L’Etrange Festival de Paris

ETRANGE FESTIVAL 2013 - Jour 8

Maureen Lepers

Retour à l’Etrange Festival après deux jours de pause pour découvrir un couple de polars, indien et russe, sélectionné à la dernière Semaine de la Critique cannoise.

Déjà auteur de la fresque en deux parties Gangs of Wasseypur, Anurag Kashyap signait également cette année l’un des segments du film hommage, Bombay Talkies, présentée en grandes pompes à Cannes à l’occasion du centenaire du cinéma indien. La compétition pourtant, se jouait dans l’ombre pour le cinéaste, venu défendre Ugly à la Semaine de la Critique, polar ardu et nauséeux, dressant un portrait de l’Inde beaucoup moins édifiant que le visage aux milles couleurs chatoyantes que le pays offrait officiellement à la face du monde sur la Croisette. Le film suit la course effrénée de deux hommes, Rahul et Shoumik, l’un acteur minable l’autre chef de la police locale, pour retrouver Kali, une petite fille qui a disparu et dont ils sont respectivement le père et le beau-père. Rien de bien nouveau dans ce pitch, si ce n’est qu’il relève vite du prétexte narratif, et se dilue dans une écriture d’une belle densité dont chaque saillie narrative vient remettre en question la précédente et, avec elle, ce que l’on croyait acquis moralement pour les personnages. L’enlèvement de Kali, innocente gamine, fait ainsi office de levier à la mise en scène des rapports de force qui gouvernent chacun des protagonistes adultes du film, tous en un sens, monstrueux : moins que le kidnapping, ce sont eux qui portent la laideur du titre.

C’est aussi une histoire d’enfant sacrifié pour rien qui lance The Major, du russe Yuri Bykov, polar mutique plein de flics taiseux au corps lourd, qui met en scène le cas de conscience d’un capitaine de police après qu’il ait tué un petit garçon dans un accident de voiture : faut-il, ou non, étouffer l’affaire pour préserver le système ? Les envolées du cinéma russe sont, de nos jours, assez rares, l’industrie étant encore en majorité contrôlée par les autorités gouvernementales. The Major est donc d’abord un acte politique, le film d’un cinéaste dissident venu défier le système de son pays, comme Alexandre Vartanov le faisait avec Bullet Collector, présenté en compétition au Festival l’an dernier. Pour autant, là n’est pas son seul atout. La force du long métrage est de s’organiser comme un quasi huis-clos (la grande majorité du film se déroule dans les locaux du commissariat) pour ainsi disséquer l’appareil policier russe, ses magouilles, son sens moral, son extrême violence. Il n’est pas difficile d’établir un parallèle entre Serguei, le héros qui s’élève contre le système, et la figure d’un cinéaste en rupture avec le tout venant de la production nationale. Et puis, il y a dans la façon de Bykov de filmer la Russie, ses paysages noyés de neige, ses gueules de flics fracassées et corrompues, ses tragédies, quelque chose qui rappelle Michael Mann, Sidney Lumet ou James Gray. Ce n’est pas rien.

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