Critique de film

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Le Monstre est vivant

"It's Alive"
affiche du film

Frank et Lenore Davies sont heureux. Onze ans après la naissance de leur premier enfant, Lenore s'apprête à accoucher de leur deuxième rejeton. Mais l'enfant, à peine sorti du ventre de sa mère, tue les médecins et les infirmières qui sont présents à l'accouchement...

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Trailer - Le monstre est vivant (1974)
Par : Damien Taymans

Les critiques à propos de ce film

Le monstre est vivant - Priez pour ne pas avoir d’enfant !
Par : Damien Taymans

Après avoir réalisé Bone et Black Ceasar, Larry Cohen se voit confier un autre projet par les studios Warner. Doté d’un petit budget, Le monstre est vivant va être secoué par de nombreux remous. En effet, le studio voit ses dirigeants remplacés et les nouveaux arrivants ne voient pas d’un très bon oeil le scénario de cette série B. Du coup, le film est distribué de façon limitée et se voit privé rapidement des écrans. Pourtant, la distribution est parfaite sur les continents européen et asiatique. Plus de trois ans après, une nouvelle vague médiatique s’empare du film et celui-ci atteint une place honorale au box-office américain bien longtemps après sa production. A l’heure actuelle, il reste l’oeuvre de Larry Cohen qui a remporté le plus de succès.

Il faut dire que le réalisateur sait y faire. Bien loin de nous proposer un énième navet sur un monstre à apparence humaine, Cohen bâtit de toutes pièces une oeuvre sociologique profonde. Remis dans son contexte, on comprend mieux l’impact du métrage sur les spectateurs. Au début des années 70, l’Amérique est horrifiée (et le monde entier d’ailleurs comme en témoigne mai 68) par ses enfants. Insouciants, détachés de la société des adultes, ils ne pensent qu’au sexe et à la drogue. Cette Amérique-là semble de plus en plus persuadée d’avoir enfanté des monstres. Prenant la parabole à la lettre, Cohen met en lumière ce malaise parental puisqu’il se plonge dans la vie d’une famille qui a engendré un rebut de l’humanité.

Au départ, tout semble normal dans la vie des Davies. Couple aimant, parents d’un enfant (le premier de sa classe !), doté d’un intérieur coquet, la famille Davies est une famille modèle, celle dont rêve le commun des mortels américain, celle qui nous est assénée dans les séries du style Beverly Hills. Seulement, l’arrivée de ce monstre chamboule tout : la famille éclate (l’homme et la femme s’évitent), les parents préfèrent tenir leur unique enfant éloigné de tout, les personnalités se rongent et s’assombrissent. Le tableau est tout de suite moins reluisant. La cause à cela ? La critique de la société moderne, incapable de ne pas juger les autres, ceux qui sont hors-normes.

Du coup, Frank perd son emploi, Lenore est évitée et tous montrent du doigt ce couple, créateurs d’un monstre. La réplique de Frank est frappante de vérité : "Quand j’étais enfant, je pensais que Frankenstein était le monstre puis j’ai découvert que c’était le créateur"... Le monstre est confondu avec ses parents (ses créateurs)... L’amalgame est la solution de facilité, le délit de sale gueule est omniprésent. A tel point que le policier lachera son terrible : "Ceux qui n’ont pas d’enfants ne savent pas la chance qu’ils ont", phrase représentative de la pensée parentale de l’époque.

Pour attirer vers lui les regards et pour faire bouger les mentalités, Frank va tout mettre en oeuvre pour éliminer son propre enfant. Il en vient à refuser la paternité de cette créature, signe une décharge pour qu’on l’abatte et va même jusqu’à lutter avec les policiers pour le capturer. A tout prix, Frank veut devenir l’assassin du monstre qu’il a créé.

Cohen ne s’arrête pas là et critique l’ensemble des couches de la société. Critique du système pourri de la presse qui n’hésite pas à citer le nom des Davies ou à obtenir des témoignages par tous les moyens (cf. l’infirmière), critique de l’hypocrisie des individus face à la différence, critiques des machineries dégoûtantes des industries capitalistes (l’industrie pharmaceutique n’avoue pas sa faute et veut qu’on détruise toute preuve).

Au final, un excellent moment cinématographique. Loin d’être une série B, Le monstre est vivant peut même se vanter de faire dans l’art. Un bon moment à passer...


Oeuvres liées :

Les monstres sont toujours vivants (1979)
La vengeance des monstres (1987)

Critique de Le Monstre est vivant
Par : Gilles Penso

« Il est né il y a trois jours. Il a tué sept personnes. Ses parents sont des êtres humains. Quoique ce soit, c’est vivant ! » C’est accompagné de ce slogan intrigant que sortit Le Monstre est Vivant en 1974. Après trois longs-métrages d’exploitation (Bone, Black Caesar et Hell-Up in Harlem), l’auteur/réalisateur/producteur Larry Cohen attaquait ainsi pour la première fois son genre de prédilection, l’épouvante, à travers un concept pour le moins audacieux. A Los Angeles, Lenore Davis met au monde un bébé monstre qui, dès sa naissance, sectionne avec ses dents acérées son cordon ombilical, tue médecins et infirmières de la clinique d’accouchement, puis s’échappe aussitôt, épargnant sa mère. Fruit de mutations liées à des produits commercialisés pour le grand public, le monstre tue plusieurs fois sur son passage, traqué par la police. Puis il est instinctivement guidé vers une maison… Celle de ses parents. Frank, le père de ce bébé mutant, se joint aux policiers pour retrouver sa trace et l’empêcher définitivement de nuire. Mais bientôt, des sentiments contraires animent l’infortuné géniteur…

Assez proche des angoisses chirurgicales et organiques de David Cronenberg, ce film phare de Larry Cohen distille une angoisse très efficace, via une juxtaposition thématique aux frontières du tabou : le nouveau-né et la monstruosité. Le traitement est novateur, dans la mesure où le bébé monstre, né dans une scène d’accouchement assez éprouvante, est un tueur mutant avide de chair et de sang, dont les relations avec sa famille (le père, la mère, le frère) sont très ambiguës, partagées entre l’amour et la haine, la peur et la compassion. Le jeu très intériorisé de John P. Ryan participe à cette ambiguïté. Conçue par Rick Baker, la créature s’avère très efficace, même si elle manque de finitions (en particulier au niveau des mains), probablement à cause d’un budget anémique. Avec intelligence, Larry Cohen, homme à tout faire sur le film, comme souvent, filme son bébé monstre avec parcimonie, jouant sur l’ombre, les avant-plans et le montage nerveux.

Le final, au cours duquel la police traque le mutant dans les égouts de la ville, évoque celui de Des Monstres attaquent la Ville réalisé vingt ans plus tôt par Gordon Douglas. Les cadrages approximatifs à l’épaule, la lumière peu travaillée et le montage parfois maladroit trahissent les faibles moyens du film, mais n’atténuent aucunement son impact. Cet impact est d’ailleurs amplifié par la partition du grand Bernard Herrmann qui, après ses collaborations avec Orson Welles, Alfred Hitchcock et Ray Harryhausen, signait ici l’un de ses derniers joyaux. Le titre original, It’s Alive !, se réfère à la célèbre réplique de Colin Clive lorsqu’il voit sa créature s’animer dans le légendaire Frankenstein de James Whale (Cohen y fait d’ailleurs allusion, à travers le dialogue de deux personnages dissertant sur la célèbre confusion que le public entretient entre le nom du docteur et celui de son monstre). La dernière réplique de Le Monstre est Vivant laisse bien comprendre que la menace reste en suspens, et annonce déjà la possibilité d’une séquelle, ce que les confortables recettes du film au box-office permirent de concrétiser aussitôt avec la bénédiction de la Warner.

Pour découvrir les critiques de Gilles Penso, cliquez ici


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