Critique de film

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Fantôme à vendre

"The Ghost Goes West"
affiche du film

Un millionnaire américain achète un château en Ecosse à un aristocrate ruiné et le fait démonter pierre par pierre pour le reconstruire en Floride. Le fantôme de la demeure est aussi du voyage. "Fantôme à vendre" est le premier film de René Clair en Grande-Bretagne - "Fausses nouvelles" suivra deux ans plus tard.

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Extrait - Fantôme à vendre (1935)
Par : Damien Taymans

Les critiques à propos de ce film

Critique de Fantôme à vendre - Pamphlet léger envers Hollywood
Par : Damien Taymans
Tags : Fantômes, Comédie

Envoyé au front, Murdock Glourie déshonore son clan en préférant batifoler avec les jeunes filles qu’en défendant l’honneur de sa famille face à une terrible famille ennemie, celle des McLaggen. Résultat : il se retrouve banni des lieux célestes et est contraint à errer dans le château des Glourie jusqu’à ce qu’un McLaggen se prosterne devant lui et affirme qu’un Glourie vaut mieux que vingt-cinq McLaggen. Quelque deux cents ans plus tard, Donald Glourie partage le château avec son ancêtre fantomatique et, accablé par les dettes, il revend le château à un homme d’affaires américain…

Cinéaste incontestable de l’ère muette francophone qui s’est illustré autant dans le genre fantastique (Paris qui dort) que dans l’exercice surréaliste (Entr’acte), René Clair reçoit des propositions de plus en plus intéressantes d’une Hollywood qui tente, pour se reconstruire, d’appâter les gloires européennes. Pourtant, suite à son décrié Le dernier milliardaire qui, aux prémisses de la seconde guerre mondiale, dépeint un excentrique atteint de folie à la tête d’un empire fantaisiste, allusion forte à l’égard des nouveaux dirigeants qui instaurent doucement leurs dictatures, Clair se paie un exode en terre anglaise pour se mettre sous la coupelle du mogul Alexander Korda, producteur l’année précédente du sublime Les mondes futurs, qui tient peu d’estime du cinéma hollywoodien dans lequel il évolua tristement. Désireux de construire un Movieland comparable en Angleterre en créant un star system comparable, Korda se fixe comme objectif de promouvoir l’image de Roger Donat à travers l’œuvre fantastico-comique de René Clair. Ce qui entraîne certaines divergences au sein du tandem qui possède habituellement des visées similaires.

Des écarts qui n’entravent finalement que très peu la genèse d’une œuvre dont l’arrière-plan, tapi derrière une intrigue sentimentalo-dramatico-comique, sert de contrepied ironique aux deux hommes envers la terre promise hollywoodienne. Mise en exergue de l’omnipotence présumée du géant américain symbolisée par la gueguerre de deux bouffons qui n’hésitent pas à s’affubler du kilt traditionnel pour montrer leur attachement à la vieille et chancelante Europe qu’ils sont capables, moyennant quelques billets verts, de reconstruire chez eux « pierre par pierre, panneau par panneau ». Une peinture d’autant plus acerbe qu’elle met à mal le marchandising exacerbé qui règne sur une société américaine ultradominée par l’image qu’elle donne d’elle-même (le fantôme servira les intérêts financiers du richissime acquéreur), à l’instar du rouage hollywoodien qui entasse les films au plus grand mépris de l’art et s’échine à asseoir sa mainmise par le truchement de superproductions construites à la chaîne déversées ensuite dans 95% des salles obscures européennes.

Vraisemblablement inspiré de la courte histoire d’Oscar Wilde Le Fantôme de Canterville (1888) qui présentait une intrigue quasiment similaire mettant aux prises un fantôme anglo-saxon et un ministre américain baignée dans une ironie grinçante, Fantôme à vendre joue sur le même contraste lors d’une seconde partie largement plus rythmée et amusante que la première. L’histoire volète assez légèrement d’Ecosse en Amérique et de siècles en siècles au mépris total de la compréhension, dotant l’ensemble d’une progression proprement maladroite embourbée dans les méandres de ses traversées temporelles. Une évolution obscure qui, si elle ne s’éclaircit pas tout à fait un fois tous les personnages plantés (elle aurait même tendance à s’épaissir), acquiert au fil de l’œuvre un rythme de croisière qui se décline en allusions poussives, situations loufoques et autres quiproquos maîtrisés qui échaudent ce qu’il faut la terne amourette qui grandit en filigrane.

Fantôme à vendre demeure avec le temps une comédie toujours aussi plaisante dont la légèreté de ton sied parfaitement à la destinée fleur bleue des principaux protagonistes. Très tôt embrumée par les brouillards écossais, l’œuvre convainc et soutire quelques sourires une fois l’heure passée. Un passage obligé pour René Clair qui se convertit doucement à l’ère du parlant…

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