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ORIENT EXPRESS - Heroic Fight

9 août 2012 | Par : Seb Lecocq

L’œuvre

Heroic Fight est une espèce aujourd’hui disparue. Un film qui n’existe et qui très certainement n’existera plus. C’est le genre de film qui fleurissait pendant les glorieuses années quatre-vingts à Hong-Kong. De petits films certes sans prétention mais qui sentaient bon l’amour du cinéma, l’artisanat et la folie furieuse qui caractérisait le cinéma de l’ex-colonie. Un cinéma tout entier tourné vers l’action, avec des moyens limités mais compensés par une équipe volontaire, talentueuse et dévouée au projet. Le résultat, souvent aléatoire, promettait le meilleur comme le pire. Heroic Fight offre le meilleur. Une petite heure et demi d’action pure, d’inventivité, de cascades, de bagarres, de comédie et de folie douce.

Success Storiz

Difficile de parler de « succès » avec ce genre de film produit et réalisé quand Hong-Kong était encore l’une des plus florissantes industries cinématographiques et que la guerre des écrans faisait rage. Heroic Fight est juste une de ses séries B qu’on achetait en vcd au pif, parce que ça ne coutait que quelques dollars, que la jaquette et les photos au dos étaient sympas. C’est aussi une de ces petites pépites méconnues, voire inconnues qui pullulent dans le petit monde du cinéma d’action HK. Pas de grosses vedettes mais un casting solide (Yuen Cheung Yan, Lam Siu Lau, Lam Gwong Wing , Chen Shan et Lam Kai Man), un réalisateur maison et une note d’intention tournée vers le fun et le B au sens noble du terme font de Heroic Fight un film résolument à voir pour tous amateurs d’action débridée, de cascades, de fun et de bagarres.

Asian Star

Loin d’être un des maitres du cinéma hongkongais ou un des chefs de file de la Shaw Bothers, Chiu Chung Hing est un réalisateur à l’ancienne. Ancien acteur, on l’a vu notamment dans The Brave Archer ou The Seventh Grandmasters, et chorégraphe durant les années 70, c’est tout naturellement qu’il passe à la réalisation vers le milieu des années 80 en signant des petites séries B sans prétention. Parmi ses travaux les plus connus et réussis, on peut citer The Miracle Fighter dans lequel il règle des chorégraphies et des combats inventifs de grande qualité. Heroic Fight est son meilleur film et Chiu Chung Hing stoppera sa carrière à la toute fin des années 80.

Chinopsis

Mr Duh, un chef de triade taïwanaise, ose refuser un trafic de drogue et les trafiquants décident de kidnapper sa petite fille en guise de représailles. Mr Duh va faire appel à une équipe de cascadeurs spécialistes d’effets spéciaux de cinéma pour l’aider à récupérer sa petite fille et se débarrasser de ses ennemis. Pour compliquer le tout, Mr Duh se trouve en plein milieu d’une guerre de succession.

Nippon, ni mauvais ?

Quel est le point commun entre une tête géante pratiquant le kung-fu, une chaussure téléphonique, un ninja, un clone miniature de Madonna et Mickey Mouse ? Vous ne voyez pas ? Et bien tout ça se trouve dans les vingt premières minutes du Heroïc Fight de Chiu Chung Hing. Ça donne une bonne idée du contenu du film qui passe sans coup férir du coq à l’âne en égrenant toute la basse-cour, enchaînant scènes de polar urbain et wu xia pian cheapos taiwanais des années 80, avec une jubilation jamais démentie. Heroic Fight est le genre d’œuvres qui fleurissaient durant les glorieuses eighties hongkongaises, un métrage foutraque mêlant tous les styles et dont le scénario reste un mystère même pour son auteur. Pas d’autre explication rationnelle possible pour les trente premières minutes d’Heroic Fight. On est d’accord, Mickey Mouse qui kidnappe un clone miniature chinois de Madonna avant de la faire s’envoler dans le ciel grâce à des ballons de baudruche, ce n’est pas courant. Cascade d’ailleurs réalisée par la fillette elle-même, le réalisateur n’hésitant pas à l’envoyer balader à plusieurs dizaines de mètres de hauteur au mépris des plus élémentaires normes de sécurité. Mais c’est aussi pour cela qu’on aime ce genre de cinéma, cette folie et cette inconscience omniprésente.

Ici, tout est prétexte à créer des scènes d’action ou de comédie complètements folles, exécutées avec brio par les comédiens, en particulier Lam Siu Lau, avec son visage d’éternelle jeune adolescente, et les artistes martiaux cascadeurs de l’équipe de Yuen Cheung Yan, dont fait partie son célébrissime frangins Yen Woo Ping, chorégraphe qui a collaboré à de nombreux films d’action hautement recommandables comme Iron Monkey, Fist Of Legend et de nombreuses productions de la Shaw avant de partir monnayer ses talents dans de gros blockbusters ricains sans âme. Bref, revenons-en à Heroic Fight dont les scènes d’action constituent sans aucun doute le point fort du film. Que ce soit dans le genre polar, avec une scène qui parodie et/ou rend hommage à la fameuse scène de Chow Yun Fat et des pots de fleurs ou le genre kung-fu, chaque scène d’action est plus folle et inventive que celle qui la précède. La bonne idée du film est d’introduire des inventeurs-cascadeurs qui n’hésitent pas à employer leurs trucs les plus fous, issus tout droit de leur savoir-faire acquis dans les effets spéciaux de cinéma afin de mettre en déroute les méchants mafieux. On retrouve donc des techniques de câble, d’animatronique et de projections de flammes détournées de leur utilisation première, divertir et créer l’illusion, pour servir de véritables armes mortelles dans des fights toujours ultra-jouissives. Mais, en plus d’être un pur film de baston, Heroic Fight se permet aussi de rendre hommage, via son groupe de personnages principaux, à tout un pan du cinéma asiatique que nous vénérons, à savoir le cinéma de genre. Wu xia, polar, kung-fu, comédie cantonaise, tous les genres y passent. Puis, quel bonheur de revoir Dick Wei distribuer des gros coups de tatanes dans des tronches comme au bon vieux temps.

Le film suit un rythme fou qui ne faiblit jamais durant quatre-vingts minutes, les combats sont nombreux, originaux et mettent en scène de nombreux objets insolites, BMX, pistolet à eau, mannequins, épées télécommandées et autres incongruités. Les cascades chtarbées typiques de l’époque et les scènes de comédie très drôles sont également de la partie. Bien que sans véritable génie, la mise en scène et le montage sont carrés et rendent toute l’action très lisible, ce qui n’est pas négligeable quand les trois-quarts du film sont composés de bastons et de chorégraphies en tous genres.

Bref, amateur d’action décérébrée, jetez-vous sans attendre sur ce Heroic Fight qui peut être perçu comme un mix réussi des Goonies, de Tex Avery et des Jackie Chan période Lucky Stars ! Heroic Fight est un parfait exemple de cinéma old school aujourd’hui disparu. Un cinéma tout entier tourné vers la folie, l’inventivité et le fun. Un cinéma certes naïf et parfois un peu rustre mais qui débordait de vie et suintait l’amour du travail d’équipe et de l’artisanat. Une madeleine de Proust à la sauce actioner. Un film fou comme seul l’Asie savait en produire. Taiwan uber alles.

Disponibilité

Inédit pour l’éternité hors d’Asie, le film est malgré tout trouvable dans une qualité suffisante et correcte, comparée au standard peu exigeant de l’ex-colonie, en vcd ou dvd hongkongais multizone et sous-titré en anglais.

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