Critique de film

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Karminsky-Grad

"Karminsky-Grad"
affiche du film

Nous sommes à Karminsky-Grad dans une usine menée de main de fer par le sinistre Vladimir Karminsky. De nombreuses exactions sont commises au nom de tout régime. Mais qui est vraiment le maître dans cette succursale de l'enfer ?

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Les critiques à propos de ce film

Critique de Karminsky-Grad - Le blockbuster de JJR
Par : Damien Taymans Tags : Nazis, BIFFF 2011

"Telle est ma quête, suivre l’étoile. Peu m’importe mes chances, peu m’importe le temps. Et la désespérance. Et puis lutter toujours" entonnait Jacques Brel personnifiant Don Quichotte. Un credo proche de celui de Jean-Jacques Rousseau, cinéaste de l’absurde. Sauf que son astre à lui est d’un rouge incandescent. Et que son double idéalisé s’appelle Igor Yaboutich. Rencontré au cours d’un songe étrange et pénétrant en 1962, ce Soviet ne cessera de conseiller et de hanter le réalisateur qui lui consacrera d’ailleurs certaines de ses oeuvres, dont son premier film L’Etrange Histoire du Professeur Igor Yaboutich (1964) dérobé lors d’une projection houleuse dans un café fontainois ou encore Le goulag de la terreur. Aujourd’hui, Yaboutich renaît sous les traits de Noël Godin et les démons de JJR se sont donné rendez-vous au sein de ce film-testament.

Se côtoient à Karminsky-Grad Soviétiques, Nazis, Arabes, Chinois, autant de figures traumatisantes pour un vieux continent qui a vu son sol foulé, ses régimes phagocytés, ses idéologies bouleversées par une série de doctrines dictatoriales. Outre-Atlantique, les Amerloques toisent le reste du monde et sont à un cheveu de ramasser sur leur fiole une bombe nucléaire de la pire envergure. C’est dans ce climat aussi tendu que le string de Remy S. Legrand que se déroule l’action (ou les actions) de ce film à tiroirs, ultra décousu et méga bordélique, meurtri par un montage des plus chaotique.

Seul maître à bord, Rousseau dirige, selon ses envies et fantasmes propres, une centaine d’acteurs amateurs, confirmés (Miss Ming) ou simples badauds figurant la stupeur avec autant de finesse que des huîtres importées (je peux d’autant plus me permettre cette remarque que je prêtai moi-même ma trombine hagarde à ce patchwork déjanté). Complètement foutraque, représentant contemporain d’un cinéma obsolescent depuis à peu près 80 ans (Rousseau lui-même confesse des influences de l’expressionisme allemand), Karminsky-Grad concentre en une heure et demi un combat entre un Ruskov et un forgeron wallon aux allures (lointaines) de Ragging bull, une extraction de tatouage, une amputation en live, un hommage au Docteur Folamour version Postal d’Uwe Boll et des gunfights improbables entre camps ennemis à coups de pétoires antédiluviennes et de lance-mini-roquettes pour mioches.

Modèle d’un surréalisme n’ayant plus cours que dans Courcelles et ses alentours, Karminsky-Grad doit être pris pour ce qu’il est : une modeste production, extrêmement fauchée, conçue par l’une des figures les plus singulières du cinéma belge. On s’y ennuie souvent, on en rit parfois, mais force est d’avouer qu’on en ressort pas totalement le même homme et on en vient à éructer avec Godin : "Vive le cinéma désolant !"


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