L’Etrange Festival de Paris

ETRANGE FESTIVAL 2017 - Avant que nous disparaissions

Le parcours de Kiyoshi Kurosawa résume à lui seul l’émergence du cinéma japonais en Occident ces vingt dernières années, D’abord ignoré dans le ghetto du roman porno vidéo qui était le sien, le voilà qui sort de l’ombre et acquiert une crédibilité internationale en trois films (Cure, Kaïro, Charisma) porté par un public d’amateurs friands de J-Horror qui vont en faire un des hérauts du genre. Ensuite, c’est la récupération par l’ensemble de la critique qui le transforme en bête de festival, bien aidé il est vrai par le tournant « auteurisant » de son cinéma qui va lui amener une nouvelle audience plus large. Un parcours semblable à celui d’un autre chouchou des festivals, Sono Sion (ou encore Takashi Miike), à la différence près que celui-ci ne s’est jamais séparé de sa base de fans de la première heure et a entamé une nouvelle ère dans sa carrière de metteur en scène. Après la sortie en salle de ses deux derniers films, l’Étrange Festival diffuse aujourd’hui, après une première séance cannoise, Avant que nous disparaissions qui signe le retour au cinéma de genre pur et dur qui a fait les beaux jours de son auteur.

Quand on parle de « genre pur et dur », il faut bien garder à l’esprit qu’on reste chez Kurosawa et que forcément, son regard et son style vont imprégner totalement ce récit science-fictionnel. Avant que nous disparaissions est l’histoire de l’invasion de la Terre par des extraterrestres bien décidés à éradiquer l’humanité pour faire leur notre bonne vieille planète bleue. Un noble projet mais qui, lorsqu’on débarque à 3 pour annihiler sept milliards d’individus, s’avère plus complexe que prévu.

Kurosawa opère un changement de style plutôt radical avec cette fable humaniste aux allures de comédie romantique. Un drôle de film qui risque de surprendre car, si on y retrouve des thématiques et un style erratique chers au metteur en scène, la scène d’ouverture rappelle furieusement le cinéma d’un certain Takashi Miike de par sa violence débridée. On n’avait jamais vu de séquence aussi graphiquement explicite chez Kurosawa et ce pervertissement d’une certaine imagerie kawaï. Une mise en bouche qui stupéfie le spectateur et place le métrage sur de bons rails qu’il ne va suivre hélas que par intermittence.

La bonne idée du récit est de mettre en lumière la manière dont les extra-terrestres, parasites qui s’emparent des corps humains, assimilent des concepts qu’ils dérobent à leurs hôtes. Que devient un homme sans le concept de famille, de travail, de couple, d’amour ? Lentement, très lentement, trop lentement, Kurosawa nous montre les progrès de l’invasion en s’attachant à deux groupes de personnages : un couple dont le mari a été parasité par un alien et un trio de deux aliens aidés par un journaliste que personne ne veut croire lorsqu’il révèle la vérité. Bien évidemment, sous prétexte d’étudier les aliens, c’est bien des hommes dont traite Kiyoshi. Ce qu’il fait plutôt adroitement même si, cette fois, le style se fait plus léger, proche de la comédie grâce notamment au jeu impeccable et tout en décalage de Ryuhei Matsuda.

Poétique, épurée et drôle, cette nouvelle œuvre de Kurosawa s’inscrit sans peine dans sa filmographie tout en se tenant un peu sur le côté, comme si le film était lui-même un alien qui observait la filmographie en tentant de s’y intégrer. Malgré tout, on sent poindre un manque de moyens, malgré une séquence d’action à effets spéciaux plutôt réussie, lors de certains passages. Adapté d’une pièce de théâtre, le métrage pâtit d’un rythme très inégal. Bavard par excès, il finit par lasser le spectateur après un très bon premier quart d’heure. Inégal certes, mais surtout trop long. Cette longueur handicape fortement le tentative de Kurosawa qui offre malgré tout quelques très jolis moments en apesanteur. Au fur et à mesure, cette longueur devient langueur et agace un spectateur qui attend avec impatience la fin de cette histoire...


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