Orient express

ORIENT EXPRESS - Gagamboy

22 mai 2009 | Par : Seb Lecocq

Gentleman violeur

L’œuvre

Gagamboy s’inscrit d’emblée dans la grande famille du super hero movie. Le genre est revenu mondialement en grâce ces dernières années, la faute aux dernières adaptations des écuries Marvel et DC inondant le marché ricain et mondial avec des films pour la plupart sans saveur. Mais nos amis Philippins, grands consommateurs de comiks (comme on dit là-bas), ne sont pas en reste. S’ils n’ont pas de pétrole, ils ont des idées. Loin des sommes démesurément ridicules allouées par les studios hollywoodiens à des cinéastes autrefois talentueux, l’industrie philippine se la joue profil bas et remplace les dollars par le système D et font travailler leur neurones plutôt que leur compte en banque. Gagamboy, œuvre conçue en 2004, est un savoureux décalque de la trilogie de Sam Raimi mettant en scène un homme araignée des bas quartiers de Manille. Il faut savoir que les comics sont très prisés par la jeunesse locale et que les adaptations des plus grands héros philippins sont pléthore. Il n’est donc pas étonnant de voir surgir Gagamboy, porte-drapeau de cette nouvelle vague de films superhéroïques qui compte aussi des films comme Lastikman, Darna, Pedro Penduko ou Dyesebel.

Success Storiz

Après avoir été un grand succès sur les écrans philippins, Gagamboy s’est taillé une petite mais flatteuse réputation en Europe grâce à sa participation à quelques festivals éminents, le NIFFF notamment. Le buzz internet s’est mis en marche et la plupart des sites et blogs consacrés au cinéma d’Asie offrent une caisse de résonance au film d’Erik Matti, lui apportant leur soutien via des critiques plus que positives. Outre l’Europe, Gagamboy est très populaire et apprécié dans certaines régions chinoises. Malheureusement pour les cinéphiles européens, la belle aventure Gagamboy s’arrête là puisqu’aucun distributeur ne prend le pari de sortir le film. Seuls les asiatophiles convaincus continuent de le soutenir sans relâche en espérant qu’un jour peut-être, ce petit bijou ait la visibilité qu’il mérite. Mais cessons là notre européanocentrisme, Gagamboy reste un joli succès du cinéma philippin et son réalisateur, un des chefs de file du cinéma de genre local. Les Philippins ne nous ont pas attendus pour produire un cinéma de qualité.

Chinopsis

Junie est un gentil vendeur de glaces à la solde d’un méchant patron. Junie est si gentil qu’il distribue gracieusement ses friandises glacées aux enfants les plus pauvres des bidonvilles. Dénoncé par un de ses collègues, il se retrouve confiné dans un entrepôt qu’il est chargé de nettoyer de fond en comble. Dans son malheur, il avale une araignée radioactive lui conférant d’étranges pouvoirs. Son collègue et ennemi, Dodoy avale non pas une araignée mais un cafard, qui s’était subrepticement glissé dans son sandwich.

Dodoy et Junie vont se lancer dans une bataille sans merci dont l’issue ne peut être que la mort de l’autre. Mais bien vite tout se complique lorsque les deux hommes tombent amoureux de la même fille, la ravissante Liani.

Asian Star

Erik Matti, est l’un des rares cinéastes philippins à être quelque peu connu chez nous. S’il ne bénéficie pas de la renommée d’un Cirio Santiago ou d’un Eddie Romero, il n’est pas rare de croiser ou d’entendre son nom à l’une ou l’autre occasion. Il est surtout connu pour son travail dans le film de genre et le film fantastico-héroïque puisque, outre Gagamboy qui nous intéresse aujourd’hui, on lui doit aussi un épisode de la saga Pedro Penduko : Pedro Penduko II, the return of the comeback et surtout Exodus, un film de fantasy thaïe promu par le gouvernement local qui considéra le fait de le voir en salles comme un acte patriotique. Rien que ça. Matti a aussi signé un mélodrame mettant en scène seize (!) des plus grandes stars locales. Son dernier film s’intitule Rounin, un nouveau film de fantasy dont les premières critiques ne sont malheureusement pas excellentes.

Nippon, ni mauvais ?

Posons d’emblée un postulat de départ : un Gagamboy vaut mieux que trois Spiderman, c’est un fait. La petite centaine de minutes contient tout ce qu’il n’y a pas et qu’on (que je ?) aurait aimé voir dans les presque huit heures de la trilogie signée Sam Raimi. Prenons un exemple tout simple comme point de comparaison. La muse du héros, la fille pour qui il est prêt à tout sacrifier, la belle qui fera face à la bête. Dans le Raimi, elle est interprétée, très mal, par Kirsten Dunst et son personnage, Mary- Jane est insipide et semble condamné à se faire kidnapper ad vitam par les méchants pas beaux du film. Dans Gagamboy, le rôle de Liani est autrement plus intéressant et conséquent, d’autant plus qu’il est magnifiquement interprété par la non moins magnifique Aubrey Miles. Moins connue, moins exposée, moins payée mais plus talentueuse, plus forte et plus belle, on peut en déduire sans aucun doute qu’ une heure quarante minutes d’Aubrey Miles valent plus que huit heures de Kirsten Dunst.

Cessons les comparaisons humoristico-douteuses et revenons au film, car celui-ci se suffit totalement à lui-même. On dira juste pour terminer que le budget de Gagamboy, 350000 dollars, est l’équivalent du budget essence des chauffeurs sur le set de Spiderman. Gagamboy nous conte l’histoire d’un gentil vendeur de crèmes glacées devenu du jour au lendemain un super héros qui décide de faire le ménage dans les rues de Manilles. L’histoire est simple et classique mais le traitement est un peu différent de celui que l’on peut habituellement trouver sur les productions du genre. Un héros a besoin d’un costume, mais lorsqu’on est aussi doué que moi en couture c’est facile. Pas de problème, Gagamboy donne carte blanche à une pro histoire de lui confectionner un costume qui claque. Ce sera chose faite après, il est vrai, quelques essais infructueux. Super-pouvoirs, costumes, il ne lui manque plus qu’un ennemi, un méchant très méchant qu’il trouvera en la personne de Dodoy, un collègue a la moustache patibulaire transformé lui en Ipisman (homme cafard en V.F).

Le succès et l’excellence de Gagamboy tient en une équation très simple. Une parodie intelligente, un réalisateur inspiré et transcendé par ses contraintes de production et un casting populaire à la hauteur. La première force du film est de proposer une véritable histoire bien écrite et de ne pas se limiter a un empilement de gags parodiques à la sauce Scary Movie. Matti a pris le soin et le temps de développer ses personnages et son récit, lui donnant rythme et profondeur malgré ses atours comiques. Le personnage de Junie, joué par Vhong Navarro, une teen star locale, est d’emblée attachant et crédible car Vhong mes à profit tous ses talents de danseur afin de rendre les mouvements de Gagamboy les plus fluides possible. Matti est lui aussi un des grands artisans du succès du film. Sa mise en scène tire profit du budget rikiki lui étant alloué et il confère au film une atmosphère très étrange. L’intégralité du métrage étant tournée en studio, le ciel n’est jamais visible, exit donc les scènes de voltige autour des gratte-ciel, explosions sur fond de ciel bleu et dilemmes moraux sur fond d’orage. Matti insère une légère touche sociale à l’ensemble en situant son action dans un bidonville, là où selon lui, les gens ont vraiment besoin d’être secourus. Une astuce toute simple mais qui évite au film de tomber dans le cheap. Et il me faut aussi parler d’un des arguments majeurs du film, la sublimissime Aubrey Miles qui illumine chaque plan de sa grâce naturelle. La grande classe.

Gagamboy ne serait pas ce qu’il est sans ses scènes d’ailleurs typiques du genre de cinéma abordé dans cette chronique. Je citerais volontiers la finale se déroulant pendant l’élection de miss bidonville mais sans en dire plus pour ne pas déflorer la saveur de la séquence en question. Autre grand moment, le combat opposant Gagamboy à une femme araignée sur les toits faits de tôle ondulée. Un combat durant lequel Matti laisse exploser tout son talent et nous laisse deviner quel film il aurait été capable de pondre avec des moyens plus conséquents. Les scènes d’action succèdent aux scènes purement parodiques, car le film est avant tout une comédie, qui font souvent mouche grâce à une galerie de personnages plus déjantés les uns que les autres.

Erik Matti signe avec Gagamboy un film résolument drôle, rythmé, bien mis en scène et très plaisant. Un film qui n’est peut être pas un chef-d’œuvre mais qui est un bon morceau de péloche et pas un produit destiné à vendre des pyjamas à nos chers enfants. Un film qui va vous venger de tous les films de super-héros insipides apparus ces derniers temps. Ah sinon j’ai précisé qu’Aubrey Miles était au casting ?

Disponibilité

Gagamboy, comme nombre de ses camarades philippins n’est pas disponible en zone 2. Toutefois, il existe un dvd philippin sorti sous le label Regalfilms destiné a l’exportation. Le dvd est de bonne qualité, sous-titré en anglais et possède quelques bonus très appréciables mettant en scène Aubrey Miles, alors rien que pour ça…

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