Orient express

ORIENT EXPRESS - Nang Nak

27 mars 2009 | Par : Seb Lecocq

Lyrisme thaï

L’oeuvre

La légende de Nang Nak est une histoire connue de tous et de toutes en Thaïlande. Cette histoire fait partie du folklore local et a connu de multiples adaptations pour tous types de formats. Roman, cinéma, bande dessinée. Si cette légende connaît un si grand succès au pays du sourire, c’est d’abord parce qu’elle possède tous les atours de la romance tragique. En effet, l’histoire de Mak et Nak mêle histoire d’amour, fantômes, guerre et comédie. Le film entre dans la grande tradition des fresques historiques, un genre très prisé en Thaïlande. Tout comme le film d’horreur. Il ne faut pas oublier qu’en 1999, l’Asie subissait de plein fouet la vague des films de fantômes et autres spectres croquignolets et que les spectateurs locaux se ruaient dans les salles à la recherche de frissons. De fait, en adaptant ce conte légendaire, le réalisateur, Nonzee Nimibutr, mettait toutes les chances de son côté. Les demoiselles seraient séduites par le coté romantique du film tandis que les messieurs se satisferont des apparitions horrifiques.

Success storiz

Nang Nak fut, dés sa sortie en salles, un véritable triomphe tant public que critique. Le public prend d’assaut les cinémas diffusant le film et retourne même voir le film des dizaines de fois. Au final, Nang Nak dépassera Titanic, alors recordman du box office local. Pour résumer brièvement, en terme de succès public, Nang Nak est à la Thailande ce que Bienvenue Chez Les Ch’tis est à la France. Le phénomène submerge le pays et offre une nouvelle jeunesse à cette histoire légendaire. Mais plus que le succès populaire, ce qui frappe avec l’oeuvre, c’est la qualité du film lui-même, qui rassemble tous les critiques nationaux et internationaux. Il ne faudra que quelques semaines pour que le bouche à oreille traverse les océans et parvienne aux asiatophiles européens. A cette période, le cinéma thaï est encore totalement inconnu, et on peut dire que la présente pelloche va le placer bien évidence sur la carte du monde cinématographique. Il ne faudra pas plus longtemps pour que le pays du sourire ne soit la nouvelle « place to be » des fans de cinéma asiatique. Hong Kong plonge dans le marasme créatif du à la rétrocession, les japonais multiplient les ersatz sans âme de Ring et les seuls films coréens nous parvenant ne sont que d’obscurs films d’auteurs. L’amateur se tournera donc vers la Thaïlande et sa déferlante de talents en tout genre.

Chinopsis

Mak part pour la terrible guerre de Chiang Toong en laissant Nak, sa femme enceinte, à la maison sise au bord de la rivière. Mak est gravement blessé sur le front et perd son meilleur ami Prig. Recueilli et soigné par des moines, il n’a plus aucun contact avec sa famille. Loin de tout, il ignore que sa femme est morte en couche. Lors de son retour, Nak et son fils sont bien présents et attendent son retour avec impatience. Au fil des jours, Mak s’étonne du comportement parfois étrange de sa femme. Au village, tout le monde semble effrayé et évite les alentours de la maison maudite. Lorsque son ami Uml lui apprend la vérité, Mak incrédule et fou de colère le frappe au visage…

Asian star

Nonze Nimibutr est parfois considéré comme le Tsui Hark thaï. Réalisateur, scénariste, producteur, il partage avec son homologue hongkongais un goût immodéré pour l’éclectisme et une boulimie créative l’empêchant de prendre des vacances. La comparaison est flatteuse certes mais pas totalement usurpée. Nimibutr est avec Pen-ek Ratanaruang (à tes souhaits, seb - ndlr) et Apichatpong Weerasethakul (tu veux un Kleenex ? - ndlr), le réalisateur phare du nouveau cinéma thaï. Issu de la publicité comme nombre de ses collègues, il ne tarde pas à se faire un nom dans le milieu. En 1997, il passe enfin le cap et réalise son premier long métrage qui suscitera un engouement sans précédent au pays : Dang Bireleys’s and the Gangster. C’est deux ans plus tard avec Nang Nak que Nimibutr va exploser mondialement. En 2001, il réalisera l’excellent Jan Dara, l’adaptation d’un roman à succès au pays. Entre temps, il a aussi produit Bangkok Dangerous, Les Larmes du Tigre Noir et les films de son collègue et ami Pen-ek Ratanaruang. Tout récemment, il vient de terminer son cinquième film, Queen of Langkasuka, qui sera projeté au Bifff de cette année.

Nippon, ni mauvais ?

D’ordinaire, je profite de ce petit espace d’expression, qui m’est gracieusement offert par notre bien aimé boss, pour vous faire découvrir des petits films méconnus certes, mais flirtant sans vergogne avec le bis, le Z ou la désormais fameuse catégorie III (oh oui, je l’aime bien, celle-là ! - ndlr). Des films à chaque fois différents de ce qu’on a l’habitude de voir. Mais cette fois, j’ai décidé de mettre en lumière un film, certes pratiquement inconnu par chez nous, mais plus classique dans sa forme et son fond, qui se distingue par l’excellence de sa qualité et la place capitale qu’il occupe dans l’industrie locale. On peut dire qu’en Thaïlande, il y a un avant et un après Nang Nak. Il est avec Ong Bak, mais dans un tout autre style, le film qui a ramené à la vie toute une industrie moribonde. Nang Nak est une histoire universelle, qui brasse des thèmes qui ne le sont pas moins. Quête de la passion impossible, vie éternelle, amour dans la mort, etc etc…On se souvient tous de la scène de poterie sur fond de musique mielleuse entre Patrick Swayze et Demi Moore dans Ghost. Et bien oubliez ça tout de suite car, en terme de finesse et de romantisme, le film de Nimibutr fait passer Ghost pour n’importe quel gonzo allemand featuring Ron Jeremy. Nang Nak a pour seul égal dans le genre que le chef d’œuvre définitif The Lovers de Tsui Hark.

Nimibutr, pour apporter plus de véracité à son histoire a choisi de replonger ses comédiens dans les conditions de vie de l’époque. Vie dans la forêt, culture et plantation, conditions sanitaires minimales, le réalisateur plonge littéralement ses comédiens dans la Thaïlande de la fin du 19ème siècle. Une vie à la dure afin de retrouver toute la sève des thaïs de l’époque. Mak et Nak sont des paysans, ils doivent donc leur ressembler et se comporter comme tel. Nimibutr constitue son casting grâce à des documents d’époque sur lesquels il remarque que ses comédiens ont la peau foncée et les dents noires. Il castera des acteurs basanés et leur fera mâcher des noix d’arecs afin de leurs noircir les dents. La mise en condition est totale et cela se ressent dans le jeu des acteurs, tous plus criants de vérité les uns que les autres. Le couple vedette est d’une crédibilité et d’une justesse sans égales, aussi bien dans les scènes d’amours de début de métrage que dans les scènes fantastique ou dans leurs actions de la vie quotidienne. La préparation extrême de Nimibutr porte ses fruits, les comédiens sont Nak et Mak plus qu’ils ne les jouent.

Le réalisateur thaï, bien secondé par son scénariste, l’excellent réalisateur Wisit Sasanatieng, recrée un monde hors du temps, permettant au couple de se sentir seul au monde. La caméra se promène dans la jungle thaïlandaise, happe le spectateur et l’entraîne avec lui, l’immergeant de plein pied dans son histoire. La beauté de Nak, la véracité de leur amour, la majesté des décors, la fluidité de la mise en scène, tout porte à croire que le jardin d’Eden se trouve en Thaïlande. Mais comme dans toute bonne histoire d’amour, le drame n’est jamais loin. Après une première demi-heure pétrie d’amour et de bonheur, le réalisateur fait subtilement basculer son film dans l’étrange. Par petites doses, pas à pas, Mak est plongé dans l’horreur sans même s’en rendre compte. Blessé physiquement et consumé par la force de ses sentiments, il reste sourd face aux avertissements de ses amis et aveugle devant le comportement étrange de Nak et de leur fils. Le spectateur sait la vérité mais pas Mak, ce qui le plonge dans le malaise. Plutôt que que d’anticiper les réactions du personnage et de s’ennuyer devant celles-ci, le spectateur est troublé, réagit, voudrait prévenir Mak du danger qui l’attend. Mais, en même temps, son amour est si fort, si pur que n’importe qui souhaite qu’il le retrouve et qu’il vive pour toujours au côté de sa belle malgré sa condition de fantôme.

Nang Nak, sous ses atours d’histoire fantastique, est un film bien plus profondément philosophique qu’il n’y parait. Chaque image, chaque dialogue est imprégné de bouddhisme. Religion majoritaire du pays et pratiquée assidûment par le réalisateur, qui organisera d’ailleurs une cérémonie d’apaisement destinée aux esprits de la forêt et aux fantômes ayant inspiré l’histoire. Dans la pensée bouddhiste, vivants et morts partagent la même Terre, le même espace. La présence des esprits bienveillants ou malveillants et leurs interactions est une chose naturelle. Les humains n’ont donc pas besoin de « traducteur » ou de médium pour entrer en contact avec les défunts. La relation au centre de Nang Nak n’en est que plus crédible.

Plus l’intrigue déroule, plus le côté fantastique de l’histoire prend de l’importance. Mak découvre la condition de sa femme et ses agissements étranges. Il va maintenant devoir faire des choix déterminants pour le reste de sa vie. Si Nimibutr ne prend pas parti et ne juge pas son personnage, c’est pour mieux impliquer le spectateur et l’amener à accepter le choix de Nak. Quel qu’il soit. Tout le mérite revient à la maîtrise qu’a le réalisateur sur son film et à la justesse d’écriture de son scénariste. Quand on réunit deux talents aussi forts que Nimibutr et Sasanatieng, le résultat ne laisse pas la place à l’approximation ou au doute et, au final, l’amour triomphera et ce quel qu’en soit sa forme. L’excellence de la mise en scène, la finesse de l’écriture, la puissance et le lyrisme de l’histoire, la majesté des décors naturels d’une beauté plastique époustouflante font de Nang Nak un film frôlant la perfection et pour lequel le terme chef-d’œuvre, souvent dévoyé, n’est ici, pas usurpé.

On notera aussi que le film a connu un quasi remake, ou plutôt une nouvelle adaptation de l’histoire avec le film de 2005 si je ne m’abuse, Ghost of Mae Nak.

Disponibilité

Une fois de plus, je dois déplorer l’absence de dvd zone 2 de cet excellent film. La frilosité des éditeurs français a encore frappé. Toutefois, il existe une excellente édition zone 1 ainsi que des éditions thaïes et hongkongaise all zone à petit prix et trouvables très aisément sur le net. Voilà vous savez maintenant ce qu’il vous reste à faire.

LE TRAILER

Commentaires

Merci pour le partage de cette information, Merci d’avoir pris le temps de rédiger cet article.

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29 juin 2012 | Par Tristan

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