Festival NIFFF de Neufchatel (Suisse)

NIFFF 2015 - Green Room, la confirmation de Saulnier

Punks VS Skins & Dogs

Auteur d’une très belle percée à l’internationale avec Blue Ruin , son second long métrage, Jeremy Saulnier est désormais perçu comme un réalisateur confirmé par les amateurs de cinéma de genre. Tel a été le cas hier soir au NIFFF où sa nouvelle création, Green Room, remplissait la salle des Arcades et dégageait une ambiance toute particulière, entre tension et impatience.

Il faut dire que le pitch a de quoi éveiller la curiosité puisque ce qui est présenté comme un thriller met aux prises un groupe de punks non-violents à une petite armée de skinheads organisés et aidées par des chiens féroces. Invité par l’entremise d’un looser de première dans un concert skin, les musicos pacifistes débarquent sur scène et allument les crânes rasés. Quelques volées de crachats et de canettes plus loin, ils font une macabre découverte : un meurtre a été commis dans les coulisses. Ils sont alors enfermés par les fachos histoire que l’affaire ne s’ébruite pas, d’autant que les sous-sols du bâtiment renferment un secret aussi rentable que dangereux.

Présenté comme ceci, Green Room a donc tout du film de prise d’otages classique, du huis-clos facile. Il n’en est pourtant rien, Jeremy Saulnier parvenant à instiller une atmosphère toute particulière dès les premiers instants grâce à une caractérisation parfaite de ses principaux personnages, protagonistes un peu paumés dans un univers mystérieux qu’ils ne connaissent guère. Cette découverte de l’autre et de sa culture prend forcément un tour particulier lorsque la découverte de l’homicide a lieu, celui-ci décuplant une ambiance déjà lourde et délétère et confirmant "l’esprit bagarre".

La tournure des événements amène forcément à un affrontement à la tension de tous les instants qui s’inscrit d’emblée dans le sillage des films de guerre, alliant stratégie et scènes d’horreur aussi humaine que viscérale. Les effusions sanguinolentes - du plus bel effet grâce à un magnifique travail sur les effets spéciaux de maquillage - sont légion mais ne servent pourtant qu’à renforcer le schéma particulièrement destructeur d’une guerre des nerfs totalement stratégique. L’émergence de deux véritables tueurs à l’instinct primaire dans la dernière partie vient parachever cette réussite de tous les instants qu’est Green Room.

Quentin Meignant

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