Critique de film

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Le voyage de Chihiro

"Sen to Chihiro no kamikakushi"
affiche du film

Chihiro, dix ans, a tout d'une petite fille capricieuse. Elle s'apprête à emménager avec ses parents dans une nouvelle demeure. Sur la route, la petite famille se retrouve face à un immense bâtiment rouge au centre duquel s'ouvre un long tunnel. De l'autre côté du passage se dresse une ville fantôme. Les parents découvrent dans un restaurant désert de nombreux mets succulents et ne tardent pas à se jeter dessus. Ils se retrouvent alors transformés en cochons. Prise de panique, Chihiro s'enfuit et se dématérialise progressivement. L'énigmatique Haku se charge de lui expliquer le fonctionnement de l'univers dans lequel elle vient de pénétrer. Pour sauver ses parents, la fillette va devoir faire face à la terrible sorcière Yubaba, qui arbore les traits d'une harpie méphistophélique.

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Trailer - Le voyage de Chihiro (2001)
Par : Samuel Tubez

Les critiques à propos de ce film

Critique de Le Voyage de Chihiro - Le travail, c’est la santé
Par : Nicolas Zinque

Après s’être investi énormément dans ses films, et plus particulièrement dans Princesse Mononoké, succès commercial et critique en 1997, Miyazaki décide de prendre un peu de recul. Au studio Ghibli, un homme est considéré comme son successeur : Yoshifumi Kondō. Il a déjà occupé des postes importants sur les productions Ghibli et a également réalisé le film Si tu tends l’oreille. Son décès brutal ramène Miyazaki aux affaires. Le nouveau projet, intitulé Le Voyage de Chihiro est attendu comme un messie. Il sera encensé par le milieu artistique (Ours d’or à Berlin et oscar du meilleur film d’animation) et couronné par le public, devenant au passage le premier film non américain à dépasser les 200 millions de dollars au box-office mondial.

Miyazaki aime raconter que Chihiro, protagoniste du film, est inspirée des filles d’un ami, avec il a passé des vacances. Mais l’idée de ce récit remonte en réalité à plusieurs années, avant même qu’il ne travaille sur Mononoké. A l’origine, il voulait adapter Un village mystérieux par- dessus la brume, un livre pour enfants écrit par Sachiko Kashiwaba. Après un premier refus, il propose aux responsables du studio Ghibli d’adapter Rin et le peintre de cheminée. Dans ce roman, une jeune étudiante est obligée de repeindre la cheminée d’un établissement de bain laissé à l’abandon, suite à un tremblement de terre. Se voyant opposer un nouveau refus, Miyazaki se lance dans une adaptation plus libre.

C’est ainsi qu’est née l’aventure de la jeune Chihiro, coincée dans un monde merveilleux, après que ses parents aient été transformés en cochon. Pour les libérer, la fillette doit travailler au « Palais des bains », un lieu de détente pour les esprits et les dieux, dirigé par la sorcière Yubaba. Un joyeux bordel, peuplé de créatures légendaires japonaises et dont l’effervescence est une transposition de la vie au sein de Ghibli ! Un lieu magique également, dont les décors sont inspirés du parc d’Edo-Tokyo (un lieu qui regroupe des bâtiments d’époques différentes). Incontestablement, c’est l’univers le plus fou que Miyazaki ait construit durant sa carrière. Cet énorme défi visuel, qu’il doit surmonter dans un délai de production assez court (un an et demi), explique que pour la première fois, Ghibli délègue une partie de l’animation à un studio étranger. C’est D.R. Digital, un studio coréen ayant travaillé sur Jin-Roh, la brigade des loups, qui est choisi. Innovants à l’époque, certains des plans numériques du film accusent aujourd’hui le coup, sans toutefois briser l’enchantement qu’exerce ce monde merveilleux.

Si les enfants seront particulièrement comblés par ses péripéties, les adultes profiteront du voyage intérieur de Chihiro. C’est en effet par un travail épuisant que la jeune fille trouve sa place et qu’elle grandit. A l’opposé, Yubaba couve tellement son bambin qu’elle en fait un être littéralement monstrueux ! Avec son « Palias des bains », Miyazaki propose également une réflexion sur la société actuelle, régie par la cupidité. Il suffit de voir la frénésie que provoque le « sans-visage », occultant les autres clients grâce à sa capacité à créer de l’or. Il n’y a que Chihiro (un enfant, une nouvelle fois) qui s’en désintéresse. A partir de personnages drôles et attachants, Miyazaki parvient donc, une fois de plus, à faire part de ses réflexions, tout en évitant un ton moralisateur.


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