L’Etrange Festival de Paris

ETRANGE FESTIVAL 2011 - Jours 4 et 5

Café court, viande rouge et légumes du soleil

Les pérégrinations de Seb Lecocq

Le Festival a maintenant pris son rythme de croisière. Oubliés les petits soucis de projection de « The Woman » qui n’étaient autres qu’un incident isolé et malheureusement fortuit. Aujourd’hui, on pouvait se repaitre d’une bonne série de courts métrages en hors-d’œuvre histoire de découvrir les futures stars de demain comme on dit. Comme souvent dans ce genre de programme hétéroclite on aura eu du très bon, du moins bon et du très mauvais. Parmi les bons notons Nullarbor signé d’un duo australien. Une histoire simple, une route longue, très longue, la plus longue d’Australie, deux voitures et deux personnages. S’ensuit un jeu de regards, d’attitudes et de défi entre un jeune punk sûr de lui et un vieillard espiègle. Richesse de l’animation, finesse d’écriture et drôlerie de la mise en scène en font un des meilleurs segments de cette sélection. On notera aussi un très esthétisant Erään Hyönteisen Tuho, d’un autre duo, mais finlandais cette fois. Une histoire d’insectes mélangeant animation, photographies et prises de vue réelles d’une beauté parfois affolante. Les organisateurs du concours de courts métrages eurent la bonne idée de garder les deux meilleurs films pour la fin. Tub, l’histoire à la Eraserhead d’un jeune type lambda qui, après s’être masturbé dans sa baignoire, découvre que celle-ci accouche d’une effrayante créature dont il est semble-t-il le père. Comédie et étrangeté qui vont traumatiser tous les mecs. Faites gaffe maintenant et réfléchissez-y à deux fois avant de disperser votre semence à tous vents. Last but not least, Play God, un documentaire finlandais dans lequel un jeune réalisateur ayant l’ambition, en 2003, de réaliser le meilleur film gore de tous les temps revient sur son échec et analyse les raisons de celui-ci. Un excellent doc mixant interviews, images de tournage d’époque et interrogations du réalisateur qui plonge le spectateur dans les affres et tourments d’un tournage indépendant et fauché. Indispensable, et drôle pour tous les réalisateurs en herbe. Juste le temps de voter qu’il est déjà temps de filer en salle 300 pour la séance de Meat.

Meat, c’est typiquement le genre de produit très étrange qu’affectionne l’Etrange. Un tel film au Bifff aurait été un grand moment de blagues graveleuses en tous genres, mais point de cela ici. Quand on n’aime pas, on quitte la salle, ce que feront certains spectateurs. Meat est l’histoire arty d’un boucher pervers assassiné et d’un flic enquêtant sur l’affaire. Les deux rôles joués par le même acteur, un sosie hollandais de Meat Loaf. Que retenir du film ? Des scènes de sexe crues, intrigantes et pas désagréables qui auraient ravi Alan, notre érotophile national. Sorti de ça, un polar mollasson entrecoupé de scènes « arty » un peu vaines. J’avoue ne pas avoir compris le pourquoi du comment du film. Je n’ai pas non plus compris le pourquoi ni le comment, ce qui n’aide pas. En sortant de la salle un peu désabusé car la séance de The Clinic en salle 30 était complète, je traine un peu dans les couloirs du Forum des Images et là, qui est-ce que je croise ? Nicolas Winding Refn en personne. Je sèche les larmes de joie qui mouillent mon visage, respire un grand coup et m’en vais lui serrer la main et lui faire une belle déclaration d’amour vrai. Le meilleur moment de ce festival pour moi. C’est avec des papillons dans les yeux que je regagne mes pénates, préparer la journée de demain.

Les aventures de Maureen Lepers

Aujourd’hui, pas de courses, pas de tâtonnements dans le noir pour espérer trouver une place, et mieux encore, pas de salle dont la température ambiante avoisine celle du Sahara. La journée se déroule pour ma part intégralement en salle 300, confortable et climatisée, avec pourtant un public bien moins sympathique qu’en salle 500. Finie l’ambiance bon enfant de la projection de Theatre Bizarre, ici, c’est du sérieux (non mais dis donc). Il est 17h00 et Jean Pierre Mocky introduit avec plaisir sa première carte blanche, Viva la Muerte de l’espagnol Fernando Arrabal, écrivain et cinéaste « cinglé qui, comme tous les cinglés, était un type forminable ». Le film reflète en ce sens la personnalité de son auteur. En pleine guerre civile, nous suivons un petit garçon, Fardo, aux prises avec des questions fondamentales telles que le catholicisme et la sexualité. Entouré de deux figures féminines glaçantes et castratrices, l’enfant devient malgré lui l’étendard d’un pays en crise. Il est à la fois l’avenir et donc l’espoir d’une nouvelle Espagne, mais porte également en creux, du fait de l’affection qu’il porte à son père, rebelle disparu, le poids du passé, la culpabilité induite par le devoir de mémoire. Cette culpabilité bien sûr, est aussi celle, chrétienne, de la chair, celle de la vie donc. C’est clairement ce rapport à la religion qui intéresse le réalisateur, et autour duquel il cristallise les enjeux politiques de son long métrage. Fardo ainsi, est un nouveau Christ qui sous l’impulsion de sa mère (la Vierge), doit expier pour les hommes et racheter leurs péchés (les crimes de guerre de son père). Doté d’une grande force mystique, grâce notamment aux fantasmes de l’enfant mis en scène au travers de filtres de couleurs et qui viennent comme un refrain, casser la linéarité du récit, frôlant le surréalisme, Viva la Muerte est presque un grand film malade, malade de violence et de folie, incontestablement habité et soumis aux fulgurances artistiques propres à son époque.

Sans transitions et après quinze petites minutes de pause, on enchaine avec Meat, pour la première fois sur les écrans français et en présence des réalisateurs néerlandais Maartje Seyferth et Victor Nieuwenhuijs. Dix ans après Venus In Furs, ils reviennent avec un polar un peu flou dans lequel un flic avec des problèmes de cul enquête sur le meurtre d’un boucher qui est son sosie et qui visiblement, a lui aussi des problèmes de fesses. Tous les deux tombent aux mains de Roxy, une jeune femme bien paumée, soit disant vénéneuse et fatale, tantôt assistante dans la boucherie, tantôt pute de night club. Comme l’a dit fort justement Seb, le principal défaut de Meat est le refus qu’il s’octroie d’exposer des enjeux clairs. Le film multiplie ainsi les scènes vaguement sulfureuses et vaguement glauques de levrettes au milieu des cochons morts, ou de baise en plongée totale avec, pour se donner une légitimité, une lumière vaguement intello et des références lynchiennes poisseuses, mal exploitées qui, à défaut de donner du souffle au récit, l’écrase et l’étouffe. Un film d’une grande arrogance et d’une grande vanité donc, qui n’a d’érotique et de morbide que l’étiquette.

Un quart d’heure plus tard, même place, même salle, mais public sensiblement différent. Ici, les gens n’ont plus peur d’applaudir et de rigoler. C’est donc dans une ambiance détendue et chaleureuse que commence la projection de El Infierno (Luis Estrada) grand succès mexicain non exporté en Europe. A mi-chemin entre le drame social et la comédie, le film revient sur la récente guerre de frontières qui se joue au Mexique entre plusieurs gangs de narco trafiquants. Avec beaucoup de cynisme, El Infierno se fait, à travers la figure de Benny (Damian Alcazar, génial) le portrait désabusé d’un pays qui sombre pour continuer d’exister, et massacre allégrement toute image d’Épinal d’un Mexique carte postale (le moustachu à chapeau, les bénédictions, les deux figures maternelle, et surtout le bicentenaire de la révolution). Quoiqu’infiniment moins métaphorique et violent, le film rappelle en un sens Balada Triste de Alex de la Iglesia, en évoquant une crise nationale d’une telle force qu’elle ne peut prendre corps que dans l’outrance et le grotesque. Ponctuelles, les véritables fulgurances de violence et d’humanité qui parsèment El Infierno sont là pour rappeler la véracité d’une situation inextricable, et sont toujours cassées, comme un moyen de se défendre, par de l’absurde, par de grands éclats de rire. Revenu des USA après 20 ans de prison (premier échec donc, les USA s’affichant clairement comme une porte de sortie pour les protagonistes du film), Benny incarne ce pays pris au piège qui n’a d’autre choix pour avancer que de s’enfoncer et ne peut accoucher que de monstre (cf. le plan final). De cette boucle, de cette absence d’échappatoire, Estrada tire la véritable force de son récit. L’enfer, oui, c’est bien ici.

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