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OFFSCREEN - Amer

L’amerditude des choses

Il est des films qui foutent les boules et donnent très envie à la fois…et Amer fait partie de cette catégorie de longs métrages. Excitant car, véritables objets de fantasme cinéphilique rien qu’à l’évocation de leur pitch. Flippant car, comme bon nombre de fantasmes, ils finissent la plupart du temps par laisser un goût de trop peu après consommation. Vous voyez hein, le syndrome Doomsday ? Le truc à rendre parano de chez parano, une tripotée de geeks fébriles à l’approche des sorties hebdomadaires cochées en gras sur leur calendrier des "Dieux du Stade". Enfin tout ça pour dire que Amer ne rentre pas dans cette maudite espèce d’acétate de cellulose chimérique. Hooo que non.

Amer est un vibrant hommage à un cinéma perdu, une déclaration d’amour aux Argento, Bava, Lado et consorts, une pelloche ovniesque sortie de nulle part, les réalisateurs réussissant leur pari casse-gueule de dépasser le simple exercice de style, la célébration postmoderne du giallo, grâce à un traitement inédit au jusqu’au-boutisme d’une rare cohérence. Car c’est là que Cattet & Forzani font la différence sur nombres de leurs petits camarades : la logique.

Narrativement d’abord, les réalisateurs réussissant haut la main leur pari burné de tenir les spectateurs en haleine avec un film presque muet, les dialogues devenus une race en voie d’extinction, plongeant les spectateurs en plein trip sensitif où la parole fait place aux respirations, où les couleurs en disent plus sur la psyché des personnages que de longs et vains discours, et où les sons se muent en clés permettant de mieux ressentir l’histoire. Au final, rien ne dépasse, aucun plan n’étant de trop, le duo ne reculant devant aucune prise de risque pour garder leur périlleuse ligne de conduite jusqu’au générique final.

Visuellement ensuite, les trois segments du film poussant la relecture référentielle à son paroxysme, le tout sans tomber toutefois dans les pièges du copier/coller rébarbatif et sans substance, du clin d’oeil d’initié, du pastiche condescendant. Rarement un zoom n’aura été aussi beau que dans Amer, jamais les cadrages verticaux n’auront été aussi justifiés, les trucs et gimmicks à la mode à l’époque dépassant leur statut de vulgaires gadgets stylistiques pour enfin accéder au panthéon de la grammaire narrative.

Autre coup de force, le fait de ne pas avoir traité leurs trois chapitres comme trois sketches, mais bien comme trois moments clés de la vie de leur héroïne, séparé par des ellipses la faisant passer de petite fille à l’adolescence, puis d’ado à l’âge adulte. Le tout en conférant à chaque époque, chaque période, une sensibilité propre, une identité.

On pense bien sûr au pink et au bosozoku-eiga, aux Riccardo Freda, Giorgio Ferroni, et Mario Caiano du gothique transalpin, ainsi que Mario Bava et Dario Argento face à la beauté des décors, le soin maniaque porté aux accessoires, la qualité des cadrages et le raffinement visuel confinant à l’ensemble une ambiance onirique et morbide, où la frontière entre les fantasmes et la réalité est ténue, le talentueux duo nous offrant un cauchemar éveillé nourri des plus terrifiantes angoisses enfantines.

Malgré un budget violemment inférieur à bon nombre de productions de genre hexagonales, Amer est un film d’une beauté rare, une expérience physique, un grand huit sensoriel, maîtrisé de bout en bout et d’une maturité exceptionnelle pour un baptême de l’air. Poétique, éprouvant, tactile, sensuel, épidermique et rigoureux, le premier film de Bruno Forzani et Hélène Cattet est une ode au bis, la preuve que cinéma de genre ne rime pas spécialement avec "exploitation", les deux réalisateurs ne se limitant jamais au petit jeu des références. De quoi attendre le rasoir entre les dents leur prochain méfait giallesque. Alors un seul mot les gars : FORZA !!!

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