L’Etrange Festival de Paris

ETRANGE FESTIVAL 2011 - Jour 2

De trips en trippes

Enterrés que nous sommes au Forum des Images, les orages terribles qui cognent sur la France ce samedi 3 septembre nous semblent bien mythiques. Ce deuxième jour de festival, chargé de sang et d’affriolantes péripéties, semble bien parti.

ERRATUM : Avant tout chose, il convient de revenir ici sur le court-métrage projeté avant The Divide, Sucre du néerlandais Jeroen Annokkeé, qui par mégarde, ne fut pas mentionné dans le compte rendu d’hier, ce qui en soi, est très étrange vu l’enthousiasme qu’il avait suscité. Découvert par Canal +, le court raconte, avec beaucoup d’ingéniosité et d’humour, une rencontre de palier qui tourne mal, ou comment l’absurdité de certaines situations et les quiproquos qui en découlent peuvent mener au pire.

Il est 17h45, la salle se remplit doucement, pleine de curiosité et d’appréhension pour cette première pépite de l’étrange, The Thief de Russel Rouse. Fondu au noir, silence, et c’est finalement avec un nouveau court métrage que commence cette séance. Le postulat de Smoke Gets In Your Eyes de Harald Schleicher est simple : le réalisateur allemand part du principe que le « nicotisme » est le dernier acte rebelle que nous permet la société et monte, à partir de ce constat, plusieurs extraits ou scénettes de films cultes tournant autour de la cigarette. Avec beaucoup de poésie, et une touche bienvenue de cynisme, Rita Hayworth côtoie Mia Wallace, Jarrmush échange avec James Bond et Clint Eastwood allume les clopes de Marlene Dietrich. Une très bonne surprise que ce petit film qui transpire l’amour des belles images et constitue donc une bonne introduction à ce curieux film noir de 1952 qu’est The Thief, l’histoire d’un chercheur en physique contraint de vendre des informations top secrètes à des espions. Exempt de tout dialogue, mais doté d’un travail sur le son époustouflant, le long métrage, à travers les déambulations de son héros et la boucle narrative de son récit, décortique en somme les trois constantes de base du cinéma, à savoir l’image, le son et le mouvement, et les différentes façons qu’elles ont de se conjuguer dans leur forme la plus brute, la plus pure donc. Empreint d’une vraie mélancolie et avec un sens brillant de la dramaturgie, The Thief fait office de petite claque formelle.

19h30. Theatre Bizarre. Theatre Bizarre. Theatre Bizarre, goddamnit. C’est en présence des producteurs et de plusieurs réalisateurs (dont l’équipe au complet de ‘Mother Of Toads’) visiblement ravis d’être à Paris que s’ouvre cette première française. Un papier sera prochainement consacré à la pelloche ; de fait, tous les courts métrages ne seront pas évoqués ici. Selon les propres mots de producteurs, Theatre Bizarre se présente comme une anthologie du film d’horreur, et réunit quelques pointures telles que Buddy Giovinazzo ou Richard Stanley. Il va sans dire que chacun des sketchs fut très bien accueilli, notamment l’étonnant ‘I love you’ de Giovinazzo, le génial ‘Wet Dreams’ de Tom Savini ou le sublime ‘Sweets’ de David Gregory. Chacun à leur manière, les courts métrages tentent des variations autour des différentes constantes et lieux communs du film d’horreur, conviant ainsi le spectateur à un incroyable voyage au cœur des sens et des formes, au cœur de l’humanité la plus viscérale (‘The Accident’ de Douglas Buck, grandiose) ou de la cruauté la plus animale (‘Sweets’). Absurde et magnifique, à l’image du théâtre Grand Guignol dont il s’inspire, Theatre Bizarre entame donc avec succès son périple dans les salles françaises.

Deux heures plus tard, deux cocas light, un sandwich au jambon, un paquet de barquettes au chocolat engloutis, et la Nuit Grindhouse peut commencer. L’ambiance est électrique, on est presque dans un stade de baseball avant un match des Sox. Les gens crient comme au drive-in. Les gens rient comme au drive-in. Ca sent bon l’Amérique et la bière. Le très attendu Hobo with a shotgun de Jason Eisener s’avère être une très bonne surprise, plein d’inventivité et de clins d’œil. Cette variation démente de Taxi Driver étonne par l’authenticité de sa démarche et tire à boulets de canons dans la culture mainstream, de Risky Business à la télé réalité, en passant par le rap MTV et les tv shows débiles. Plus que des fulgurances formelles, le film marque surtout la naissance d’un personnage, celui d’ores et déjà culte du Hobo, que l’immense Rutger Hauer transfigure et transcende. Tout le monde applaudit, tout le monde rit très fort. Cet accueil chaleureux est renouvelé pour Tucker & Dale VS Evil de Eli Craig, parodie hilarante autour d’un pitch bien connu des amateurs de genre : des adolescents décérébrés partent camper au fin fond d’une quelconque forêt américaine et tombent aux mains des autochtones. Décapant, le film tourne au ridicule tous les clichés du film d’horreur de ce type, sans jamais pourtant les rabaisser. Sous l’humour, on décèle un véritable amour du genre et de fait, plus qu’une parodie, le film s’avère être un hommage gentil et distancé que le seul jeu sur les points de vue et les comédiens excellents (Tyler Labine en tête) suffisent à rendre vraiment intéressant et infiniment attachant.

Les deux derniers films du programme se passent aisément de commentaires. Déjanté et incompréhensible, Norwegian Ninja de Thomas Cappelen Malling part d’un fait divers réel (le procès d’un espion) pour construire l’histoire démente d’une bande d’agents secrets ninjas dont la mission principale serait de bloquer la menace russe durant la guerre froide. Construit comme un film d’époque, véritable lieu d’expérimentation formelle, le film souffrira d’un accueil plus neutre, la faute peut être à l’horaire tardive, à la torpeur générale (tous les gens présents ont en moyenne perdu trois kilos d’eau tant l’air était moite et irrespirable), ou à des intentions de mises en scène floues, à une originalité trop forcée pour vraiment faire mouche. Il est 6h du matin, tout le monde est mort, mais tout le monde est content et accueille avec ferveur 2019, après la chute de New York, de Sergio Martino, nanard cosmique d’une incommensurable bêtise qui entend rebooter tout à la fois, et comme beaucoup de productions cheap italiennes de cette époque, Mad Max, La Planète des Singes et l’intégral des Contes de Perrault. Un authentique plaisir coupable donc, et une bonne façon de clore cette Nuit riche en fous rires et en hémorragies.

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