Orient express

ORIENT EXPRESS - Battle royale 2

12 février 2010 | Par : Seb Lecocq

Fukasaku, père et fils

L’oeuvre

Comme son nom l’indique, Battle Royale II Requiem est la suite directe de Battle Royale. Le créateur de Battle Royale, l’écrivain Koshun Takami n’a aucunement pris part dans l’écriture de cette sequel. C’est Fukasaku lui-même qui, surpris de l’accueil et du succès de Battle Royale, décide de mettre en chantier cette suite. C’est son fils Kenta, aidé de Norio Kida qui scénarisera la chose se basant sur les grandes lignes du film précédent mais en poussant le cote politique jusque dans ses derniers retranchements, quitte à attaquer frontalement les Etats-Unis et leur influence sur la culture japonaise. Malheureusement, Kinji Fukusaku décédera en plein tournage et c’est donc son fils Kenta, devenu réalisateur à son tour, qui lui succède en prenant les rennes du tournage et du montage. Toutefois, si on n’est pas certain du nombre d’images tournées par l’un et l’autre, il se dit que Kinji Fukasaku aurait eu le temps de tourner une grosse majorité des intrigues du film. C’est dans une ambiance de recueillement et de tristesse que le film se terminera et fera son apparition sur les écrans japonais en juillet 2003.

Success storiz

Fort du succès surprise du premier épisode, Battle Royale II est évidemment attendu de pied ferme par tous les fans qui s’étaient ralliés à la cause de ces ados en proie à eux-mêmes, isolés sur une île. Le film sera acheté et distribué mondialement, que ce soit en salles ou en dvd. Comme pour son grand frère, la sortie de Battle Royale II attisera plusieurs polémiques, centrées sur le contenu hautement politique du film. Car, cette fois, les Fukasaku font plus que flirter avec la ligne jaune et, en attaquant frontalement les Etats-Unis, ils vont se mettre à dos toute une frange du public. Le film se complait dans l’apologie du terrorisme en allant jusqu’à recréer, en les délocalisant au Japon, les attentats du 11 septembre 2001. C’est donc un euphémisme de dire que l’accueil réservé au film fut très chaud. Kenta Fukasaku prenant un malin plaisir à rajouter de l’huile sur le feu en affirmant que son film prend le point de vue d’une bande de terroristes et qu’il est donc normal que son oeuvre en fasse l’apologie. Il répondra d’ailleurs aux attaques du film en lançant un laconique « the more strongly people react, the better ». L’ambiance devient vite délétère et les critiques assassines tombent dans le piège de l’analyse politique en brocardant le film pour son contenu hautement explosif sans jamais parler de cinéma. Car, Battle Royale II, qu’on se le dise, est un film de divertissement avant tout.

Asian star

Si le film est signé Kinji Fukasaku, il est évident que Kenta Fukasaku, qui a repris le tournage et écrit le scénario, a sa part de responsabilité dans la réussite du premier épisode et dans l’échec relatif du second. Kenta Fukasaku est le fils de Kinji Fukasaku. Kenta fait ses débuts dans l’industrie en adaptant et signant le scénario de Battle Royale, inspiré du roman éponyme. Propulsé réalisateur alors qu’il ne possède aucune expérience de la mise en scène, il terminera dans la douleur Battle Royale II en reprenant le fil du tournage après la mort de son père. Toutefois, il laissera à son père la paternité de la mise en scène du film, lui, ne sera crédité qu’en tant que scénariste. Depuis, il fait son trou dans la mise en scène et a signé plusieurs films. Under The Same Moon, inédit en dehors du Japon, et les plus connus et distribués en dvd chez nous : X-Cross et Tokyo Girl Cop, dont il prépare la suite.

Chinopsis

Suite aux événements liés à la dernière Battle Royale, Nanahara Shuya et Noriko sont introuvables. Ils réapparaissent trois ans plus tard en revendiquant un attentat meurtrier commis en plein Tokyo. Pressé d’en finir avec eux, le gouvernement de Grande Asie relance le projet Battle Royale en le modifiant légèrement. Cette fois, les participants sont reliés en binômes et ne doivent plus s’entretuer mais débarquer sur une île afin de capturer ou tuer Shuya et mettre fin à ses agissements terroristes. Une guerre sans merci voyant des jeunes adolescents s’affronter va démarrer.

Nippon, ni mauvais ?

N’y allons pas par quatre chemins, Requiem est clairement moins bon que Battle Royale. En même temps, les films meilleurs que Battle Royale se comptent sur les doigts de deux mains. Mais est-ce la purge dont tout le monde parle ? Non plus. C’est un film monstre, bancal, raté et plein de défauts mais qui, malgré tout, dégage une sorte de fascination inexplicable. Le début, assez prometteur, démarre par une scène vraiment impressionnante, qui participe justement à la fascination susmentionnée. La représentation d’un attentat en plein Tokyo durant lequel une dizaine de gratte-ciel s’effondrent au son du désormais fameux Dies Irae de Verdi. Une scène qui n’est pas sans rappeler le final de Fight Club dont la puissance visuelle et narrative aurait été multipliée par dix. Comme entrée en matière, on a rarement fait plus coup de poing dans l’estomac. Et bien cette scène représente à elle seule tout l’esprit hautement contestataire de Battle Royale II. Couillue, spectaculaire mais thématiquement maladroite. On retrouve toute l’idéologie du film dans ces quelques secondes introductives. L’apologie du terrorisme comme seul moyen efficace de restaurer la paix, le terrorisme comme seul moyen de lutte. Là où le premier film était plus fin et mettait en lumière les dérives fascistes de la société moderne en en montrant les conséquences et l’absurdité, Fukasaku érigeait la résistance citoyenne comme moyen de rébellion. Alors que le premier film mettait en avant des étudiants qui contournaient les règlements et s’infiltraient dans les réseaux informatiques du gouvernement, Requiem présente le Kalachnikov comme arme ultime face à l’oppression et l’Afghanistan comme Eldorado terrestre et terre de lutte ancestrale. Bref, le refuge parfait pour tous les terroristes. Difficile donc de défendre un tel discours et pourtant si on ne peut le défendre, on peut le comprendre et l’expliquer, c’est ce que feront les Fukasaku, maladroitement encore une fois.

Si Shuya s’est radicalisé à ce point, c’est avant tout parce que toute forme d’autorité compétente l’a abandonné. Ses parents, ses professeurs et la société dans son entièreté. Face à ces échecs répétés et aux dérives du monde des adultes il décide donc de déclarer la guerre à tous les adultes de la planète. N’oubliant pourtant pas que l’enfance est un passage et mène inexorablement à l’âge adulte. Encore une fois, un postulat est posé de façon maladroite car on peut en déduire que la révolte de Shuya et du Wild Seven est éphémère et, par essence, vouée à l’échec.

La première moitié du film est de très bonne facture et carrément bluffante par moments. L’introduction passée, les premières scènes reprennent presque plan pour plan celles de Battle Royale à quelques détails près. Exit Kitano, bienvenue Riki Takeuchi, exit les uniformes de collégiens, bonjour treillis et tenues militaires. D’entrée de jeu, Fukasaku nous montre la façon insidieuse avec laquelle le gouvernement manipule les enfants et les force à s’entretuer en prétextant une liberté toute relative. Une fois dérivés, les enfants grimés en militaires nous font un remake du débarquement façon Soldat Ryan c’est-à-dire avec bruits, vomi, pleurs et sang. Beaucoup de sang. Et de pertes humaines. Le première demi-heure voit la moitié des élèves se faire trucider par le Wild Seven, les troupes de Shuya.

Cette entrée en matière pose les bases suivantes : les terroristes sont perçus comme les méchants, les nazis du débarquement tandis que les mercenaires du gouvernement sont vus comme les forces libératrices. La scène est sans équivoque. La mise en scène durant ces séquences de guerre sont vraiment bouffantes et immersives. Le fait de voir des enfants, armés jusqu’aux dents, se battre contre d’autres jeunes est toujours un choc visuel, cette fois amoindri par l’oubli des uniformes. Une façon supplémentaire pour Fukasaku de pousser le propos encore plus loin. Cette fois, les étudiants innocents font place à des militaires « engagés » par le gouvernement comme chair à canon. Les jeunes ne représentent rien, moins qu’une balle. Si jusque-là, le point de vue du film semblait politiquement correct, tout va changer lors de la rencontre entre les deux assaillants. Shuya croyant être attaqué par des militaires normaux ne réalisera que bien plus tard que ce sont des jeunes comme lui. Il décide de cesser le feu et de s’expliquer avant de déclamer, face camera, un discours mettant en cause les Etats-Unis et les rendant responsables de la plupart des guerres de ces soixante dernières années, appelant tous les jeunes du monde entier à se soulever et à embrasser la cause terroriste. C’est à ce moment que le film bascule et perd de son intérêt tant au niveau thématique (Fukasaku enfonce le clou de manière maladroite voire enfantine) que cinématographique pusique l’intrigue piétine et la mise en scène se fait moins virtuose.

En voulant radicaliser son propos, la famille Fukasaku se désolidarise de l’idée de base du roman de Kushun Takami et sombre dans la propagande et la rébellion adolescente de bas étage. Toutefois, Battle Royale II possède de beaux restes mais souffre irrémédiablement de la comparaison avec le premier épisode. Il serait malgré tout dommage de jeter le bébé avec l’eau du bain et de rejeter en bloc un film certes imparfait et maladroit mais qui a plus à offrir qu’un simple discours nauséeux sur le terrorisme. Il faut parfois lire entre les lignes et surtout se concentrer sur la première moitié du film qui offre quelques très grands moments de cinéma.

Disponibilité

Le film est fort heureusement disponible en zone 2 avec sous-titres français sorti chez M6 vidéo. Il existe aussi un pack rassemblant le film et sa suite.

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