L’Etrange Festival de Paris

ETRANGE FESTIVAL 2012 - Jours 6 et 7

Cherchez la femme

Après un contretemps qui malheureusement, me fait rater le jour 6, me revoilà en bonne et due forme avec, au programme de cette septième journée, trois films, lituanien et suisse-allemand.

Premier film d’anticipation de l’histoire du cinéma lituanien, Vanishing Waves est le deuxième long métrage de sa réalisatrice, Kristina Buozyte, et raconte comment, lors d’une expérience scientifique, un chercheur en neurologie entre en contact avec le cerveau d’un sujet dans le coma, y rencontre une femme mystérieuse et en tombe éperdument amoureux. Malgré une mise en place un chouia longuette, et par trop auteuriste, Vanishing Waves sait s’imposer du fait de fulgurances visuelles et émotionnelles, dont le retentissement, sûrement, aura marqué le festival. Si la cinéaste n’évite pas certains travers érotico-intello, ce notamment dans sa première partie, elle tisse finalement un habile croisement de genre, entre science fiction humaniste et drame psychologique. Sous couvert de sonder un cerveau féminin, c’est finalement surtout à son héros masculin que s’intéresse la réalisatrice, à ses faiblesses et ses ambitions, sa frustration, sa fascination, pour lesquelles l’autre grand personnage du film, cette jeune fille dont l’histoire va peu à peu être mise à jour, agit comme l’agent chimique. En faisant irruption dans le cerveau de cet autre, Lukas est surtout confronté à sa propre psychée, et bientôt, sauver l’inconnue reviendra à se sauver soi-même. Brillamment mis en scène, Vanishing Waves, qui s’autorise une poésie fabuleuse, devenue bien rare en science-fiction, se tisse en outre de références multiples, et organise en creux un dialogue esthétique entre deux histoires du cinéma, l’une globale et internationale, l’autre lituanienne et locale, à la filmographie naissante. Le long métrage alors, raconte également un cinéma à la recherche de sa propre identité, qui n’hésite pas à faire se rencontrer Chris Marker, Christopher Nolan et Stanley Kubrick, à transcender leur vision respective pour proposer un point de vue, à l’échelle d’un pays, tout bonnement inédit.

Suite et fin de ce septième jour avec deux courts et deux longs métrages d’un cinéaste peu connu, découvert par l’Etrange Festival en 1995, et dont l’équipe se dit fascinée et conquise par une œuvre cohérente, intelligente, mais néanmoins presque invisible. C’est en revoyant son premier film projeté en 1995, Le Cadeau de Stéfanie, que l’on découvre d’abord Mathieu Seiler, réalisateur suisse-allemand aux obsessions presque nabokoviennes (entre conte de fée et sexualité enfantine), et qui signe ici un conte mortifère, relecture absconse d’Alice au Pays des Merveilles, dans laquelle le lapin blanc devient une mère endeuillée. Le Cadeau de Stéfanie est l’archétype du premier jet, le symbole cuisant d’une filmographie en devenir : tout y est, et pourtant, tout est à débroussailler, à épurer, à (déc)ouvrir. Presqu’exclusivement centré sur lui-même, si bien qu’il en oublie son spectateur, le film se fait l’annonciateur de thématiques et de propositions esthétiques fortes, que l’on constate sans franchement les ressentir, ce malgré l’électrique et magnétique Soraya Da Mota, fascinante enfant-mannequin dont les poses et le visage, troublants d’une sensualité à peine éclose, racontent l’entre deux du corps féminin, le passage d’un état un autre de l’existence – la mort de l’enfant, la naissance de la femme. Le deuxième film projeté en revanche, Der Ausflug (littéralement L’Expédition) est un tout autre spectacle dans lequel, cette fois, il devient primordial de ressentir tant il y est question d’instinct, féminin déjà, animal ensuite. Plus qu’une variante sur un conte précis, Der Ausflug s’impose comme une relecture de ses principes et de son schéma narratif, et tend à revenir aux sources du genre : il ne s’agit plus tant de faire du gore avec un récit soit disant enfantin, mais plutôt de retrouver une inquiétante étrangeté primordiale, de mettre à jour ce qui d’emblée dans le conte est cruel. La forêt, les deux sœurs, les chasseurs, la petite fille blonde, tout ici est enveloppe, est véhicule, et c’est bien en assumant pleinement les fonctions supposées de ses personnages et de l’univers dans lequel il les met en scène, que Seiler peut raconter la perversion de ses récits ancestraux, parce qu’il les a compris, qu’il les accepte, qu’il les respecte. D’un film à l’autre , l’œuvre de Seiler, indéniablement, s’est assagie - il ne s’agit plus maintenant de détourner gratuitement, mais bien de réhabiliter – sans pour autant s’appauvrir ou s’affadir. Plus ouverte et lumineuse, elle laisse aux ténèbres qui la composent et la dévorent, une place plus pernicieuse, et donc plus efficace.

Image du jour

Récentes critiques

affiche du film
The Babysitter
2017
affiche du film
Ça
2017
affiche du film
The Black Room
2016
affiche du film
Spider-Man: Homecoming
2017
affiche du film
Okja
2017
affiche du film
Underworld: Blood Wars
2016

Cinemag

> Feuilleter

Concours

Sondage