Orient express

ORIENT EXPRESS - The street fighter

27 novembre 2010 | Par : Seb Lecocq

Shoryuken !

L’oeuvre

The Streetfighter est, avant de devenir le film et le personnage qu’il est aujourd’hui, un pur film de commande et d’exploitation destiné avant toute chose à rapporter un paquet de fric à ses producteurs. Le projet est initié par la célèbre firme japonaise Toei afin d’offrir une réponse japonaise aux films de Bruce Lee connus pour distiller un message anti-Japon plus que prégnant. Je n’irai pas jusqu’à parler de racisme mais pas loin. Enervé par cet état de fait et jaloux des recettes générées dans le monde entier par les bandes mettant en scène le petit Dragon, la Toei parcourt le Japon afin de trouver celui qui pourra concurrencer Lee sur son propre terrain, à savoir les arts martiaux. L’heureux élu sera le karatéka Sadaho Maeda, mieux connu aujourd’hui sous le patronyme de Sonny Chiba. Pour mettre en image cette histoire violente et brutale, la firme jette son dévolu sur Shigehiro Ozawa, un vétéran rompu aux films d’exploitation made in Toei. Le reste appartient maintenant à la grande histoire du cinéma bis mondial.

Success storiz

Surfant sur la vague Bruce Lee, le film connait un succès immédiat et retentissant. Les Japonais tombent sous le charme viril de Sonny Chiba, de ses coups de tatanes, ses mandales et ses mimiques moquant ouvertement celles du Petit Dragon. Les résultats sont tellement encourageants que deux suites sont mises en chantier dans la foulée, Return of the Street Fighter et Street Fighter’s Last Revenge. Deux suites accentuant le côté outrancier du premier film et la coolitude de son anti-héros, n’hésitant pas à apporter une dose d’humour là où Bruce Lee ne se départait jamais de son légendaire premier degré. D’abord culte au Japon, le film ne tarde pas à franchir les frontières et c’est en arrivant aux Etats-Unis qu’il se voit accolé le titre sous lequel on le connait aujourd’hui : The Street Fighter. La traduction du titre original japonais Gekitotsu ! Satsujin Ken donne quelque chose comme « Frappe, Poing Tueur ! ». Le film continue son petit bonhomme de chemin et arrive en France où il sera rebaptisé « Autant En Emporte Mon Nunchaku ». Malgré son titre plus que ridicule, le film fait parler de lui en Europe et aujourd’hui encore Quentin Tarantino le cite parmi ses films références. En même temps, c’est la seule personne au monde à avoir un millier de films préférés…

Asian star

Une fois n’est pas coutume je ne vais pas mettre le réalisateur à l’honneur mais bien le comédien principal car il va de soi que la vraie vedette et le véritable artisan de la renommée du film n’est autre que Sonny Chiba. Sonny Chiba nait le 23 janvier 1939 sous le nom de Sadaho Maeda. Petit, il se passionne pour le théâtre et la gymnastique à un point tel qu’il sera sélectionné dans l’équipe japonaise olympique. Il devra cependant renoncer pour cause de blessure. C’est à l’université qu’il se met sérieusement à la pratique du karaté, dont il atteindra assez vite le rang de ceinture noire. Au début des années 60, il se lance dans la comédie et cumule les petits rôles sous le pseudonyme de Shinichi Chiba. Son premier succès, il le doit à un tokusatsu (ndla : série télévisée mettant en scène des super héros japonais comme Bioman ou X-Or), 7-Color Mask. Ensuite, il débute une collaboration avec Kinji Fukasaku et on le verra dans de nombreux polars du maitre japonais. Il accède à la renommée mondiale avec The Street Fighter en 1974. Trois suites seront tournées dans la foulée et le personnage entre définitivement dans la légende des personnages légendaires du cinéma d’exploitation. Il tourne de nombreux films dans les années 70 avant de ralentir le rythme durant les années 80 et de disparaitre des écrans dans les années 90. Il fait son retour en 1998 dans Stormriders d’Andrew Lau. Il tournera dans 4 films dont Deadly Outlaw Rekka) avant de véritablement renaitre aux yeux du grand public en 2003 grâce à Battle Royale II et Kill Bill. On pourra aussi le voir en 2006 dans Fast And Furious Tokyo Drift. Il n’a plus rien tourné depuis 2007 mais reste une icône populaire internationale.

Chinopsis

Takuma Tsurugi, un mercenaire expert en arts martiaux aux méthodes plus qu’expéditives, est engagé par des triades afin d’organiser et de réaliser le kidnapping de la fille d’un magnat du pétrole. D’abord hésitant, celui-ci accepte mais, lorsqu’il s’aperçoit que les membres des triades tentent de l’arnaquer et de le détruire, il décide de protéger la jeune fille et de se retourner contre ses employeurs. Ceux-ci se lancent à ses trousses, bien décidés à l’éliminer mais c’est sans connaitre Takuma Tsurugi.

Nippon, ni mauvais ?

The Street Fighter est un excellent film d’exploitation mêlant action, arts-martiaux et petites pépées, mais c’est avant toute chose le film qui donna naissance au culte entourant son acteur principal : Sonny Chiba. Moins connu chez nous que Bruce Lee, Jackie Chan ou Jet Li, Sonny est une véritable légende vivante au Japon et pour les aficionados de films d’arts martiaux et d’exploitation. Ce statut, Chiba le doit à son charisme naturel, son sens du spectacle et son style de combattant totalement inimitable qui va exploser dans la trilogie Street Fighter. Trilogie qui compte en fait quatre films mais dans le dernier Sister Street Fighter, Chiba se contente d’un rôle secondaire. Bien que ce film soit d’une qualité irréprochable, dans les standards de l’exploit pop nippon, il faut attendre l’inévitable Tarantino pour le rendre populaire en Europe. En effet, on sait tous que c’est ce bon Quentin qui offrit à Chiba un rôle dans Kill Bill (Hattori Hanzo, c’est lui), mais ce que l’on sait moins c’est que Tarantino faisait une grosse référence au Streetfighter dans un des dialogues cultes de True Romance. C’est en effet lors d’une rétrospective nocturne consacrée au personnage de Takuma Tsurugi que Christian Slater va rencontrer Alabama. Déjà à l’époque, Tarantino affichait sans vergogne son amour pour le grand Sonny.

Mais assez parlé de Chiba, place au film car malgré l’énorme influence de l’acteur sur le succès mondial du film, un comédien principal ne fait pas un film à lui tout seul. Et techniquement, là aussi, le film est irréprochable. On rentre directement dans le tas avec une scène d’intro hyper efficace dans laquelle un Tsurugi déguisé en moine casse des têtes afin de faire libéré un expert en karaté condamné à mort. La scène est sèche, dure et brutale. Sans concessions aucune. Ensuite, on passe sur des scènes plus légères, plus drôles de par leur outrance à peine forcée. D’entrée de jeu, l’accent est mis sur Chiba et sur ses aptitudes martiales mais on remarque aussi la mise en scène léchées, efficace et rehaussée par un formidable travail sur le format cinémascope. Au Japon, contrairement a chez nous, le cinéma d’exploitation a toujours été techniquement très soigné et c’est encore le cas ici, Ozawa s’étant vraisemblablement entouré de technicien réputés.

A la base, The Street Fighter fut produit en tant que réponse aux films de Bruce Lee et de kung fu en général qui faisaient fureur en Chine. Mais, bien vite, on se rend compte que le film est bien plus que cela et fait aujourd’hui figure d’œuvre à part entière avec un univers, un style et des caractéristiques propres. Déjà le film est beaucoup plus sombre et Chiba s’impose d’entrée comme un anti-héros sans foi ni loi, violent et brutal. Pas de manichéisme dans le film d’Ozawa, tout le monde est plus ou moins pourri et mauvais. Même Sonny n’hésite pas à latter hommes et femmes, bons ou mauvais. La notion de morale et de respect est quasiment absente du film et le fond de l’intrigue est finalement très sombre. La violence prend aussi une part essentielle dans le métrage. A tel point que le film fut classé X aux Etats-Unis. Si la majorité des combats fait la part belle aux affrontements pied-poing, Chiba, dans des élans de violence et de colère, n’hésite pas à arracher des organes à mains nues et autres joyeusetés gore du même acabit qui raviront les plus viandards d’entre nous. Cette composante amorale et brutale est indissociable du film et du personnage. Chiba n’est pas un de ces héros gentils et propres, c’est un salopard qui fait passer ses propres intérêts avant toute notion de justice ou d’équité. Une caractéristique héritée du polar fukasakien cher à l’acteur.

C’est grâce à tout cela, et bien d’autres choses, que Street Fighter à gagné ses lettres de noblesse dans la monde de l’exploitation cinématographique. Personne d’autre que Chiba n’aura pu apporter cette intensité au personnage et donc au film. Tsurugi peut être perçu comme le penchant sombre de Bruce Lee, n’hésitant pas à sacrifier ses amis ou prostitués de force pour servir sa cause. Mais toute cette violence thématique et esthétique est gommée par le jeu et le style totalement outrancier de l’ensemble du cast. Chiba multiplie les grimaces improbables et les positions martiales farfelues. Les méchants sont eux aussi bien croquignolets. Pour preuve, la méchante vêtue d’une tenue de chasse, le grand black pervers sexuel et violeur en série, l’albinos, le sabreur aveugle. Prends ça Zatoichi ! Tout un univers qui sera amplifié dans les suites et qui définira la série. Ces quelques éléments nous font comprendre pourquoi Tarantino, et tous les autres cinéphiles déviants dignes de ce nom, se sont enamourés de ce personnage et de ce film. Oubliez le navet mettant en scène notre Jean Claude national, il n’y a qu’un seul Street Fighter et c’est Sonny Chiba.

Disponibilité

Alléluia, pour une fois, la meilleure édition du film et de ses suites directes est française. En effet, on peut remercier HK Vidéo pour le magnifique coffret Street Fighter, au design très pop, rassemblant les quatre films de la série ainsi qu’un livret très instructif et quelques bonus. Le tout est bien sur disponible en vostf et vf.

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