Orient express

ORIENT EXPRESS - Electric Dragon 80000V

13 août 2010 | Par : Seb Lecocq

While my guitar gently wheeps.

L’oeuvre

Que dire d’Electric Dragon 80000V si ce n’est qu’on tient là un film culte, un vrai ? Certes, ce terme est très souvent galvaudé et employé à tort et à travers pour des films comme Twilight par exemple mais il sied à merveille pour le film qui nous intéresse aujourd’hui. Film cyberpunk à la croisée de la science-fiction, de l’actioner et du concert rock, le film de Sogo Ishii ne ressemble à rien de connu. Montrez-le à une personne lambda, elle fuira au bout de cinq minutes en vous jetant d’étranges regards en coin. Montrez-le à une personne avide d’aventures filmiques, il vous serrera dans ses bras dès la fin du générique de début. Prenant racine dans la mouvance cyberpunk, le film de Ishii va plus loin, plus vite et plus fort que tous ses concurrents. Le seul film soutenant la comparaison est le Tetsuo de Tsukamoto, shooté quinze ans plus tôt. Le réalisateur revient à ses premières amours, lui qui a commencé dans la vidéo déjantée et survoltée typiquement japonaise.

Success storiz

Si le film ne connut pratiquement aucun succès commercial, sa renommée, elle, ne tarda pas à enflammer les amateurs d’Ofni du monde entier. La renommée du réalisateur n’étant plus à faire auprès des asiatophiles, chacune de ses œuvres étant attendue comme la nouvelle offrande du maitre cyberpunk. Electric Dragon ne dérogea pas à la règle. Même ceux pour qui Sogo Ishii était un total inconnu furent excités par ces premières images sorties de nulle part montrant deux personnages tout droit sortis d’un manga se mettre sur la gueule à coups de guitare électrique. Il n’en fallut pas plus pour exciter tout le monde. Le film, sorti en 2001, profita de la vague naissante du cinéma japonais pour se frayer un passage auprès du « grand public ». Il enflamma d’abord certaines salles locales avant d’attaquer les festivals européens et de prendre à l’assaut le monde entier. Rien de tel qu’un bon buzz internet pour lancer la carrière et le culte autour d’un film. A l’époque c’est LE film que tout le monde voulait voir qu’on soit fan d’asiateries en tout genre, d’ofni ou simple novice. Enfin, le film fut visible en France et dans l’Europe entière, confirmant son statut d’œuvre totalement autre et de film cultissime. Culte parmi les cultes.

Asian star

Sogo Ishii est un cas à part dans l’industrie japonaise. Ni tout à fait autodidacte (il a suivi les cours de la Nihon University School Of Art au sein de laquelle il réalisera son premier film « Panic In High School ») ni produit de l’industrie. Le réalisateur se dit avant tout bercé par la contre-culture et surtout la scène Punk Rock locale. En 1980, il réalise son premier film officiel « Crazy Thunder Road ». Tourné en 16mm, le film sera acheté par la Toei et souvent cité par Takeshi Kitano comme étant un de ses films préférés. « Crazy Thubder Road » ouvre sa période dite « punk ». Suivront « Burst City », un film déjanté mettant en scène des membres groupes de punk japonais tels que The Stalin ou The Roosters. Deux ans plus tard, il met en scène « The Crazy Family  », une satire féroce de la famille et des valeurs du Japon contemporain. Pendant une dizaine d’années, il ne réalisera pratiquement aucun long métrage, se centrant sur des œuvres personnelles mêlant musique, cinéma expérimental et art contemporain. Il revient avec un film très différent, plus classique et apaisé mais tout aussi intéressant. « August In The Water » auquel succèdera « Angel Dust », considéré comme son meilleur film et « Labyrinth Of Dream ». Il renoue avec l’univers punk en livrant « Electric Dragon 80000V ». Suivront le fabuleux « Gojoe » sorti la même année et Dead End Run en 2003. Depuis, plus rien : Sogo Ishii semble être en stand-by, mais avec lui, on n’est jamais sûr de rien.

Chinopsis

Dragon Eye Morrison est un adulte subissant les séquelles d’une électrocution survenue dans son enfance. Depuis, il communique avec les reptiles et joue continuellement de la guitare électrique afin d’éliminer l’électricité accumulée. Thunderbolt Buddha, lui, est un justicier foudroyé à l’adolescence qui va le provoquer en duel. Le combat va se transformer en une orgie électrique, les deux protagonistes se rechargeant continuellement auprès d’innombrables sources électriques de plus en plus puissantes.

Nippon, ni mauvais ?

Electric Dragon 80000V est un peu Hypertension avant l’heure. Remplaçons ce bon vieux Jason Statham par le beaucoup plus hype Tadanobu Asano, acteur nippon apparaissant dans toutes les bizarreries made in Japon. Enlevons les deux enragés du skate Neveldine et Taylor. Ajoutons un des cinéastes japonais les plus fous à avoir tenu une caméra. Otons les scènes de fesses et l’humour graveleux. Mettons un noir et blanc hyper contrasté et on aura une petite idée du contenu d’Electric Dragon 80000V. Ce film s’apparente à une décharge électrique qui traverse le corps de part en part, du nerf optique à la pointe des orteils. Un peu comme quand on pisse sur une clôture électrifiée. Il y a certains films qui redonnent foi au cinéma et vous ramènent à la vie aussi sec qu’un coup de défibrillateur dans Urgences. Le film de Sogo Ishii est de ceux-là, aucun doute possible. Dès les premières images, on ressent toute l’énergie contenue dans cette petite heure de pellicule, l’euphorie est plus forte que n’importe quel shot de n’importe quelle drogue. L’effet est garanti et 100% remboursé. Si vous trouvez moins cher et plus efficace ailleurs, je vous rembourse la différence.

D’un postulat de base simplissime, deux mecs aux pouvoirs surhumains et à la dégaine de héros de manga se foutent sur la gueule une heure durant, le réalisateur nippon tire une formidable ode à la vie, au mouvement et à la fée électricité. Comme si un matin, ce brave Sogo s’était réveillé en se disant que « Merde, ils étaient cool mes premiers films, je devrais refaire pareil ! » Car oui, Electric Dragon prend place à un moment très particulier de la carrière du réalisateur : bien après sa période punk, Electric Dragon vient réveiller les plus bas instincts du réalisateur en pleine période apaisée. On appelle ça un retour aux sources. Mais plus que ça, le film d’Ishii est une synthèse des deux périodes distinctes de sa filmographie. D’un côté, on retrouve le côté survolté et électrique des débuts, de l’autre Ishii fait appel à Tadanobu Asano, comédien de sa deuxième période, dans une volonté de métissage de sa propre filmographie. D’autre part, Sogo Ishii revient aussi à l’utilisation de moyens limités afin de retrouver l’esprit punk (dont le réalisateur est toujours un farouche partisan) qui animait ses œuvres de jeunesse. Point d’effets spéciaux pétaradants, juste le système D, un tournage guérilla, deux comédiens impliqués jusqu’à l’os et bien entendu, élément essentiel, le talent et la maitrise d’un réalisateur au sommet de son art.

Outre le côté cyberpunk et manga-like directement évocateur du film, Electric Dragon 80000V permet surtout au réalisateur de mettre en image sa passion pour la musique punk à travers le personnage de Dragon, obligé de jouer de la guitare presque continuellement afin de canaliser sa puissance. La musique comme moyen de survie, voilà en fait le message que tente de faire passer le réalisateur via un film assurément autre à mi-chemin entre le cyberpunk, le cinéma expérimental, le film de super héros et la vidéo musicale. Sogo Ishii trouve dans ce mélange des genres la recette miracle du choc visuel et esthétique transformant Tokyo en ville futuriste que n’aurait pas reniée Katsushiro Otomo. Désincarnée, froide et individualiste, elle est une extension, une exagération de la ville actuelle telle que Ishii la perçoit. Un thème qui rapproche un peu plus son cinéma et celui de Tsukamoto. Paradoxalement, malgré son côté nawak et exigeant pour le spectateur, Electric Dragon, de par sa courte durée et son côté vraiment fun, fait figure de porte d’entrée idéale vers la filmographie de son réalisateur. Un film essentiel donc afin d’embrasser un courant un peu à part mais très important de la cinématographie japonaise.

Disponibilité

Electric Dragon 80000V n’est pas disponible dans nos contrées (d’ailleurs si un editeur me lit…), cependant il est aisément trouvable dans plusieurs éditions, de la plus chère et rare à la plus abordable. L’édition japonaise présente le film dans un très beau coffret mais ne comporte aucun sous-titre. Le spectateur francophone se tournera plutôt vers l’édition Discotek comprenant le film en vosta, une chiée de bonus et surtout cette édition propose la bande originale du film sur un CD séparé. Le must pour embrasser complètement l’ambiance du métrage. Sinon, pour les fans les plus pointus, le film est compris dans l’intégrale Sogo Ishii sortie chez Wildgrounds.

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