L’Etrange Festival de Paris

ETRANGE FESTIVAL 2015 - Ludo

Les petits chevaux

Depuis quelques années, l’Etrange Festival se fait fort de mettre le cinéma indien en lumière. Cette année, les choses s’accélèrent avec quatre films présentés, tous dans des genres et styles différents. Ludo est un vrai film d’horreur, genre plus que confidentiel dans un pays où l’industrie est essentiellement consacrée aux romances et aux films musicaux. Depuis une dizaine d’années, les polars et gros blockbusters commencent à se faire une petite place et à s’exporter jusqu’en Europe. Ludo tranche dans la production locale de par son genre, un film d’horreur sans scènes de danses ou de chants, sa durée, 1h30 au compteur, ce qui au vu des standards locaux en fait pratiquement un court métrage et son budget, l’équivalent de 100.000 euros. C’est précédé d’une réputation peu flatteuse propagée par les festivaliers que Ludo débarque pour sa deuxième et dernière projection.

Et autant le dire tout de suite, cette réputation n’est pas volée tant le film, dans sa dernière demi-heure surtout, s’avère agaçant. Pourtant, les choses commencent plutôt tranquillement avec un postulat de départ hyper classique de type « slasher » : quatre jeunes font le mur au nez et à la barbe de leurs parents pour aller guincher et plus si affinités. Replacé dans le contexte de la société indienne, rien que ce pitch illustre une belle audace de la part du duo de réalisateurs Q et Nikon. La première moitié du film n’a rien d’horrifique, elle pose les bases tout en dépeignant la société indienne, sa corruption omniprésente et la difficulté qu’ont les jeunes d’exister dans ce pays encore sous le joug de la pudibonderie et de la moralité castratrices. Une fois les bases posées, de manière assez plaisante, le métrage, malgré quelques effets de montage et de mise en scène faussement cools, se laisse suivre et on se prend d’affection pour ces deux couples d’Indiens qui ne veulent que s’amuser. Après avoir bien picolé et fait la fête, il est temps pour eux de faire connaissance plus en profondeur. Dans l‘impossibilité de louer une chambre d’hôtel (manifestement les hôteliers indiens ne louent des chambres qu’à des couples mariés), ils se réfugient dans un centre commercial désert afin d’entamer divers jeux de mains et de langues.

L’horreur démarre quand débarquent deux entités, des spectres autant que des zombies qui rappellent les yokaï japonais de par leur faculté à inscrire leurs origines ancestrales dans une réalité contemporaine. Le massacre va enfin commencer et ces jeunes débauchés vont subir le sort qu’ils méritent ? Que nenni, les deux spectres leur proposent une partie de petits chevaux ou de Ludo, d’où le titre du film. Et là c’est le point de non-retour pour un film qui va s’enfoncer dans les tréfonds de l’incompréhension et emmener le pauvre spectateur avec lui. Ludo devient un autre film sans crier gare et va oublier les personnages, après en avoir trucidé l’un ou l’autre, pour partir dans une direction totalement incongrue. Des bases slasher/survival, on bifurque sur de l’horreur plus japonaise à base d’anciennes légendes et malédictions d’outre-tombe.

Le duo de metteurs en scène tente d’expliquer plusieurs siècles de légendes et les origines du jeu maudit en une petite trentaine de minutes parasitées par un déluge d’informations, des voix-off déformées, un montage ultra-cut et un design sonore insupportable qui ne réussit qu’à donner la migraine et à perdre encore plus le spectateur qui n’a plus aucun point d’attache. La mise en scène est brouillonne, la photographie aléatoire, on passe de plans magnifiques à des images d’une laideur absolue et les comédiens ne sont guère convaincants lorsqu’il s’agit de jouer l’horreur. Les maquillages et effets sanglants de David Scherer sont eux de très bonnes facture, on notera une très jolie et très gore éviscération.

On aurait aimé aimer Ludo mais il soufre de beaucoup trop de défauts que pour être vraiment séduisant. Certes, le film a subi quelques pressions des comités de censure locaux et a vu sa durée amputée d’une heure mais cela n’excuse pas tout. Nikon et Q passent à côté de l’essentiel et pêchent par excès d’ambition. Il reste toutefois quelques jolis plans, une certaine violence graphique et quelques bribes de scénarios qui donnent envie de se plonger plus en profondeur dans la légende du Ludo. On relance les dés en espérant réaliser un meilleur score la prochaine fois.


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