Critique de film

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Malveillance

"Mientras duermes"
affiche du film

Marco est le concierge d’un immeuble de Barcelone. Les habitants ne lui ont jamais vraiment prêté attention. Ils auraient pourtant dû car Marco sait beaucoup de choses sur leurs vies et leurs habitudes…

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Les critiques à propos de ce film

Critique de Malveillance - Ave césar
Par : Seb Lecocq
Tags : PIFFF 2011

Après les récréations et les expérimentations de Rec et Rec 2 accompagné de son compère Paco Plaza, Jaume Balaguero revient aux affaires en solo avec Mientras Duerme (qu’on pourrait traduire basiquement par Pendant que tu dors) qui, en France, sortira sous le titre bien pourlingue et fleurant bon la seconde partie de soirée d’NRJ12 de Malveillance (tintintintiiiiiiiin). Cet écueil mis à part, le film est bon voire très bon par moments. Et c’est un mec que le cinéma espagnol laisse d’ordinaire très froid qui parle. Une fois de plus, Balaguero examine et analyse les origines du Mal véritable, gratuit et désintéressé. Pour ce faire, il se penche sur le cas de Cesar, monsieur Tout-le-monde, concierge d’une résidence d’habitation dans une une grande ville espagnole. Cesar est le type discret, gentil et passant totalement inaperçu. Le genre de personne qu’on rencontre à chaque coin de rue. Mais comme souvent, les gens « sans histoires » sont souvent les plus tordus. Cesar ne fait pas exception à la règle. Son dada à lui ne concerne pas l’agression de petites vieilles, le viol d’enfants ou la torture et le dépeçage des donzelles. Sa passion première est de pourrir la vie de la charmante et pimpante Clara. Oh rien de bien méchant au départ mais, petit à petit, Cesar se fait de plus en plus envahissant.

On l’aura compris, la star de Malveillance, c’est bien entendu Cesar, brillamment interprété par le non moins brillant Luis Tosar (Cell 211) qui a su capter et jouer ce que Stéphane Bourguoin nomme « le masque de normalité », c’est-à-dire cette faculté qu’ont les plus grandes crapules à passer pour des gars sympas. Tosar parvient dès le début à capter un ton, une attitude, une voix qui fait qu’on l’aime bien ce Cesar. On a un peu pitié de lui aussi, on le trouve pathétique aussi. On se dit que c’est un brave type, travailleur et ponctuel, prêt à rendre service. Le début du film, parfaitement maîtrisé, nous présente les deux personnages centraux de l’histoire de façon magistrale avant de tout envoyer bouler et de renverser une situation qu’on pensait établie en cinq minute. Balaguero frappe fort d’entrée de jeu. Cette scène d’ouverture est un modèle d’écriture et de mise en scène qui nous présente tous les enjeux, les personnages et le décor en une poignée de plans. Tout est là, posé, on va maintenant pouvoir entrer dans le vif du sujet. Le réalisateur espagnol reste en terrain connu tant son décor ressemble à celui de REC ou A louer : un immeuble abritant une petite communauté qu’on ne quittera plus. Cet immeuble c’est le monde de César, son terrain de jeu.

Balaguero construit son film avec froideur et méthode. Un peu trop parfois. Le métrage repose sur une mécanique d’écriture impeccable, d’une précision d’horloger suisse, la construction du personnage de César mise en parallèle avec le déconstruction de celui de Clara relève de la perfection. Les deux personnages sont indissociables et intimement liés ; ce qui fait grandir Cesar, détruit à petit feu Clara. L’écriture en devient scientifique et analytique. Mais cette écriture n’est pas assez mise en valeur par la mise en scène qui prend des allures routinières et tarde trop à vraiment entrer dans le vif sujet. L’Ibère installe le spectateur dans une position de témoin certes privilégié mais qui n’est pas toujours impliqué dans le récit. Il y arrive parfois, par intermittence et ces moments-là sont d’énormes moments de flippe. Une scène centrale en particulier confrontant (in)directement Cesar, Clara et un troisième personnage se montre d’une tension hallucinante, un jeu de cache-cache diabolique magnifié par la gestion de l’espace McTiernanienne de l’Espagnol qui pond là les dix minutes les plus angoissantes de l’année. Pour ceux qui se laissent prendre au jeu car, c’est un des problèmes découlant de l’écriture et du style du film en lui-même : la position de voyeur du spectateur. Celui qui ne s’implique pas physiquement dans le film risque de rester sur le bas côté et de suivre l’ensemble comme un excellent exercice de style mais manquant un peu de tripes et de poigne. L’une des dérives constantes du cinéma de Balaguero. Même si on reconnait la patte de l’Espagnol, on remarquera une perversité froide et une cruauté psychologique rappelant le cinéma coréen actuel dans tout ce qu’il a de plus sombre et négatif. Les motivations de Cesar, bien que différentes, rappellent parfois celles de Lee Woo-jin de Old Boy.

Qui n’a jamais éprouvé cette sensation d’être épié, de sentir une présence alors qu’on est seul chez soi ? Balaguero étoffe son œuvre de toute une galerie de personnages secondaires venant rompre le ton et le rythme de Malveillance en distillant des sous-intrigues ou des petits passages humoristiques ou dramatiques (mais jamais gratuits) qui nourrissent le récit et participent à la construction du personnage de Cesar. Une fois de plus, l’écriture rend vivante cette petite communauté qui n’a que quelques minutes de présence à l’écran mais qu’on semble connaître depuis toujours. La photo est elle aussi parfaite, lumineuse et claire pour Clara, sombre et saturée pour César dans un premier temps puis plus uniforme lorsque les deux univers s’entremêlent. Enfin, le score étonne avec ses relents Gobliniens stressants et ses morceaux plus pop tout en rupture de ton.

Balaguero signe là un très bon thriller distillant de grands moments de tension, esthétiquement impeccable et porté par une écriture et un scénario d’une grande intelligence. Seul reproche : un petit manque de tripes et un côté trop froid qui pourra en laisser certains pour le carreau. Malveillance est un film à voir, ne fût-ce que pour l’interprétation du sombre Luis Tosar et de la solaire Marta Etura. Du bon Balaguero, certainement son meilleur film à ce jour qui innove tout en restant proche de ses thématiques habituelles.


Critique de Malveillance - Le sommeil sans nom
Par : Wizzdumb

César, concierge dans un immeuble bourgeois de Barcelone, est aux petits soins pour ses habitants : prévenant, toujours disponible, méticuleux jusqu’aux moindres détails. Bref, l’homme à tout faire parfait, si ce n’est quelques problèmes de ponctualité, mais il a du sang latin, donc rien d’étonnant à cela non plus. Cerise sur le gâteau (ou moule sur la paella, si vous préférez), César est surtout un sociopathe qui manipule son entourage, prenant son pied dans la douleur de l’autre, mais sans jamais se mettre en danger directement. Lâche comme un string ficelle effiloché, César est une véritable hyène qui se cache derrière son vernis affable, et son dernier dada s’appelle Clara. Surtout quand elle fait dodo…

Inutile de maintenir le suspense plus longtemps : oui, Jaume Balaguero est définitivement un fétichiste des immeubles ! Entre la franchise Rec, qui l’a propulsé sur la scène mondiale, et sa galette A Louer réalisée dans le cadre des « Peliculas para no dormir » (genre de Masters of Horror ibérique), Balaguero vient une nouvelle fois confirmer son amour de la brique catalane avec Malveillance (prononcez Mientras Duermes en roulant les « r »).

Beaucoup plus sobre dans son exécution, Balaguero semble renouer avec ses premières amours (Darkness, La secte sans nom), privilégiant la psychologie (déviante) de ses personnages et leurs interrelations dans un milieu clos qui devient rapidement oppressant. Bon, on ne va pas non plus se bourrer le mou avec de l’anthropologie de comptoir mais, force est de constater que ce salopard de Balaguero est bigrement doué : capable de résumer un chapitre de Deleuze sur l’identité trouble en une séquence qui finit par se lire sur trois niveaux, on se surprend à avoir la gaule visuelle et on attend la suite avec l’impatience d’un puceau devant une professionnelle du gland.

Jouant sur une dualité très claire, Balaguero multiplie les antagonismes : l’amabilité désintéressée de César durant le jour, son investissement dans la putasserie morbide la nuit. L’appartement lumineux de Clara, le taudis en sous-sol de César etc… Et pour simplifier encore la lecture, Balaguero se cantonne à trois lieux principaux (l’entrée de l’immeuble, l’appartement de Clara et l’antre du concierge), puis il avance ses pions de façon (un peu trop) didactique pour faire monter la sauce. L’étau se referme efficacement, l’ambiance anxiogène est plus que palpable et certaines scènes sont d’ores et déjà cultes (car, oui, Balaguero réussit à transcender des clichés du genre avec un art consommé de la flippe !).

Cela étant dit, nul besoin de dévoiler encore plus le scénario – d’une perversité crasse -, mais on va tout de même se permettre une critique au niveau du fond : les motivations du concierge étant extrêmement vagues et light (le paravent de la psychologie contemporaine est parfois très complaisante), ses actes perdent irrémédiablement en consistance, et Balaguero loupe le coche du chef-d’œuvre. Néanmoins, Luis Tosar (ce mec est un véritable remède aux homophobes !) assure une fois de plus une performance hors-norme, sur le fil du rasoir à chaque plan, et se montre capable de jongler entre le pathétique et le danger latent. Marta Etura (Cell 211, Thirteen Chimes), compagne de Tosar à la ville et victime de ce dernier à l’écran, est juste solaire, magnifique et extrêmement touchante, compte tenu des saloperies qu’elle endure. Et… Ahem… de la lingerie fine qui l’entoure.

Nouvelle bombe de l’écurie Filmax, Malveillance voit Balaguero renouer avec l’horreur psychologique et viscérale – une pause bienvenue entre deux Rec épileptico-zomblards. Solidement installé sur un scénario d’Alberto Marini, qui était déjà derrière la plume d’A Louer, Malveillance a cette qualité indéniable des premiers Polanski et de certains Hitchcock : il vous laisse un arrière-goût perturbant, une sensation insidieuse qui ne vous laissera pas tranquille, à moins de vous faire l’intégrale de Pixar. Et encore…


Commentaires sur le film

5 etoiles

La réussite du PIFFF !

5 décembre 2011 à 23:12 | Par nico-teen
Portrait d’un odieux psychopathe

3 etoiles

Bonne critique !

On regrette que César ne se fasse pas punir sévèrement à tel point qu’on en a les poings crispés derrière l’écran.

13 juin 2012 à 13:06 | Par Jules
L’envers et l’endroit

4 etoiles

Balaguero, avec un sens incisif de l’ironie, nous fait descendre au coeur de l’intimité de la perversion, jusqu’à la cruauté intolérable.

18 août 2012 à 20:08 | Par Fred Bau

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