Ose court

OSE COURT - Berni’s Doll

18 mars 2009 | Par : Damien Taymans

Femme en kit

Diplômé de l’Académie des Beaux-Arts de Bruxelles, Yann J. débute sa carrière par l’infographie de divers jeux chez Ubisoft pour lesquels il oeuvre notamment sur Rayman 2 et 3 avant de s’illustrer dans le domaine publicitaire en contribuant à quelques spots pour Kellogs et Fanta notamment. En parallèle se développe son envie de s’illustrer dans la réalisation de films sous forme de courts métrages. La Fabrik et L’attaque des pieds de l’espace pour Canal + avant que le projet de Berni’s doll n’émerge et lui permette de dénoncer les dérives d’un capitalisme qui sut transformer les Occidentaux en moutons fébriles. "Cette histoire est inspirée de l’expérience de tous les Occidentaux qui partent en vacances dans des destinations exotiques (Russie, Afrique et surtout Asie) et trouvent « l’amour », confie le réalisateur. Souvent il n’y a pas de langue commune. Cette situation montre un certain degré de solitude en Occident, et une certaine pauvreté dans les pays du "tiers monde". C’est une dérive du capitalisme. On peut consommer des produits du tiers monde comme des hommes."

Un projet qui lui tient à coeur et pour lequel il s’investit totalement en parallèle des projets de commande. "Si je rassemble tous les segments de travail (soit 8 heures / jour), j’ai travaillé 2 ans et demi sur ces dix minutes de court métrage (c’est n’importe quoi quand j’y pense…(rires)". Une longue gestation qui permet à l’auteur d’enfanter une oeuvre aussi plaisante que peu rassurante, Berni se posant comme un miroir peu déformant des dérives sociétales actuelles. L’homme aux gestes mécanisés évoluant dans une société aseptisée comme l’illustre la lancinante homogénéisation des faits et gestes reproduits à la chaîne dans une usine de conserves. L’homme perdu, en manque de repères, qui trouve dans les extrapolations mercantiles d’un capitalisme gerbant une alternative pour contrecarrer la solitude inhérente à cette organisation inorganique.

Berni’s doll compile sur fond de futurisme une série de réflexions ontologiques, se centrant plus spécifiquement sur la relation homme-femme, problème éternel auquel personne n’a jamais trouvé de solution. Dénonçant le système patriarcal de la société, Yann J. brosse un portrait dystopique d’un monde en plein désarroi dont les potentialités ne se conjuguent plus tout à fait au conditionnel. "Le propos du court dit que si justement la femme est entière donc avec sa tête, elle se casse si elle est malmenée de la sorte. Pendant des générations et des générations, les femmes n’ont pas eu le droit de vote, ni de décider de quoi que ce soit… petit à petit, elles ont récupéré le droit d’utiliser leur tête."

A le fois incisif et drôle, dénonciateur et émouvant, Berni’s doll est un pamphlet qui distille des préceptes moraux irréfutables sans tomber dans la moralisation pudibonde avec grâce et humour.

L’INTERVIEW DU REALISATEUR

Comment est née l’idée de Berni’s doll ?

Cette histoire est inspirée de l’expérience de tous les Occidentaux qui partent en vacances dans des destinations exotiques (Russie, Afrique et surtout Asie) et trouvent « l’amour ». Souvent il n’y a pas de langue commune. Cette situation montre un certain degré de solitude en Occident, et une certaine pauvreté dans les pays du "tiers monde". C’est une dérive du capitalisme. On peut consommer des produits du tiers monde comme des hommes.

Il y a une influence indéniable entre le business et la vie privée : les entreprises prennent de la main d’œuvre à bon marché avec les immigrés, et ces particuliers prennent de la main d’œuvre comme conjoint à bon marché… Le sujet touche les hommes occidentaux comme les femmes qui vont faire leur course aussi parfois dans les pays du tiers monde.

La poupée de Berni constitue-t-il l’avenir de l’homme ?

En premier lieu, ce n’est pas une poupée mais une femme (considérée comme une poupée puisqu’en morceau). Ensuite, si elle représente l’avenir de quoi que se soit, ce serait du capitaliste occidental….

L’avenir dépeint est un futur automatisé aux proportions rigoureusement millimétriques. Penses-tu que cela constitue une alternative possible pour l’humain qui se voit de plus en plus phagocyté dans un rythme de vie drastiquement régulé ?

L’idée n’est pas nouvelle : on peut déjà le voir dans « Les temps modernes » en 1936.
En fait, j’ai utilisé cette idée pour essayer de faire le parallèle entre le monde du travail où on utilise le corps comme mécanique de production et celui de cette consommation de corps étrangers comme mécanique de plaisir…

Quelles sont tes références en matière de cinéma ?

Pour ce projet, les références sont surtout issues de la prise de vue réelle (La soif du mal, les films expressionnistes Lang/Murnau/Wiene) de la photo (Saudeck/Witkin) et de la bd (CRUMB : mon maître).

Sinon de manière générale : John Waters, Russ Meyer, David Lynch, Gaspard Noe, Sergio Leone, Frederico Fellini, Bernardo Bertolucci, Alejandro Jodorowsky, franck Henenlotter, Mario Bava, Paul Morrissey, Larry Clark, William Castle, Billy Wilder, expressionists movies (Murnau/Wiene/Lang...) Tod Browning, , Texas chainsaw massacre, Suspiria, dawn of the dead, Beyond the valley of the dolls, live and die in LA, The sorcerer, Heaven’s Gate, Once upon a time in america, Deer Hunter, Scarface, Phantom of paradise, Psycho, Bad lieutenant, Wild Bunch, Bring me the head of Alfredo Garcia, Profondo rosso, Basket case, Hustler white, Brain damage, Deadly weapons, Something weird video. Et en BD : Robert Crumb, Berni Wrightson, Richard Corben, Carlos Nine, Dave Cooper, Daniel Clowes, Max Anderson, Charles Burns... Livres:Kafka, Charles Bukowski, William Burroughs, James Ballard, Nick Tosches, Fedor Dostoïevski, Philip K.Dick, Bret Easton Ellis, Hunter s Thompson, Louis Ferdinand Céline... Les peintres : Mark ryden, Joe Coleman, Todd Schorr, Coop, Robert Williams...

Pourquoi être venu suivre des études aux Beaux-arts de Bruxelles quand on est strasbourgeois d’origine ?

Je n’ai jamais vraiment vécu à Strasbourg, j’ai surtout vécu en Bretagne. Sinon j’étais aux Beaux-arts de Nantes où après 3 ans j’ai été viré, donc je suis allé aux Beaux-arts de Bruxelles, car en Belgique on peut faire des petits Mickey aux beaux-arts, pas comme en France où l’on est obligé plus ou moins de faire des installations conceptuelles…

Combien de temps a pris l’élaboration de Berni’s doll des prémisses à sa finalisation ?

J’ai travaillé sur ce projet pendant 4 ans dès que je ne travaillais pas sur des commandes. Si je rassemble tous les segments de travail (soit 8 heures / jour), j’ai travaillé 2 ans et demi sur ces dix minutes de court métrage (c’est n’importe quoi quand j’y pense…(rires)

Quelles étapes supplémentaires comporte la réalisation d’un film d’animation par rapport à une œuvre de fiction réelle ?

Rien n’est pareil : tout d’abord on doit tout créer : les décors, les personnages, les props (objets, habits….) et les sons… Ensuite, on doit animer les personnages (ce qui implique de créer au préalable des squelettes !), props (voitures par exemple…)

Je suis souvent étonné par la prise de vue réelle où en 2 semaines, on peut faire un court métrage de 10 minutes. En animation, c’est impossible !
Chaque plan en animation représente facilement 15 jours de travail en moyenne (création/animation) donc chaque détail est pensé au préalable : il n’y a pas de rush…

Ne serait-il pas un peu macho d’opter pour une morale raccourcie de Berni’s doll qui consiste à affirmer qu’il vaut mieux s’abstenir de doter la gente féminine d’une tête ?

C’est carrément l’inverse du propos du court métrage. Le propos du court dit que si justement la femme est entière donc avec sa tête, elle se casse si elle est malmenée de la sorte. Pendant des générations et des générations, les femmes n’ont pas eu le droit de vote, ni de décider de quoi que ce soit… petit à petit, elles ont récupéré le droit d’utiliser leur tête. Ce court est une dénonciation du côté patriarcal de la société.

La 3D domine le cinéma d’animation depuis quelques années déjà. Penses-tu que ce sera aussi le cas du cinéma traditionnel ?

C’est un peu un effet de mode ce truc de la 3d qui domine l’animation. Petit à petit, les studios vont revenir à la 2d (Disney va produire bientôt un long en 2d) et c’est tant mieux ! Chaque outil a son intérêt… L’animation 2d, c’est des vrais artistes, autant les animateurs que les décorateurs. Il n’y a rien de plus beau que la stop motion ! La 3d ne remplacera jamais rien… c’est juste un nouvel outil.

Le film a été récompensé dans pas mal de festivals dont le magnifique et savoureux BIFFF. Heureux de rencontrer le public de festivals qui n’est pas du tout comparable à celui des salles obscures des complexes ?

A vrai dire dans les festivals, j’ai surtout rencontré des réalisateurs, des organisateurs, des producteurs… des professionnels en fait. C’est super de voir que l’on est pas seul, utopiste, dans son coin à bricoler ses trucs…

Pour ma part j’ai été super impressionné par les réalisateurs américains qui n’ont aucune aide : ils mettent leur propre argent dans leurs projets puis envoient aux festivals payants américains : les festivals représentent cette part d’utopie, de passion qui dépasse celle de l’argent et qui réunit professionnels ainsi que tous les bénévoles (bravo à eux !). Il y a une vraie communauté au sein de l’animation mondiale et des films en général …

Sinon concernant le Bifff, je tiens à remercier le jury et le public mais pas le festival qui est le pire accueil que l’on puisse imaginer dans un festival. Mais bon c’est un festival de longs métrages, ils n’en ont rien à foutre des courts…

Quels sont tes futurs projets ?

Je n’ai que des projets de court métrages pour l’instant, mais c’est difficile car c’est pas vraiment un business. Je suis en train de finaliser 2/3 dossiers de court pour chercher des fonds entre les commandes…

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