Orient express

ORIENT EXPRESS - Cinq venins mortels

14 mars 2010 | Par : Seb Lecocq

The kung fu film de la Shaw

L’œuvre

Attention film culte ! Voici peut-être le film de kung-fu le plus connu de l’autre côté de l’Atlantique, chez nos amis américains. Par chez nous, on vénère plutôt La Rage du Tigre ou la trilogie Shaolin mais aux Etats-Unis, Five Venoms est un vrai film culte de chez culte. Pourtant rien ne prédestinait ce film à une telle destinée. Film de la deuxième partie de la carrière de Chang Cheh, la moins bonne, Five Venoms ouvre une série de films mettant en scène les fameuses Venoms et misant sur un côté fantastique souvent absent du kung-fu pian. Chang Cheh tente de relancer sa carrière grâce à cette série de films, ce qu’il réussira, surtout outre-Atlantique. Cheh adapte la recette habituelle du kung-fu-pian, c’est-à-dire des intrigues de palais, du kung-fu, de la violence et des acrobaties, en y ajoutant des ingrédients plus occidentaux comme le whodunit, le fantastique ou le thriller. Comme la grande majorité des métrages du genre, le film est une pure production Shaw Brother, synonyme de qualité quand on parle de film de combats.

Success Storiz

Comme je l’ai dit, le film jouit d’un statut inégalable au pays de l’Oncle Sam. Je serais bien incapable d’expliquer pourquoi. Mais attention, chez nous, Five Venoms fait aussi partie des Shaw Brothers les plus célèbres, en grande partie grâce à son atmosphère lorgnant vers le gothique italien et le film de super-héros. Pourtant, rien ne distinguait le film des autres productions Shaw. Produit à la chaine et sorti de la même façon, le film rencontre mine de rien un petit succès local mais c’est l’exportation aux States qui va asseoir son statut de film culte. Distribué et projeté sans discontinuer dans tous les Chinatown du pays depuis sa sortie, le film fait figure de référence pour de nombreuses personnalités américaines. Un nombre incalculable d’ artistes en tous genres lui ont rendu hommage. Que ce soit Tarantino dans Kill Bill II, les rappeurs du Wu Tang Clan. Le groupe Merauder allant même jusqu’à donner le nom du film à l’un de leurs albums. C’est pas du culte de pacotille, comme vous pouvez le voir.

Chinopsis

Le maître du clan du Poison se meurt et envoie son dernier élève en mission : il devra s’assurer que ses enseignements ne sont pas utilisés à des fins criminelles, notamment par cinq de ses anciens disciples, le Serpe, le Scorpion, le Lézard , le Crapaud et le Mille-pattes. Mais Chiang Sheng ne connaît pas leur véritable identité. Il se déguise alors en mendiant et commence sa périlleuse enquête afin découvrir si la volonté de son maitre sera respectée. Va s’ensuivre combats, intrigues, trahison et pouvoirs surnaturels.

Asian Star

Chang Cheh est le genre de réalisateur qu’on ne présente plus. Il est l’un des trois incontournables dans le milieu du wu-xia-pian et du kung-fu-pian hongkongais. Il s’est forgé au sein de la firme Shaw Brother une filmographie reconnaissable basée sur la vengeance, l’héroïsme, l’amitié virile et une violence graphique débridée. Son œuvre est aussi caractérisée par une homosexualité latente, surtout dans ses films mettant en scène le tandem Ti Lung / David Chiang. En plus d’être un excellent réalisateur, un des meilleurs du genre d’ailleurs, Chang Cheh s’avère être aussi un grand découvreur de talents puisqu’il eu un rôle primordial dans la carrière de Jimmy Wang Yu, Ti Lung, David Chiang ou encore John Woo, qui fut longtemps son assistant. Il faut aussi évoquer sa collaboration avec le génial chorégraphe Liu Chia Liang. Parmi ses plus grands films, on compte La Rage du Tigre, Le Retour de l’Hirondelle d’Or, Le Trio Magnifique, One Armed Swordman, The Duel ou encore Deadly Duo entres autres dizaines de films car sa filmographie compte pas moins de 93 films. Chang Cheh est décédé le 22 juin 2002 à l’âge de 69 ans.

Nippon, ni mauvais ?

Les Cinq Venins Mortels a toutes les caractéristiques du film made in Shaw Brother. On y retrouve tous les artisans habituels du studio derrière la caméra et des acteurs coutumiers de la maison devant. Niveau scénario, Ni Kuang est lui aussi un fidèle employé de la mythique maison de production. Le cahier des charges est lui aussi 100% made in Shaw Brother, alternant dialogues en mandarin, scènes de combats hyper-chorégraphiées, trahisons, amitiés viriles et vengeance. Qu’est ce qui distingue donc ce film des centaines d’autres productions du style ? En premier lieu, l’atmosphère particulière du film et inhabituelle dans le genre balisé du kung-fu-pian. Chang Cheh et son scénariste ont pris le parti de napper leur histoire de fantastique, de mystère et de fantasmagorie. L’ensemble de l’œuvre est plongée dans des ambiances que n’aurait pas reniées la Hammer de la grande époque ou encore le grand Mario Bava.

Sous ses atours esthétiques plaçant immédiatement le film dans le genre fantastique, Cheh déroule une intrigue classique d’héritage dévoyé et de duel d’écoles martiales. Soucieux de la réputation de son école, un vieux maitre envoie un de ses disciples espionner ses élèves dont certains sont animés d’intentions malfaisantes. Le disciple va vite comprendre qu’il s’en passe des vertes et des pas mûres quand un groupes d’assassins masqués et grimés en animaux venimeux font régner la terreur. A partir de cet instant va se substituer une trame classique de whodunit, suivant la progression pas à pas du disciple perçant le mystère de l’identité secrète de ces étranges assassins. Outre les ambiances colorées et fantasmatiques, le look des personnages-titres participe lui aussi à l’aura culte que possède le film. Leurs costumes et masques les font immédiatement entrer au panthéon des grands personnages de la Shaw Brother, voire du cinéma kung-fu en général. Leurs allures, leurs spécificités propres et leur propension à se déplacer en bande surfe sur la vague superhéroïque et anticipe aussi l’éclosion du sentai type Bioman et Power Rangers.

L’ambiance n’est pas le seul point fort de ce film, qui mise aussi bien sur ses combats pour emporter l’adhésion sans limites de ses adorateurs. Et là encore, le film envoie du lourd car, outre Robert Tai à la chorégraphie, on retrouve cinq artistes martiaux de haut niveau sous les défroques de venins : le Serpent (Wai Pak), le Scorpion (Sun Chien), le Lézard (Philip Kwok), le Crapaud (Lo Meng) et le Mille-pattes (Lu Feng), chaque artiste officiant avec un style qui la caractérise ce qui rend les combats dynamiques et variés. En dehors de leurs capacités martiales, les Cinq Venins possèdent d’autres pouvoirs renforçant leur attitude supranaturelle et maléfique. Si la mise en scène de Chang Cheh n’atteint pas la virtuosité et la brutalité de ses plus grands films, elle reste malgré tout au-dessus de la moyenne, rend les affrontements lisibles et assure un bon rythme à ce thriller fantastico-martial multipliant chausse-trappes, intrigues de palais et pièges en tous genres. Les dialogues sont eux aussi très « spéciaux », sentencieux et flirtant avec le surréalisme ce qui a dû plaire à nos amis d’Outre Manche. Tous ces éléments font des Cinq Venins Mortels un film à part (donnant même naissance à de nombreuses suites et ersatz) qui marquera définitivement les esprits.

Disponibilité

Le film est disponible en zone 2 dans la collection Shaw Brother. Le film est présenté en version originale sous-titrée ainsi qu’en version française. L’édition compte de nombreux bonus et est de qualité irréprochable. Un must have pour tous les amateurs de grand cinéma.

Commentaires

MEga Culte !! Venom Mob, Deadly Venom, Invincible Armor...Que dire de plus...

30 mars 2010 | Par

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