Le loup derrière la bergerie

LE LOUP DERRIERE LA BERGERIE - The Defiance of Good

11 août 2012 | Par : Alan Deprez (Vivadavidlynch)

Flesh for the priest

Affiche vintage.

Originellement sorti en 1975, The Defiance of Good fait partie de ces œuvres sulfureuses, dans la droite lignée des réalisations signées par le franc-tireur Shaun Costello (Forced Entry - cf. « Top 15 de l’extrême » in Cinémagfantastique n°1, Water Power), mais en légèrement moins âpre. Un film « kinky » aux accents SM prononcés, cousin apaisé des « roughies » de l’époque, que l’on doit au méconnu Armand Weston.

Décédé en 1988, il s’était illustré avec le « porn thriller » The Taking of Christina (1976, avec C.J. Laing), Take Off (1978) - variation porno du Portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde (avec Georgina Spelvin dans le rôle d’Henrietta Wilde), ainsi que les horrifiques The Nesting (1981, avec John Carradine) et L’aube des zombies (aka Dawn of the Mummy, 1981, co-réalisé par Frank Agrama), avant de concrétiser un dernier film d’horreur « bandulatoire » : Blue Voodoo (1984), porté par les stars Vanessa del Rio, Samantha Fox et Jamie Gillis.

Fred J. Lincoln en "sex guru" charismatique.

The Defiance of Good est une des premières apparitions à l’écran de la jeune Jean Jennings (18 ans au moment du tournage), à la source d’une performance troublante et habitée. L’actrice, à la carrière fulgurante (9 rôles en tout et pour tout), fut remarquée dans Virgin Snow (1976), The Autobiography of a Flea (1976, aux côtés du « surmembré » John Holmes) et Virgin Dreams (1977), réalisé par Zebedy Colt, majordome bisexuel du Story of Joanna de Gerard Damiano. Pour l’anecdote « people », Jennings a été mariée au regretté Joe Spinell (Maniac).

Le rôle de son mentor sadien est tenu par l’incontournable Fred J. Lincoln, réalisateur jusque 2006 d’une palanquée de pornos (dont Maneaters & Grand Prixxx, bientôt traité dans cette rubrique) et acteur régulier (La dernière maison sur la gauche de Wes Craven, Family Affairs, Café Flesh 3, …). Ils sont accompagnés par les « starlettes » Day Jason (Come Fly with Us & The Love Bus de Costello, The Private Afternoons of Pamela Mann de Radley Metzger) et Heather Ellis (Teenage Step-mother, Cheese).

Cathy (Jean Jennings) tâte du fouet.

Les rôles des parents puritains, qui confient leur fille à une institution douteuse, sont attribués à Carole Holland (Sometime Sweet Susan) et Todd Pembrooke (Expose Me, Lovely du même Armand Weston). Et l’on retrouve - dans les ultimes noms de la distribution - un des chouchous du « Loup derrière la Bergerie » : l’excellent Jamie Gillis (The Story of Joanna, Water Power, The Ecstasy Girls, Forever Night).

Le film démarre sur un ton désuet, par le départ de Cathy (Jean Jennings) pour l’établissement psychiatrique et les « adieux » à ses parents. Ces derniers décident d’y envoyer leur fille pour soigner ses mœurs dissolues (elle prend de la drogue, quelle horreur !). Leur discours moralisateur fait songer aux œuvres des 60’s-70’s mettant en garde les adultes contre la dépravation de la jeunesse. Mais ce qu’ils ne savent pas est qu’ils envoient directement la prunelle de leurs yeux dans la gueule du loup… (NB : non, pas chez moi, il faut suivre !) Sitôt entièrement dévêtue et examinée dans son intimité, Cathy rencontre les malades mentaux et le personnel médical, qui ne semble pas moins atteint…

La scène de la « playroom », où se retrouvent les internés, s’apparente à l’horreur pure et à un cauchemar psychologique pour l’héroïne, versée dans une tension sexuelle malsaine, avec cette femme peu apprêtée qui entreprend une fellation sur un « autiste » à l’allure christique. Cathy, violée par des forcenés dès sa première nuit, n’est pas au bout de ses souffrances. Sans compter qu’elle perd sa virginité dans l’aventure…

Masturbation coachée (et couchée).

Rencontrant le Docteur Gabriel (Fred Lincoln), de prime abord bien attentionné, elle le supplie de rejoindre son sanatorium pour la suite de son traitement. Mal lui en prend… Son calvaire débute par une initiation SM rythmée par les coups de fouet et causée par son refus d’obéir. Une séquence stylisée par l’écho réverbérant appliqué aux cris de douleur de Cathy, ainsi que par les ralentis sur l’extrémité du martinet frappant la chair et le regard noir de Miss Caine (Heather Ellis), l’assistante du Docteur.

S’en suit une courte scène de triolisme débouchant sur la réappropriation de son corps par Cathy. Sa masturbation de plus en plus soutenue est guidée par la voix suave du Dr. Gabriel, agissant tel un gourou expert ès manipulation psy. D’une certaine façon, il baise l’esprit de la lolita autant que sa petite chatte (bien qu’il ne se charge pas en personne de ce dernier point).

On dénombre encore une séquence lesbienne entre la nouvelle pensionnaire et Miss Caine - où la langue de la fausse ingénue semble bien experte pour quelqu’un qui n’aurait pas déjà succombé aux plaisirs saphiques - et une partouze impliquant ce roublard de Jamie Gillis (au cou entouré d’un collier en cuir avec laisse métallique).

Cathy (Jean Jennings) cède à l'appel du sexe en groupe.

Au travers de la soumission, Cathy se libère peu à peu des carcans moraux qui l’enserraient et apprend à être à l’écoute de ses désirs. Son amie, qui l’avait incité à prendre de la coke en début de film, la rejoindra d’ailleurs dans le sanatorium. Et disons qu’elles finiront par se connaître de manière plus profonde que par le passé ! Et ce avant un dernier coup de théâtre final, amené par un montage « psyché ».

Digne reflet des années 70, The Defiance of Good se révèle une œuvre techniquement léchée et envoûtante, en définitive biens moins inoffensive que les 9/10èmes de la production actuelle et sa crudité dans l’acte. Le déballage de chair et les prouesses physiques des films pornos contemporains (essentiellement gonzos) ont perdu ce supplément d’âme et cet appétit de transgression. Un gang bang s’avérant curieusement plus conformiste que cette initiation d’une jeune fille, brisée par un pygmalion sadien…

PS : Véritable rareté en DVD, The Defiance of Good est dénichable dans une copie de collection (zone all) tirée d’un master VHS. J’ai dégotée la mienne chez Movies 2000 (Paris), boutique cinéphile gérée de main de maître par Bruno Terrier.

Commentaires

Exactement, mon cher Fred !

22 août 2012 | Par Alan Deprez

Il va de soi qu’à l’heure où les amateurs, comme les aspirants pros, exposent, par milliers, tous pareillement, la crudité de l’acte sur internet, la prétendue subversion de moultes films pornographiques prête à sourire..

18 août 2012 | Par Fred Bau

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