Interviews

Interview de Nelson McCormick (Prom Night)

19 juin 2008 | Par : Damien Taymans

La Prom Night vire au cauchemar






Prom Night n’est pas réellement un remake du film éponyme de Lynch. Pouvez-vous expliquer ce choix ?

C’était le choix du studio, Screen Gems. Clint Culpepper, le boss du studio, n’aimait pas tellement l’histoire originelle. En revanche, il en appréciait le titre. Il a donc chargé le scénariste J.S. Cardone de façonner une histoire complètement originale utilisant le même titre.

Etes-vous fan du film original avec Jamie Lee Curtis et Leslie Nielsen ?

Honnêtement, je dois dire que je n’avais jamais vu le film avant de commencer mes recherches pour Prom Night. Après l’avoir vu, j’ai compris pourquoi un culte s’était bâti à propos de l’œuvre de Lynch. Si l’on met de côté la musique, les dialogues, les cheveux et les costumes, de nombreuses séquences tiennent encore en haleine aujourd’hui.

Vous êtes habituellement réalisateur de séries comme Les experts, Nip Tuck ou encore Cold Case. Quelle différence existe-t-il entre les épisodes télévisuels et les longs métrages ?

Tout d’abord, je dois préciser que je suis un réalisateur, point. Quand je réalise, je m’attache à l’histoire et aux personnages et je m’interroge sur ce que je peux apporter visuellement au projet. Nous sommes actuellement dans un âge d’or des droits télévisés (les thèmes, les personnages et les scénarii sont particulièrement caractéristiques de cet âge). Du coup, diriger des histoires pour le petit écran apporte un certain respect.

La frontière entre la télévision et les films est floue. A certains moments, je me trouvais acculé par la pression due aux restrictions temporelles propres aux productions télévisuelles. D’une certaine façon, la grande différence est l’empreinte laissée par le réalisateur. Lorsque vous faites un film, tous les choix sont filtrés par le réalisateur. A la télé, le créateur du spectacle (en l’occurrence le scénariste) a tout le pouvoir sur ces décisions.

Est-ce que le label PG-13 était contraignant ?

Pas pour moi. C’était même plutôt libérateur. Ca m’a forcé à penser aux moyens de tourner les images que je ne pouvais pas montrer. En d’autres termes, j’ai tenté de me montrer plus « hitchcockien ». J’ai surtout évité de m’autocensurer. A la base, j’ai donc tourné un R que je pourrais ensuite soumettre au MPAA afin de voir ce qui convenait et ce qui soulevait des objections. Je ne désirais pas commettre l’erreur de me pré-autocensurer. Du coup, j’y suis allé avec excès juste pour découvrir quelle était la limite à ne pas franchir. Etant donné que j’avais l’habitude de monter mes propres films, je pensais beaucoup au montage lors du tournage, appliquant ma devise : « Mieux vaut posséder qu’avoir besoin ».

Pourquoi avez-vous choisi Brittany Show ?

Brittany était sur ma liste dès le premier jour. Jamais je n’aurais pu croire qu’elle allait accepter de venir auditionner. Pour moi, elle était Donna, la parfaite expression de l’innocence juvénile et d’une brillante carrière à venir. Elle représente cet être que vous voulez protéger. C’est parce que vous l’aimez et que vous avez peur pour elle que le film fonctionne aussi bien. Ma conception se rapproche assez de celle de Spielberg qui affirme que 90% du travail consiste à trouver la bonne personne pour le casting, ce qu’est incontestablement Brittany.

Heureux de votre score au box-office ?

Je suis profondément satisfait et épaté du succès financier de Prom Night. Lorsque vous faites un film, votre récompense, c’est le travail dans un sens. Mais savoir que vous avez attiré un public en masse, c’est la cerise sur le gâteau.

Ce résultat a constitué le point culminant de toute une série de petites victoires antérieures. Quand j’étais assis face à Clint Culpepper un beau dimanche matin du mois de janvier dans un café de Sunset Boulevard et qu’il m’a dit que j’avais décroché la timbale, j’étais heureux comme le lauréat d’un Oscar et le gagnant du gros lot de la loterie en même temps. Tourner le film, être en présence de ces acteurs exceptionnels me remplissait d’une joie sans borne. Pour une majorité du casting, c’était une aussi grande opportunité que pour moi, du coup nous partagions cette joie vertigineuse de voir nos rêves devenir réalité. Les salles de cinéma remplies et les applaudissements à la fin du film me rendaient heureux autant pour moi que pour l’ensemble du casting, les producteurs et le studio. Je sais que cette gloire signifiait énormément pour eux et je me suis fier d’avoir accouché de leur bébé…

Etes-vous fan de films d’horreur ?

Mon premier film était un film d’horreur : un court métrage qui traitait d’un homme qui, ne voulant pas changer de réseau téléphonique, devait lutter contre son portable devenu diabolique. Mais en réalité, je ne suis pas un fana de films d’horreur. Plutôt un amoureux des bons films, quelque soit le genre. Ma DVDthèque est composée de plus de 5000 films couvrant tous les genres : action, guerre, comédies, science-fiction, drames politiques, vieux classiques, films étrangers, films d’animation.

Pour préparer Prom Night comme il le fallait, j’ai minutieusement étudié le genre horrifique en allant de Dario Argento et Suspiria à Halloween, Vendredi 13, Les Griffes de la nuit et Massacre à la tronçonneuse. Prom Night contient tous les éléments des teen horror movies comme Massacre à la tronçonneuse et des films de monstres comme les Dents de la mer ou Alien. On y retrouve également un noyau propre aux sérial killers comme Seven et Le Silence des agneaux.

Personnellement, je suis davantage terrifié lorsque l’intrigue trouve un ancrage dans la réalité comme Calme blanc et Délivrance. L’inhumanité est plus spécialement dérangeante que des concepts comme Scream que je sais fictionnel et finalement destiné à divertir. C’est du cinéma popcorn en quelque sorte. En tant que réal, je considère les films d’horreur comme un genre honorable. D’ailleurs, nombre de mes héros y ont débuté ou s’y sont adonnés à un moment de leur carrière : Spielberg (Les dents de la mer), Scorses (Cape Fear), Oliver Stone (The Hand), Michael Mann (The Keep), Tony Scott (The Hunger), Ridley Scott (Alien) et même Coppola (Dementia 13). Devant le travail de Sam Raimi, vous voyez l’attention soigneuse du détail, l’architecture de la peur et c’est magistral. Extraire la peur pour arriver à la comédie est un exercice délicat qui ne bénéficie que de très peu de marge d’erreur. La réussite n’en est que plus satisfaisante.

Comment expliquez-vous ce renouveau de l’horreur ?

Autrefois, j’ai travaillé sur un film avec Wes Craven et je lui ai spécifiquement posé cette question. Il m’a dit que les films d’horreur fluctuaient en relation avec le fonctionnement du monde. Lorsque la violence atteint son paroxysme et que la souffrance humaine est trop forte, nous avons besoin d’un exutoire pour transférer tout ce poids qui nous écrase. Les films d’horreur sont cet exutoire. Ils sont un moyen privilégié pour évacuer la peur. Vous pouvez constater que certains cycles durant lesquels les œuvres horrifiques étaient couronnées de succès coïncident avec un moment de trouble sur terre, symbolisé par les guerres, les régimes fascistes, les coups d’état et les dictatures. En ce moment, nous nous trouvons en face d’une menace qui n’a pas de visage parce qu’elle est une idéologie. Cela amène son flot d’appréhensions, de peur et d’incertitudes, tous les ingrédients essentiels pour réussir un bon film d’horreur.

Le Canada est réputé chez nous pour Céline Dion et les caribous. Pouvez-vous nous décrire un aspect plus terrifiant de votre pays ?

Ce n’est pas réellement amusant mais le prix élevé de l’essence est l’un des horribles aspects de mon pays.

Paul Lynch a commencé sa carrière par des films avant de verser dans le monde des séries. Vous avez effectué un parcours inverse. Prom Night est-il à ce point le tournant d’une carrière ?

Oui. Sans aucun doute, Prom Night a changé la direction de ma carrière. Durant la phase de production, je me disais : « Quand ce sera terminé, je reviendrai probablement pour refaire des épisodes télé ». Après Prom Night, j’avais le temps de réaliser un épisode de Prison Break et ensuite le studio m’a dit qu’ils avaient un autre film en attente pour moi. Pour le moment, je m’attèle à faire des films de fiction et je prends un pied pas possible…

Pouvez-vous nous parler de The Stepfather, votre prochain film d’horreur qui est actuellement en post-production ?

A la différence de Prom Night, The Stepfather est réellement un remake digne de ce nom. Dylan Walsh de Nip/Tuck incarne un homme qui cherche la famille parfaite mais perd tout contrôle et tue sa famille quand il est incapable d’atteindre son objectif. Ensuite, il change son identité, déménage et réessaie encore et encore…

Assez curieusement, c’est approximativement basé sur une histoire vraie à propos d’un type du New Jersey, John List. La réalité est parfois plus étrange que la fiction, non ?

Quelques mots pour attirer les spectateurs dans les salles ?

Si vous aimez les films d’horreur, Prom Night est pour vous. Si vous aimez les thrillers, Prom Night est pour vous. Si vous aimez voir un meurtier au travail, Prom Night est pour vous. Ou si vous aimez juste faire la fête, Prom Night est pour vous. Chez nous, la « prom » est la dernière nuit de votre jeunesse. Elle symbolise la fin de l’innocence. Elle revêt un goût doux-amer parce qu’après cette nuit, vous ne verrez peut-être plus jamais les personnes qui s’y trouvent. Dans mon Prom Night, cet axiome est plus vrai qu’ailleurs.

Interview réalisée et traduite par Damien

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