Le loup derrière la bergerie

LE LOUP DERRIERE LA BERGERIE - Water power

30 avril 2011 | Par : Alan Deprez (Vivadavidlynch)

Anal rejoicing

Annoncé comme « The most infamous hardcore film ever made » et jadis chroniqué par nos confrères de Sueurs froides & Bis Art Cinéma (via l’indispensable Fred Pizzoferrato, collaborateur régulier de Cinémafantastique sous le nom de Hellrick) (ndlr - mais quelle balance !), Water Power (alias Traitement spécial pour pervers sexuel, 1977) fut attribué pour raisons commerciales au génie Gerard Damiano, mais est officieusement réalisé par Shaun Costello. Et force est de constater que Costello réitère (4 ans après) l’essai transformé par son premier long Forced Entry, nous livrant avec Water Power une des œuvres les plus choquantes de l’histoire du cinéma, à ne pas mettre sous tous les yeux.

« Cleaning out these bitches » (avant-propos)

Basé sur une histoire vraie (les exactions de Michael H. Kenyon, surnommé « The Enema Bandit »), Water Power atteint un degré élevé dans la violence et l’exploitation (d’un fait divers mué en machine à fric pour l’industrie porno américaine). Kenyon parcourut les Etats-Unis de Manhattan à l’Illinois (avec un détour par l’Oklahoma) au gré de multiples cambriolages, (souvent) suivis du viol de victimes féminines, auxquelles il se plaisait à administrer des lavements. Il entra bien vite dans l’imaginaire collectif pop-culturel (au même titre que les serial killers Ed Gein & Henry Lee Lucas), inspirant une chanson à Frank Zappa (« The Illinois Enema Bandit ») et au jazzman Henry Threadgill (« Salute to the Enema Bandit »). L’écho de l’Enema Bandit retentit jusque aux arcanes littéraires, devenant l’objet de la paranoïa de l’héroïne du roman The Odd Woman de Gail Godwin.

« You’re a whore, aren’t you ? Say it ! » (analyse)

Water Power s’ancre dès le départ de plein pied dans la réalité de l’époque, par des plans volés en rue (de pair avec une prépondérance des éclairages naturels/ambiants), rappelant le cinéma indé US des 70’s et le Nouvel Hollywood (qui ramena les caméras dans la rue, vers une « urgence documentaire », en réactions aux productions cossues des grands studios). D’ailleurs, Forced Entry, autre œuvre de référence engendrée par Shaun Costello, peut être considéré comme le pendant porno de Taxi Driver (Martin Scorsese, 1976), partageant les mêmes résonances traumatiques post-Vietnam. Water Power est aussi le reflet trouble (le moins avouable) d’une époque considérée comme l’âge d’or du X ricain, propulsé par les succès de Deep Throat (aka Gorge profonde), The Devil in Miss Jones (Gerard Damiano, 1972 & 1973 ; ce dernier inaugura la rubrique que vous lisez à l’instant) et Behind the Green Door (Derrière la Porte Verte, Jim & Artie Mitchell, 1972).

Autre accointance assumée ; le personnage de ce doux dingue de Jamie Gillis (habité/fiévreux dans le rôle du criminel), psychopathe patenté, se révèle être un véritable « peeping tom », qui espionne le voisinage à la longue vue, orchestrant de facto une filiation avec une des grandes œuvres « voyeuristes », cultivant la pulsion « scopophile » : Peeping Tom (Le voyeur, Michael Powell, 1960).

Water Power, 48ème (!) réalisation de Shaun Costello (Forced Entry, China Doll - 1er film de la superstar Vanessa Del Rio, The Passions of Carol, inspiré du Christmas Carol de Charles Dickens !, l’horrifico-bandulatoire Dracula Exotica), se pare d’un casting de visages bien connus des aficionados. Autour du génial Jamie Gillis, qui porte tout entier le film sur ses épaules (un des plus grands acteurs de composition du X US, qui croisa la route de tous les ténors du genre ; The Private Afternoons of Pamela Mann & The Opening of Misthy Beethoven de Radley Metzger, The Story of Joanna de Gerard Damiano, The Violation of Claudia de William Lustig, Summer Heat d’Alex de Renzy, New Wave Hookers 5 de Michael Ninn, … impossible de tous les citer !), on retrouve C.J. Laing (Sex Maniac, Odyssey : The Ultimate Trip de Damiano), John Buco (That Lady from Rio de Costello, Teenage Bikers), l’incontournable Sharon Mitchell (la « porn sci-fi » de The Satisfiers of Alpha Blue - un des chefs d’œuvre de Damiano, Maniac de Bill Lustig, Midnight Heat, le Troma Class of Nuke ‘Em High Part II : Subhumanoid Meltdown, Masseuse 3 de Paul Thomas - elle se spécialisa vers la dernière partie de sa carrière dans les pratiques BDSM), Marlene Willoughby (The Opening of Misty Beethoven, Dominatrix Without Mercy & Dracula Exotica de Costello, Veuve mais pas trop… de Jonathan Demme), Clea Carson (The Violation of Claudia, Joy, Carnal Games, le fabuleux musical porno Chorus Call) et Jean Silver (Prisoner of Pleasure de Costello, House of Sin, Hypersexuals, Maneaters).

Le personnage de Gillis développe tout au long du film une image profondément déformée des femmes, par nature impures ; à l’aune de ses obsessions, celles-ci ne sont guère plus que des « pécheresses » (pigs) à purifier. Par quel moyen ? La pratique « spécialisée » illustrée jusqu’à la nausée par Water Power : le lavement intestinal (enema), relayé par de nombreux plans serrés et « spécifications techniques ». Rien ne nous est épargné. Dans cet océan de glauquitude assumée, aucun détail scato n’échappera au spectateur qui supportera la dureté des images et du propos. On peut y voir un des actes de naissance du porno de niche actuel, aux spécialisations (perversions) variées, qui explosa avec le « boum » de la vidéo (urophilie, scatophilie, pratiques SM extrêmes, …). Le viol y est aussi représenté dans toute sa brutalité, loin d’une quelconque glamourisation déplacée.

Water Power ne rechigne pas non plus à adopter pléthore d’artifices formels (montage alterné, répétitions, …) et contextuels (ruptures de ton, soupçon d’humour très noir, …), stylisant de même la déposition de la 1ère victime auprès des forces de l’ordre par une solarisation de l’image (les propos sont pareillement couverts par la BO, dissonante en diable et accentuant l’impression de malaise). Néanmoins, malgré leur charme suranné (je ne vous cacherai pas plus longtemps que je suis un adorateur du porno 70’s), les scènes de sexe hétéro ou saphique semblent bien fades (hormis quelques plans détails macros du plus bel effet, qui enjolivent aussi le pré-générique), en regard du déferlement de violence des exactions du « serial rapist » incarné par un Gillis éructant.

Petit bémol : les séquences s’attardant sur l’investigation des flics (qui, basiquement, discutent à n’en plus finir autour d’un café, d’un soda ou d’un bon hot-dog) s’avèrent particulièrement faibles et dispensables.

« Giving an enema is an important responsability. » (conclusion)

Faisons l’impasse sur une fin abrupte et plutôt décevante, pour reconnaître à Water Power son caractère d’œuvre inclassable et jusqu’au-boutiste, déversant un torrent de noirceur et de dépravation. Un film (presque) sans descendance directe, sinon des produits vidéo bien éloignés de la démarche de réalisation frondeuse et intègre de Costello, destinés à satisfaire un public porté sur des fantasmes minoritaires. Au-delà de sa parenté avec Forced Entry, d’une même « rugosité » apparente, on ne peut qu’hâtivement rattacher Water Power à des méfaits pelliculés tels Corps de chasse de l’iconoclaste Michel Ricaud. Mais on aurait bien tort…

Commentaires

un film fou !!

30 avril 2011 | Par orokani

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