Interviews

INTERVIEW de Fabrice du Welz - MESSAGE FROM THE KING

10 mai 2017 | Par : Damien Taymans

Aujourd’hui sort dans les salles hexagonales le nouveau film du parrain de notre site, le bien nommé Fabrice du Welz. Message from the King, première expérience américaine du réalisateur, est un film de commande certes mais qui est incontestablement une oeuvre de son metteur en scène qui s’est amusé à déconstruire Los Angeles et à reproduire avec brio l’atmosphère des vigilantes des seventies lorgnant vers le Hardcore de Paul Schrader. Une vraie péloche au sens littéral du terme à découvrir de toute urgence en salles...

Comment es-tu arrivé sur ce projet ? A l’époque de Colt 45, tu me confiais que le voyage aux Etats-Unis ne te bottait pas vu ce qu’ils te proposaient...

J’ai plutôt eu de la chance. En effet, des propositions américaines, il y en a de temps en temps mais il faut être bien entouré et avoir un bon script. Le succès critique d’Alleluia a ouvert des portes à Hollywood, on ne me proposait plus des remakes de films d’horreur un peu débiles et sans substance. David Lancaster, ex-Bold Films (les producteurs de Drive, de Whiplash et Nightcrawler), a développé avec moi un scénario qui n’a malheureusement pas abouti. Quand David a quitté Bold, il est devenu producteur exécutif pour différentes boîtes et, lorsqu’il est arrivé sur ce projet, il a fait appel à moi. Il y avait une stop date pour Chadwick Boseman qui partait sur Black Panther chez Marvel : il y avait donc urgence, il fallait tourner très vite. J’ai reçu le scénario et j’ai directement commencé la prépa.

Le projet te plaisait ?

Evidemment ! J’ai tout de suite vu les qualités du scénario qui modelaient un pur vigilante. Et puis une vraie star était attachée. Quand j’ai rencontré Chadwick, j’ai tout de suite eu beaucoup d’affinités artistiques et humaines avec lui.

Tu as joui d’une certaine liberté ?

Le début de l’aventure s’est admirablement déroulé, la production s’est relativement bien passée puisque j’ai pu imposer le 35 mm. Ca a été très court et donc très intense mais j’ai vraiment eu les acteurs avec moi et on a travaillé en bonne intelligence. Là où ça se complique, c’est la post-production. En l’occurrence, au sein de la production, les ambitions n’étaient pas toujours les mêmes : certains voulaient faire tel type de film, d’autres un autre type de film. Moi qui ai déjà une certaine tendance à la schizophrénie, j’ai essayé de servir au mieux le scénario et les personnages. Personnellement, j’ai tenté de développer la relation qu’entretiennent Chadwick et Teresa (Palmer - ndr) mais ça a été entièrement coupé. J’ai beaucoup bataillé pour montrer l’humanité du héros et cela me semblait sain puisque c’est un personnage qui vit dans le remords de ne pas avoir été là pour sa sœur et qui va trouver une rédemption dans cette prostituée au grand cœur qu’il va sauver.

Frustrant non ?

Oui ! Mais que veux-tu ? On est venu me chercher pour un film de commande. Bien sûr qu’il y a toujours en moi l’impétueux Fabrice qui veut aller au bout de sa vision mais ici elle est parfois un peu tronquée, un peu endolorie. Très franchement, un film comme ça, un pur pulp tourné en 35 mm avec des personnages, sans effets spéciaux, qui retranscrivent un Los Angles poisseux, on en rencontre pas souvent. Je dors donc serein.

Alleluia a été une bouffée d’air en somme entre Colt 45 et ce film-ci ?

Oui, évidemment. Je suis un contrebandier donc j’aime revenir à la maison pour faire mon cinéma mais j’aime également prendre des risques, vivre des aventures de cinéma où je n’ai pas forcément le contrôle. En fait, ce que je recherche, c’est le dépassement de moi-même au risque de me faire mal, de me brûler. Un merdier comme Colt 45, je n’y retournerai plus jamais parce que c’était vraiment le degré zéro en terme de travail

Mais ça reste ton film ?

Bien entendu ! Ceux qui connaissent mon cinéma retrouveront dans Message from the King] l’aspect organique de la ville l’aspect visage/paysage, la violence (même si elle est plus pop corn pour le coup et est moins utérine). Ma volonté était d’ouvrir mon cinéma. Les critiques racontent toujours la même chose : quand je fais des films personnels, on me dit : "Ce serait bien qu’il s’ouvre" et quand c’est plus ouvert, c’est "Oui mais on préfère tes films personnels".

Tu peux parler un peu de cette magnifique photographie qui n’est pas signée Benoît Debie cette fois...

C’était pas possible pour lui, idem pour Manu Dacosse. J’ai eu un mal de chien à trouver un chef op’, on voulait me mettre dans les pieds certains chefs op’ jusqu’au jour où je suis tombé sur le site de cette petite Polonaise qui faisait des photos absolument incroyables. J’ai réussi à imposer Monica (Lenczewska - ndr) et on a beaucoup travaillé ensemble. Elle a fait un travail remarquable. Et je me suis pas trompé puisque Monica aujourd’hui a terminé le nouveau film de Brad Furman, LAbyrinth, et elle a été repérée pour son travail sur Message. La facture visuelle du film me semble assez puissante, c’est vraiment une autre vision de Los Angeles.

Qu’en est-il de la distribution du film ?

Il sort le 10 mai en France et partout dans le monde via Netflix.

Où en est la conclusion de ta trilogie ardennaise ?

On compte tourner cet été. Adoration sera essentiellement d’enfants. Benoît Poelvoorde va interpréter un personnage important dans le dernier acte. Il y aura de belles surprises mais c’est un petit film qui narre les amours d’un gamin de 11 ans et une gamine de 15 ans qui est schizophrène.


Fiche film et critique :

Ajouter un commentaire

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Image du jour

Récentes critiques

affiche du film
The Black Room
2016
affiche du film
Spider-Man: Homecoming
2017
affiche du film
Okja
2017
affiche du film
Underworld: Blood Wars
2016
affiche du film
Wonder Woman
2017
affiche du film
Pirates des Caraïbes : La vengeance de Salazar
2017

Cinemag

> Feuilleter

Concours

Sondage