Le loup derrière la bergerie

LE LOUP DERRIERE LA BERGERIE - Lilith

11 mars 2011 | Par : Alan Deprez (Vivadavidlynch)

Porno Manifesto

Le « porno féministe » fait indéniablement partie des « serpents de mer » cinématographiques, qui émergent couramment le long de nos rivages cinéphiles.

En effet, le genre serait avant tout axé vers un public masculin et selon certains, avilissant pour la femme, ainsi que totalement machiste (force est de constater que diverses pratiques, essentiellement dans le « gonzo », leur donnent raison : gang bang, « bukkake », entre autres joyeusetés). Ce qui nécessite une bonne mise au point ; tout d’abord, contrairement aux idées reçues, une part non négligeable de femmes visionnent des œuvres pornographiques et érotiques, y prenant naturellement du plaisir. Ensuite, et c’est là où le bas blesse, lorsqu’un film de ce type, se cachant régulièrement derrière un féminisme de façade (surfait), est réalisé par une femme, il prend souvent la forme d’un pensum indigeste, rigide, cadenassé dans ses propres certitudes, ou encore d’œuvres « arty », un brin théoriques, parfaites pour la projection en galeries d’art. Dans les deux cas, il n’y a pas de quoi satisfaire l’amateur, dépité devant ce cinéma revendicateur qui bande mou…

Heureusement, il est une série d’œuvres, conçues de A à Z par des personnalités féminines fortes, qui méritent que l’on s’y attarde ; conciliant approche « différente » du genre et plaisir des sens. Ovidie fait partie de celles-ci, donc je m’en vais de ce pas vous parler de son Lilith, ode féministe charnelle et incarnée.

Preliminaries (mise en contexte)

Lilith (2001) est le deuxième film réalisé par Ovidie sous l’égide de Marc Dorcel (chantre de l’âge d’or du X français & grand pourvoyeur des programmes « roses » de Canal +), qui lui avait mis le pied à l’étrier en finançant son Orgie en noir (2000), alors qu’elle n’était âgée que de 20 ans.

Ovidie, artiste pluridisciplinaire (réalisatrice, performeuse, écrivaine, théoricienne, animatrice radio, …), diplômée en philosophie (d’où son surnom tenace d’intello du X), eut une carrière éclair dans le X (de 2000 à 2004, commencée dès l’âge de 18 ans), qui marqua néanmoins les esprits ; sa singularité et sa voix ne tardant pas à se faire entendre parmi les pros du métier. Durant cette période, on put la découvrir dans des productions plutôt « porteuses », telles XYZ (John B. Root, 2000), Paris Pigalle Boulevard du Vice (Stuart Canterbury, 2003), Les secrétaires (Yannick Perrin, 2003), ou encore Katsumi à l’école des sorcières (Alain Payet, 2004). Elle apparut aussi dans une poignée de productions « classiques » : Mortel Transfert (J-J Beineix, 2001), Le Pornographe, en compagnie de Jean-Pierre Léaud (Bertrand Bonello, 2001), All About Anna (2005, produit par Lars Von Trier) et La nuit des horloges (2007) du regretté Jean Rollin.

Pour incarner sa Lilith, la réalisatrice fit appel à l’envoûtante Liza Harper, devenue une star aux States (c’était une des « reines de la sodomie » : 18 and Anal, Sodomania Slop Shots 3, Anal X Import 18 : France, Army of Ass 4) et de retour en France après un long exil.

A l’époque, Harper était loin d’être une inconnue et l’héroïne d’un des plus grands chefs d’œuvre du genre (Lisa, 1997, de Kris Kramski), ainsi que d’un nombre incommensurable de produits vidéo (166 entrées sur IMDb : La Fièvre de Laure, Forever Night de Michael Ninn, Babewatch 9, Blue Erotica, …), se reconvertissant ces dernières années dans les « MILF flicks » (MILF Bonanza, X-Rated MILFS, Million Dollar MILFS, …).

Elle est entourée d’un casting 4 étoiles, où l’on compte Nomi (Une nuit au bordel, Paris derrière, Pulsions sauvages, Le Journal de Pauline, La Cambrioleuse, avec respectivement Mélanie Coste et Clara Morgane), Maeva Excel (Niqueurs-nés, L’emmerdeuse, …) et Rita Faltoyano (257 entrées sur IMDb ! : Colorsex de Christophe Mourthé, La menteuse, Cleopotra, Top Guns 2, Kiss My Ass, …).

Côté calibres, on retrouve les habitués Rodolphe Antrim (Petites culottes et fines dentelles, Infirmières de choc de Patrice Cabanel), Ian Scott (Bérénice nique, L’hard fatal, La collectionneuse, …), Hervé Pierre Gustave (alias HPG, Citizen Shane de Marc Dorcel, Romance de Breillat, aussi réalisateur du très décalé On ne devrait pas exister), Titof (Le principe de plaisir, Les deux sœurs d’Hervé Bodilis, …), déjà à l’affiche d’Orgie en noir, le toujours parfait Sebastian Barrio (Baise-moi, film sulfureux de Virginie Despentes & Coralie Trinh Thi, Le point Q, La jouisseuse et… la comédie Bienvenue au gîte, aux côtés de Marina Foïs !) et Philippe Dean (La ruée vers Laure, L’indécente aux enfers, ou encore Casino et Faust, de l’esthète Mario Salieri).

Whirl of senses (critique)

Lilith fut la 1ère femme sur Terre (avant Eve), répudiée par Adam et Dieu, parce qu’elle refusait d’être soumise à son homme. Le film d’Ovidie s’avère donc une modernisation du mythe, sous un angle contemporain (innervée des progrès de l’émancipation de la femme dans notre société actuelle) et exprimée au sein d’une « révolte intime ».

Le personnage de Liza Harper se débarrassant de tout ce qui l’oppresse, socialement parlant (son mec, égoïste et loin d’être à l’écoute de ses désirs, son boulot, le souci de l’apparence/culte du corps, la frustration sexuelle, …). Selon la réalisatrice, c’est l’inverse d’un parcours initiatique, le personnage s’affranchissant de nombreux tabous et « barrières » (qu’elle s’est elle-même créés). Pour finalement, redevenir maîtresse de sa vie et (intrinsèquement) de sa libido.

Une approche féminine du genre, centrée sur le désir et les besoins de la femme, qui ose aussi, contrairement au porno « standard », privilégier les instants de flottement et les « respirations » (comme ces beaux moments où Liza Harper se prélasse dans un bain teinté de rouge, entrecoupés de scènes de sexe, au fil des pensées de l’héroïne, fantasmant son homme beaucoup plus attentionné et performant au lit qu’il ne l’est en réalité).

Concrètement, cela s’exprime aussi par une appropriation plus subtile et sensuelle de l’acte sexuel, loin de la « mécanisation performative » des corps, qui est le lot de la majorité de la production X.
Au gré du film, nous aurons l’impression d’être mêlés aux confidences entre filles (conversation au bar entre Liza Harper et Nomi), dont est d’habitude exclue la gent masculine, ainsi qu’à une virée dans un club échangiste, où seront catalysés les enjeux narratifs. Ces séquences (bien qu’un peu longues et desservies par une BO grossière, semblable à celles rapidement élaborées au km pour les bandes pornos) voient leur intensité augmenter crescendo, jusqu’à la séquence du « labyrinthe », où le film bascule dans une ambiance plus mystérieuse, voire vénéneuse (appuyée, une fois n’est pas coutume, par la BO, se parant de distorsions).

Au diapason, les éclairages se font plus « agressifs », dans de fortes tonalités rouges et bleues (alternance de tons chauds et froids), orchestrées par le directeur photo François About (sous le pseudo de Serge de Beaurivage, coutumier du genre : Mâles hard corps, classique X homo de Jean-Etienne Siry & Norbert Terry, Je suis à prendre de Francis Leroi, Les rendez-vous de Sylvia & Constat d’adultère, tous deux de Michel Ricaud, La princesse et la pute de Marc Dorcel, Les nuits de la présidente, …) et rappelant certains maîtres du fantastique transalpin (tel Mario Bava, qui utilisait certes ce « dispositif » de façon plus brillante et nuancée).

Pour débouler vers une séquence SM/fétichiste de soumission (et sa superbe « domina », harnachée de latex & cuir noir), première étape vers un « dédale d’imageries ». Le « labyrinthe » prenant de facto la forme d’une succession de salles, qui illustrent des fantasmes sexuels particuliers (SM/fetish, comme cité plus haut, environnement « médical » avec chaise de gynéco, bar avec couple gay masculin s’embrassant et ses tabourets « à gode intégré », …).

Nous quittons ce lieu à la faveur d’une belle séquence de « sexe culinaire » (entre Liza Harper et HPG), pour mieux y revenir lorsque Nomi nous narre les délices de sa soirée passée ; scène de sexe à plusieurs (avec Sebastian Barrio), où les corps sont éclairés par les éclairs des stroboscopes et des projections (découpes) colorées.
Une des (jolies) trouvailles formelles du film, qui ose des mouvements de caméra bien sentis et présente beaucoup moins de gros plans gynécologiques que d’habitude (ou alors amenés de façon plus subtile). Cela me permet de souligner l’absence d’actes jugés machistes et/ou dégradants pour la femme (éjaculations faciales, « ass to mouth », …), ce qui est tout à l’honneur de Lilith. Un enthousiasme qui ne sera pas tempéré par un final légèrement bâclé, les maladresses du film ne le rendant que d’autant plus touchant.
Je me dois aussi de citer une belle séquence lesbienne entre Nomi et Liza Harper (qui sonne « vraie »), finissant de vous mettre l’eau à la bouche.

After sex (conclusion)

Magnifiquement interprété par Liza Harper, dont l’expressivité du visage offre au film une certaine résonance et un sentiment de proximité avec le spectateur, Lilith est la preuve faite film que l’on peut proposer du porno envisagé différemment, à l’aune d’une sensibilité toute féminine. Pour tout cela, prosternons-nous devant Ovidie (je sais que beaucoup d’entre vous rêveraient de le faire en vrai, bande de coquins !).

Commentaires

Ah ah, mouais, je comprends, mais personnellement, une femme de cette trempe, ce serait plutôt moi qui me prosternerait à ses pieds (et puis, c’est en accord avec le ton "féministe" de l’article, un aspect qui offre selon moi une grande bouffée d’air frais au genre pornographique).
Je pense que Mr Sammy Hermand ne me contredirait pas, connaissant son amour de la demoiselle ;-)

14 mars 2011 | Par Vivadavidlynch

"Pour tout cela, prosternons-nous devant Ovidie (je sais que beaucoup d’entre vous rêveraient de le faire en vrai, bande de coquins !)"

Perso, je préférerais que ça soit elle qui se prosterne devant moi...

13 mars 2011 | Par Damien

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