L’Etrange Festival de Paris

FOCUS - Book of Blood

Comment j’ai spoilé Clive Barker

(Si vous lisez ce texte, la vision du film devient subsidiaire)

Deuxième production pour Midnight Picture Show, la boîte de Clive Barker, après Midnight Meat Train. Sans doute enclin à choisir lui-même ses écrits ainsi que le réalisateur chargé de leur adaptation (est-ce vraiment une bonne idée de ne pas se détacher de son projet ?), Barker a donc jeté son dévolu sur deux nouvelles, On Jerusalem Street et Le livre de sang, pour ne faire qu’un film : Book of Blood. Sur le modèle de la maison hantée, John Harrison (compositeur des musiques de Creepshow ou Le jour des morts-vivants) livre sa version barkienne.

Mary, professeur en parapsychologie cherche à percer le mystère d’une maison où une jeune fille a été sauvagement assassinée, sans que l’on comprenne qui, ni même comment, le crime a pu être perpétré. Aidé par un élève de son cours, Simon, elle va chercher à entrer en communication avec l’esprit qui semble occuper la place.

Book of Blood n’est pas un mauvais film, tout simplement car ce n’en est pas un. Plus proche dans sa construction, son visuel, d’un téléfilm, ce « Livre de Sang » recycle les poncifs du genre, avec une indigence de moyens qui fait peine à voir. Acteurs peu convaincants, effets spéciaux cheap (alors qu’ils sont censés soutenir la peur grandissante du spectateur), et mise en scène plate comme le lac Léman un jour de grand calme.

En effet, la demeure se révèle ne pas être hantée par un esprit mais plutôt par une horde de morts (ils apparaissent dans une des ultimes scènes, vêtus de costumes d’époque, type la Laitière de Vermeer, le soldat sécessionniste, et pour faire aussi contemporain la minette en mini jupe, histoire de brasser large et universel). Ces âmes perdues ont des doléances, et le corps du jeune étudiant se transforme alors en écritoire géant où dans des langues improbables et des signes cabalistiques (ça fait genre mystérieux), les pauvres hères inscrivent leurs malheurs. La maison sorte « d’intersection des autoroutes des morts » (dixit la voix off) devient une sorte de lieu de communication entre le monde des morts et celui des vivants.

Le scénario faiblard n’omet aucun rebondissement téléphoné. Mary, d’abord envisagée comme un personnage positif va se révéler une belle salope, sacrifiant son élève pour écrire le best-seller des pensées des morts. Simon, la jeune recrue, présenté comme ayant un don de clairvoyance, est en fait un escroc mais devient finalement un véritable passeur de l’au-delà. Tous ces tours de passe-passe narratifs ne font qu’enfoncer un peu plus le film dans l’ennui. Seule la dernière séquence, où un personnage meurt dans une baraque progressivement remplie d’hémoglobine vaut le coup d’œil pour l’excès et le baroque d’une noyade sanguine.

Décidément, adapter Clive Barker et son univers malsain n’est pas chose facile. Harrison s’en tire sans les honneurs mais vu la matière brute et les moyens on se demande comment il aurait pu faire mieux. Ce livre de sang vous tombera peut-être des mains comme un mauvais roman qui se veut sensationnaliste mais ne confine au final qu’à la caricature.

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