraiment particulier, on ne peut plus fantastique. A la lecture de son texte, j’ai immédiatement pensé à Del Toro. Nous ne savons pas encore si nous allons en écrire un court ou long métrage. Son texte regorge de possibilités. C’est l’histoire d’un petit garçon qui va dans un cimetière pour mourir parce qu’il est battu par sa mère. Là, il fait la connaissance d’un fossoyeur qui va l’emmener dans des catacombes magiques pour qu’il y choisisse une nouvelle mère… Voilà comment ça commence.

Quelques conseils avisés pour ceux, qui nombreux, veulent se lancer dans le court métrage…

J’aime beaucoup ta question. Ça fait 5 minutes que je la relis pour écrire quelque chose de sensé, pour pas me planter (j’hésitais, je savais pas trop quoi dire de bien original) et je viens alors de prendre conscience que c’était assez flatteur. Comme si j’étais digne de prodiguer des conseils avisés. Belle sensation. Mais je ne le suis pas vraiment en fait. Je me galère toujours autant de mon côté. Donc si je devais dire quelque chose de vraiment pertinent ce serait ça : préparez-vous à en chier. Accrochez-vous coûte que coûte. Et mangez des pâtes pour mettre des thunes de côté.
Mais oui, avec une vraie volonté, beaucoup d’énergie et les épaules solides de tes potes, tu peux tenter te lancer dans l’expérience du court-métrage. C’est bien ça le plus important : l’énergie, les gens qui sont à tes côtés et les vraies rencontres, celles qui durent.

As-tu quelque part un Rémy ?

Je crois qu’il est en moi. Me suis pas totalement débarrassé de mes deux visages. Tant mieux.

Que penses-tu du court métrage de genre en France ? As-tu des contacts avec certains d’entre eux ? Et enfin êtes-vous suffisamment soutenus ?

Indispensable, évidemment. Ainsi, même lorsqu’il n’y a pas de longs-métrages de genre français en salles, il y a toujours des mecs (et des filles, de plus en plus !) qui tentent de faire vivre le genre en France avec leurs images plus courtes. C’est ça le truc en fait, on se plaint / critique l’activité moribonde du cinéma de genre en France EN SALLE, alors qu’il suffit de regarder sous la table pour découvrir tout un tas de petites mains s’affairer à maintenir une production significative de films de genre !
Oui, en majeure partie grâce aux rencontres festivalières, la plupart nous nous connaissons et sommes bien potes. Et heureusement ! Parce que justement, non, nous ne sommes pas vraiment soutenus et donc c’est bien à nous qu’il revient de nous soutenir mutuellement. Avec quelques très bons potes notamment (Pierre Guillaume, Kevin Lecomte, Trent…) nous partageons et discutons l’évolution de nos films respectifs, de l’écriture à la post prod…

Penses-tu un jour rejoindre les nouveaux réals du cinéma de genre français actuel ?

J’espère. J’y travaille.

Une chance de te voir un jour au BIFFF ?

Et comment ! J’adorerais. J’aimerais beaucoup y présenter mes courts. Nous soumettrons Rémy l’an prochain, et qui sait… Sinon déjà en « touriste » ce serait mortel. Tout le monde me parle du BIFFF comme d’une expérience cinéphagique unique, à l’ambiance festive démesurée… Radicalement différent de notre festival vosgien.
Mais, tu sais, j’ai déjà tenté d’y venir il y a quelques années avec une amie. Je suis ardennais à la base donc ce n’était pas encore trop loin en voiture. Mais une malédiction nous a poursuivi tout du long et après quelques tours de Ring à Bruxelles nous avons dû rebrousser chemin ! Une histoire incroyable…

Un grand projet en vue ? Un long métrage ?

J’y pense Toutes les Nuits…

(Interview réalisée par Gore Sliclez et même pas traduite par Gore Sliclez !)

LIGHT DROWING


Light Drowning
envoyé par blivefilms

TRAILER REMY


Rémy trailer
par blivefilms

GALERIE PHOTOS

Ajouter un commentaire

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Image du jour

Récentes critiques

affiche du film
The Babysitter
2017
affiche du film
Ça
2017
affiche du film
The Black Room
2016
affiche du film
Spider-Man: Homecoming
2017
affiche du film
Okja
2017
affiche du film
Underworld: Blood Wars
2016

Cinemag

> Feuilleter

Concours

Sondage