L’Etrange Festival de Paris

ETRANGE FESTIVAL 2011 - Dernier jour

‘This is the end… my only friend’

1. Seb.

Dernier jour de l’Etrange Festival, qui s’achève dans quelques heures sur Don’t Be Afraid OF The Dark, dernière production du père Del Toro. On sait déjà que ça ressemblera à du cinéma espagnol, que ce sera donc très beau et aussi très chiant, raison de plus pour privilégier A Guilty Of Romance, chef-d’œuvre de Sion Sono. Mais ça c’est pour plus tard car avant ça, on ouvre la journée avec le film ayant eu l’honneur de dépuceler cette XVIIè édition de l’Etrange Festival, The Divide de Xavier Gens. En présence du réalisateur s’il vous plait. Xavier Gens est une crème, un vrai gentil, c’est pour cette raison, et un peu aussi par lâcheté, que je ne lui ai pas dit que je n’aimais pas du tout son cinéma. Et ce n’est pas avec son petit dernier que cela va changer même si, on sent le bonhomme en grande progression depuis les nullissimes Frontière(s) et Hitman. Ici, son film est tout à fait regardable et fréquentable même si fortement parasité par un rythme narcoleptique, une interprétation inégale et une écriture de personnages vraiment calamiteuse. Reste qu’avec vingt bonnes minutes de moins et des personnages plus fouillées on aurait eu un solide huis clos post-apocalyptique. Dommage que de gros défauts viennent parasiter tout ça car derrière la caméra, Gens bricole quelques plans vraiment pas piqués des hannetons. Allez on continue d’y croire.

Deux heures à combler, un dimanche après-midi c’est long. Heureusement, on tapera une petite discute avec quelques connaissances et amis, histoire de faire passer le temps avant Requiem Pour Un Massacre. Le film d’Ellen Klimov, pour ceux qui ne le connaitraient pas, est considéré par moi-même comme le film le moins drôle et gai du monde. C’est une œuvre d’une autre époque, une œuvre qui n’appartient à aucun genre, aucun style et ne ressemble qu’à elle-même. Une œuvre hallucinée et hallucinante, à l’image de son héros, un jeune ado au visage…complètement fou. Requiem Pour Un Massacre, c’est un film de guerre sans guerre, sans soldats héroïques, sans gentils marines qui offrent des chocolats aux enfants. C’est un film sur la saloperie de la guerre et sur son implication dans la vie de gens qui n’avaient rien demandé à personne. Sur l’écran, chaque photogramme est une évocation déprimante de la guerre. Paradoxalement, le film est d’une force et d’une beauté à se damner ; il laisse sans voix tant il estomaque par sa barbarie, montrée tout en sobriété, renforçant l’horreur de la situation. Un film aux confins de la folie. Un choc.

Pas facile de se remettre d’un tel film. Pour se changer les idées et éviter la pendaison volontaire, je m’accorde une petite pause en écoutant PSG-Brest à la radio avant de rejoindre la salle 300 pour Guilty Of Romance, dernier film projeté. Et surprise du chef, la présence d’un Sion Sono, tout juste auréolé d’un prix à la Mostra de Venise pour son dernier film Himizu et surtout de la présence de la (insérez ici l’adjectif de votre choix) Megumi Kagurazaka dans une petite robe noire à réveiller les morts. J’avoue qu’à cette vision toutes les images déprimantes et glaçantes de Requiem Pour Un Massacre ont immédiatement quitté mes rétines. Guilty Of Romance est un chef d’œuvre, peut-être le meilleur film de son auteur jusqu’à aujourd’hui. Sono revisite et défonce la pinku japonais et le drame bourgeois à la Chabrol dans un mélange incendiaire de sexe, de violence, de sadisme et de féminisme libératoire, le tout dans une beauté insondable. Un film hors norme qui, une fois de plus, surprend et coupe le souffle. Quelle belle façon de terminer, en beauté, un festival vraiment riche en excellents films. Une belle et grande réussite en somme. Puis comme on n’est pas bégueule et qu’on est un peu chauvin, on terminera en annonçant que le vainqueur du prix Nouveau Genre est Bullhead de Michael R. Roskam. Cocorico. Le moment est maintenant venu de remercier toute l’équipe organisatrice du festival et toutes les personnes qui y travaillent d’une gentillesse et d’une disponibilité confondante. Big Up !

2. Maureen.

Toutes les bonnes choses ont une fin, et c’est donc le cœur brisé que je me prépare à affronter ce dernier jour de festival. La salle 300 se remplit et bientôt démarre The Man From Nowhere, deuxième film du coréen XXX, sorte de Léon 2.0, dans lequel un ancien agent fédéral à la retraite se lie d’amitié avec une gamine et va tout faire pour la sauver une fois que celle-ci aura été enlevée par des méchants trafiquants d’organes et de drogues. Tout dans The Man From Nowhere appelait une noirceur sans nom, une violence incommensurable et poignante comme seuls les polars asiatiques sont capables de distiller. A dire vrai, le cinéaste semble prendre cette caractéristique à contre-courant, et joue clairement la carte de la distanciation et de l’humour, sans pour autant renoncer aux fulgurances tragiques. C’est finalement de ce croisement entre humanité viscérale et burlesque assumé que le film tire son déséquilibre. Le problème de The Man From Nowhere en définitive, est de ne pas suffisamment croire à ses personnages pour vraiment émouvoir. Exception faite du héros, Cha, et de l’homme de main viêtnamien, tous souffrent en creux d’une caractérisation trop grossière, d’un manque de charisme flagrant qui condamne leur portée dramatique. Il se dégage du long métrage une impression désagréable de froideur, de maitrise absolue qui laisse peu de place aux tripes, au désespoir, à l’organicité de l’homme et de ses sentiments et qui, une fois sortie des sentiers battus de la mise en scène des séquences d’action (brillante d’ailleurs, à l’image des deux combats à l’arme blanche de la fin), cède à une tendance au mélo agaçante, mais surtout ennuyeuse. S’il décolle ponctuellement, notamment du fait de son acteur principal, force est cependant de constater que cette homme de nulle part ne va pas bien loin.

20h. Cérémonie de clôture et remise des prix. Le prix Nouveau Genre est sans surprise attribué à l’immense Bullhead de Michael Roskam. Après des adieux chaleureux de l’équipe du festival, la projection du très attendu Don’t be afraid of the dark peut commencer. Le film est un conte fantastique dans lequel une petite fille, Sally, emménage avec son père et sa nouvelle épouse, Kim, dans l’immense manoir gothique qu’ils sont en train de rénover, et dont ils ont réveillé les monstres, à savoir des tooth fairies très méchantes qui veulent tuer les enfants. Il est facile de voir, dans cette histoire inspiré d’un téléfilm des années 70, ce qui a intéressé Guillermo Del Toro, producteur, qui débauche pour diriger le projet, l’un de ses auteurs et dessinateur préféré, Todd Nixley. La légende autour de ces fées malignes avait déjà inspiré au cinéaste espagnol l’une des séquences les plus réussies de Hellboy II, et personne n’est sans ignorer, depuis les immenses L’Echine du Diable et Le Labyrinthe de Pan, la fascination qu’entretient l’auteur pour les tréfonds de l’enfance, ses monstres et ses cauchemars. Ces bases posées, on se demande bien pourquoi il ne s’est pas attaqué à ce remake lui-même. Si le résultat n’est pas une catastrophe, loin de là, il manque cependant cruellement de magie et d’inquiétante étrangeté. Du fait de son expérience de dessinateur, Nixley propose une composition de l’espace remarquable et une esthétique gothique soignée, mais échoue là où un véritable penseur de cinéma aurait réussi, à savoir dans l’animation, par le mouvement, du décor, des personnages, du récit. Le monde esquissé par le réalisateur ne prend corps finalement qu’à travers les fresques et autres dessins des créatures qui parsèment le film et ne s’anime véritablement que dans l’immobilité de l’illustration. S’il n’est pas dépourvu de charme et d’une certaine efficacité, il manque à ce Don’t be afraid of the dark l’émerveillement teinté de sordide qui faisait la force du Labyrinthe, la radicalité de la peur de l’enfant, immense et terrible, celle qui, une fois la lumière éteinte, gronde dans nos yeux et nous monte à la gorge, celle qui précisément, nous fait craindre le noir.

De coups de cœur absolus (Bullhead) en déceptions cinglantes (Meat), cette dix-septième édition de l’Etrange Festival de Paris aura prouvé la radicalité et la richesse d’un cinéma de tous genres et de tous bords, plein de découvertes, de redécouvertes et d’ouvertures. Un immense merci à tous donc, à l’équipe géniale, à leurs prestigieuses présentations, au Forum pour leur accueil et leur disponibilité, et comme le beuglait Tarantino à Cannes il y a quelques années, ‘VIVE LE CINEMA’ !

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