Critique de film

pub

Heartless

"Heartless"
affiche du film

Un jeune homme conclut un pacte avec le diable pour être plus séduisant aux yeux d’une belle inconnue. Ce qu’il ignore c’est que ce changement a un prix. En échange de la beauté, il devra tuer. Jusqu’où est-il donc prêt à aller pour séduire et s’accepter tel qu’il est ?

pub


Trailer - Heartless (2009)
Par : Damien Taymans

Les critiques à propos de ce film

Critique de Heartless - Sans coeur et sans reproches
Par : Damien Taymans

Jamie Morgans végète dans les quartiers londoniens où il survit dans un climat d’ultra-violence et de préjugés. C’est que les immenses taches de naissance qui ornent son visage ne favorisent pas les rapports sociaux, même dans le milieu de la photographie dans lequel il bosse et qui lui permet de côtoyer des jolis mannequins courtement vêtues. Déjà torturé dans son for intérieur, Jamie a fort à faire avec le monde extérieur qui se dégrade doucement et sombre sous les coups de boutoir et de cocktails Molotov d’une bande de créatures démoniaques encapuchonnées qui font trembler la cité de nuit. Quand ceux-ci viennent trucider la mère de Jamie sous ses propres yeux, il décide de prendre armes et de se venger des monstres nocturnes...

Quand certains enfilent tournage sur tournage, Philip Ridley, de son côté, sort un film tous les sept ans en moyenne. Depuis The passion of Darly noon, quinze ans se sont écoulés, un laps nécessaire pour permettre au cinéaste d’amorcer son exode rural et cinématographique. Profondément urbain, Heartless explore les bas-fonds de Londres où règne une criminalité qui s’est insidieusement installée au coeur de la capitale. Climat d’insécurité (le tenancier de l’épicerie du coin conserve dans sa cave un impressionnant stock d’armes) relayé par des médias alarmistes qui ne cessent de mettre en exergue les exactions quotidiennes d’une bande de criminels masqués. "Les morts ont leurs artères", souligne Clive Barker dans ses Livres de sang. "Elles défilent, infaillibles alignements de trains fantômes, de rames de rêve, à travers la désolation qui s’étend derrière nos vies, portant un trafic éternel d’âmes envolées. Elles ont leurs panneaux de signalisation, ces artères, et leurs ponts et leurs aires de repos. Elles ont leurs carrefours et leurs croisements." La filiation entre le métrage de Ridley et l’univers du romancier est on ne peut plus claire, Ridley puisant çà et là au sein de l’oeuvre barkerienne pour échafauder son scénario.

Jamie se terre derrière son appareil photo pour déformer à sa sauce la réalité (à la manière de Leon dans la nouvelle Midnight meat train) tandis que le monde qui le refuse se voit peu à peu gangréné par le culte de la violence et de la souffrance. Pour accéder à cet univers étranger, le héros n’a d’autre choix que de conclure un pacte avec Papa B, émanation démoniaque, qui lui promet en échange de l’alléger de son fardeau physique en faisant disparaître ses taches de naissance. Cette accession à la vie normalisée passe par un stade de souffrance (à la manière d’Hellraiser, version modernisée du mythe de Faust) et implique en retour une entière dévotion à l’être amoral avec lequel Jamie a pactisé. En recourant à une sorte d’hérocentrisme - voire ontocentrisme - continuel, Ridley donne davantage de profondeur à son intrigue et dote son sujet (magistralement campé par l’excellent Jim Sturgess) d’une véritable épaisseur physique comme psychologique.

Avec Heartless, Ridley crée une oeuvre efficace, à la croisée du film d’auteur et d’horreur. Le métrage, qui se situe à la lisière de plusieurs genres, se montre aussi convaincant dans ses peintures psychologiques (la capuche et le faciès de Jamie en font-ils un alter ego des monstres de la rue ?) que dans ses descriptions de la folie (très proches de L’échelle de Jacob dans leur facture formelle).


Critique de Heartless - Un coeur gros comme ça...
Par : Quentin Meignant
Tags : Diable et démons, Psychologique

Auteur et réalisateur assez peu prolifique, Philip Ridley n’en demeure pas moins l’un des cinéastes les plus adulés d’Angleterre, tant chacune de ses réalisations frôlent la perfection. Après son Enfant Miroir, film à succès de 1990, et son exceptionnel Darkly noon - Le jour du châtiment, en 1995, Ridley fit une longue pause, laissant sur le carreau des milliers d’amateurs de cinéma de genre, toujours friands de son regard novateur sur des propos pourtant maintes fois mis en scène. Il en va d’ailleurs de même avec son retour aux affaires, Heartless, métrage qui s’intéresse tout simplement au pacte passé par un jeune homme avec le Malin. Jamie Morgan, défiguré par une énorme tache de vin passe en effet un accord avec le Diable pour être plus séduisant aux yeux d’une belle inconnue. Ce qu’il ignore c’est que ce changement a un prix. En échange de la beauté, il devra tuer. Jusqu’où est-il donc prêt à aller pour séduire et s’accepter tel qu’il est ? Film le plus primé de Philip Ridley, Heartless fut présenté au public du BIFFF 2010 alors qu’il avait déjà remporté le Méliès d’Argent lors du Festival de Leeds, laissant donc la voie libre à bien d’autres productions qui auraient sans doute souffert de sa concurrence.

Influencé par Clive Barker, Philip Ridley distille dès les premiers instants un exceptionnel contraste entre ce que l’on peut appeler son bestiaire et le réalisme social dont Heartless est teinté. Prenant place dans la dure réalité des banlieues anglaises, l’œuvre plante en effet un décor à la base fort peu enclin à un quelconque univers fantastique, instillant à l’ensemble tout entier un caractère particulièrement sombre. Cette toile de fond particulièrement démoralisante permet à Ridley de tirer la quintessence d’un héros au traitement particulièrement touchant.

Celui-ci, véritable pierre angulaire de l’œuvre, est par ailleurs incarné avec brio par l’excellent Jim Sturgess, acteur au sommet de son art qui glana d’ailleurs bien des récompenses pour ce rôle. Campant à merveille ce personnage un brin paumé qui n’a jamais réellement pris part à une quelconque vie sociale et qui se retrouve du jour au lendemain amoureux et face à un dilemme inextricable, le comédien prouve, grâce à la délicatesse de son interprétation, toute la richesse psychologique et visuelle de l’œuvre de Ridley. Véritable passionné de cinéma, ce dernier donne aussi lieu à une véritable leçon de mise en scène et de montage, berçant de plus son ensemble d’un score bien choisi.

Plus qu’une simple révélation, Heartless restera sans doute à jamais l’une des œuvres phares du BIFFF 2010 dans la mémoire collective. Finement interprété, mis en scène de manière quasi parfaite, le métrage de Philip Ridley offre une relecture plus qu’intéressante du thème du pacte avec le diable, mettant par ailleurs en avant une critique sociétale assez poignante.


Donnez votre avis sur le film !

En résumé
ecrire un commentaire sur le film
;



Récentes critiques

affiche du film
Ça
2017
affiche du film
The Black Room
2016
affiche du film
Spider-Man: Homecoming
2017
affiche du film
Okja
2017
affiche du film
Underworld: Blood Wars
2016
affiche du film
Wonder Woman
2017
affiche du film
Pirates des Caraïbes : La vengeance de Salazar
2017
affiche du film
The End
2016
affiche du film
Small Town Killers
2017
affiche du film
The Circle
2017

Cinemag

> Feuilleter

Concours

Sondage