L’Etrange Festival de Paris

ETRANGE FESTIVAL 2013 - Jour 6

Seb Lecocq

Dans la vie, on ne gagne pas à tous les coups. Au cinéma non plus. On ne peut pas, tous les soirs, s’enquiller deux œuvres de la trempe de A Field In England et Why Don’t You Play In Hell ?. La preuve en est faite ce soir avec une soirée de l’Etrange Festival qui aurait très bien pu être sponsorisée par NRJ12 ou RTL9.

On commence avec une projection qui avait ameuté du beau monde dans la salle 500. Toute la team Metaluna, Jean Pierre Putters, Fabrice Lambot, Rurik Sallé étaient venu accompagner et soutenir Richard Stanley et Simon Boswell venus présenter L’Autre Monde. Un documentaire basé sur un postulat de base des plus intéressant mais malheureusement gâché par un traitement totalement hasardeux et raté. Je pensais que les nanars étaient l’apanage du cinéma de fiction, je sais maintenant que le documentaire peut aussi en générer. Et de beaux. Richard Stanley se perd dans un documentaire sur les mystères entourant trois petits villages du Sud-Ouest de la France : Montségur, Rennes-Le-Château et Bugarach. Au final, on n’y apprend rien du tout et le documentaire opte pour un angle des plus fantaisiste, porté par le protagoniste principal du film, une espèce de sorcier hippie appelé Uranie et qui est, permettez-moi l’expression, complètement à l’Ouest. Comme l’ensemble du documentaire d’ailleurs qui use de grosses ficelles : caméra thermique, musique qui fait peur, schéma incompréhensible, j’en passe et des meilleures. Bref, une œuvre pas déplaisante qui souffre d’un sérieux manque de crédibilité et sombre parfois dans le gros n’importe quoi. A mater avec une pizza entre deux vidéos d’Illuminatis sur youtube.

Sans coup férir, et oui, à peine dix minutes entre la fin de L’Autre Monde et le début d’Omnivores, je prends à nouveau place dans la salle 500 pour le film d’Oscar Rojo qui sera, lui aussi, une déception même si, je n’en attendais pas grand-chose, il faut bien l’avouer. Là encore, sur un sujet intéressant, le cannibalisme mondain, le réalisateur opte pour un angle d’attaque particulièrement bancal, celui du journaliste en immersion. Sauf qu’ici l’immersion et l’enquête se réduisent à peau de chagrin. En posant deux questions à l’une de ses amies, le journaliste se voit proposé de manger de la viande humaine. En parallèle, on suit la préparation de la « viande » pour ce repas. Rythme plan-plan, esthétique de dtv, le film ne captive jamais et est cousu de fil blanc. Le spectateur a toujours trois plans d’avance sur les personnages. Omnivores à tout de même la décence de ne durer qu’une petite heure quinze et de multiplier les plans nichons. Bref, le type de film sans intérêt qu’on a plus l’habitude de voir un mardi à 14h30 au Bifff qu’à la séance de 22h de l’Etrange Festival. Résultat : je rentre relativement tôt et file me coucher pour attaquer la grosse journée de mercredi.


Maureen Lepers

Unique film du jour, The Secret Glory de Richard Stanley, un documentaire franchement obscur sur le rapport des Nazis au Diable et à la quête du Graal.

Réalisateur il y a deux ans d’un segment de Théâtre Bizarre (Mother Of Toads), Richard Stanley, l’air halluciné et flanqué d’un chapeau à plumes, affirme en introduction de The Secret Glory que « ce film l’a détruit, a changé sa vie, que tout y est vrai, croyez-le ou non », et d’ajouter dans un murmure que peu de copies sont disponibles dans le monde. On se sent un peu fébrile et privilégié à l’idée de découvrir cette enquête rare au pitch alléchant, d’abord commandée puis rejetée par l’imminente chaîne anglaise Chanel 4 : un reportage, de Berlin à Montségur dans le sud de la France, sur le commandant SS Otto Rahn, auteur de La Cour de Lucifer et obsédé par la quête du Graal. Le bonhomme serait à l’origine des mythologies d’Indiana Jones de Steven Spielberg ou Hellboy de Mike Mignola : un personnage hautement cinématographique donc, sur lequel on sait peu de choses, et dont il fallait se hâter de raconter l’histoire avant que ses différents acteurs ne meurent - et en effet, sur les 22 personnes interviewées pour le documentaire, seules 2 sont encore en vie ; les autres sont décédées dans l’année qui a suivi le tournage. Des forces occultes, des nazis tarés, du satanisme et un devoir de mémoire urgent, tout ceci aurait du faire un bon film, ce n’est pas franchement le cas : tout est trop obscur et abscons dans The Secret Glory, tout est trop mystérieux et sérieux. Ralentis, noir et blanc, images d’archives sorties de nulle part, témoignage biaisés du curé du coin et de sa cousine voyante, gros plans de dessins sataniques, bande son pleine de cordes stridentes et de chuchotements qui font peur, enfin une voix-off absurde dans le contexte, tout droit sortie de Pacific Rim, venue raconter la chute de Lucifer et lire des extraits parfaitement ésotériques des œuvres de Rahn. Sur Rahn lui même, en en apprendra peu : s’il est devenu, pour une poignée d’aficionados de ce genre de théories, une sorte de mythe, historiquement, il a surtout eu l’air de traverser l’histoire du parti nazi sans faire trop d’histoire, jusqu’à ce que le contexte ne se retourne contre lui et ne le pousse au suicide. A tout prendre, The Secret Glory ressemble moins à un documentaire mystique qu’à un épisode de Suspect N°1.

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