Critique de film

The Dark

"The Dark"
affiche du film
  • Genre : Fantastique, Thriller
  • Année de production : 2005
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Réalisateur : John Fawcett
  • Pays d'origine : Allemagne, Royaume Uni
  • Durée : 95 minutes
  • Scénariste : Stephen Massicotte
  • Musique : Edmund Butt
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  • Bande annonce
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  • Récompenses :

En débarquant dans cette contrée isolée du pays de Galles, Adelle espérait d'abord reconquérir son mari, James, pour le plus grand bonheur de leur fille, Sarah. Mais loin des retrouvailles idéales qu'elle avait rêvées, Adelle va vivre le pire des cauchemars : sa fille se noie. Brisée, elle découvre que Sarah n'est peut-être pas morte, mais retenue dans une dimension parallèle liée à une ancestrale légende païenne. Seule face au terrifiant secret qui hante la région, Adelle va devoir affronter l'impossible pour tenter de sauver sa fille. Qui est donc Ebrill, la mystérieuse enfant surgie de nulle part qui ressemble tant à Sarah ? Comment vaincre l'épouvantable malédiction qui trouve sa source près des falaises ? Et plus que tout, comment échapper à un monde où vos pires terreurs prennent vie ? Adelle trouvera les réponses, mais il lui faudra payer le prix...

Les critiques à propos de ce film

Critique de The Dark - Dark is green
Par : Fred Bau

Adelle (Maria Bello) part en vacances avec sa fille Sarah (Sophie Stuckey) dans un coin isolé du Pays-De-Galles, afin de retrouver son ex-mari James (Sean Bean). Ces retrouvailles sont difficiles en raison des tensions relationnelles qui se sont installées entre la mère et la fille ; puis dramatiques, Sarah se noiant au bas des falaises. Les recherches entreprises pour retrouver le corps échouent. Mais des phénomènes étranges, dont l’apparition d’une jeune fille du nom d’Ebrill (Abigail Stone), laissent penser à Adelle que Sarah serait peut-être retenue dans une sorte de dimension parallèle nommée "Annwn" [Announe], lieu des Morts dans les religions locales où il est dit : "pour un mort retrouvé, un vivant tu donneras."

Avec à la production le fameux Paul W. S. Anderson, qui ne s’est guère illustré à ce jour que par le lent désastre opiniâtre que constitue la franchise Resident Evil, on pouvait ne pas donner cher de The Dark. C’était sans compter sur l’art de la débrouille dont John Fawcett a déjà su faire preuve, malgré des moyens limités, pour Ginger Snaps. Adaptation libre de Sheep, premier roman de l’écrivain britannique Simon Maginn, spécialisé entre autre dans le thriller horrifico-psychologique, The Dark s’efforce de surfer sur "la déferlante Ring" en revenant cependant aux fondamentaux classiques du récit fantastique : endroit isolé, vieille légende païenne occulte, malédiction en raison d’un drame antérieur, peur du noir, confusion du rêve et de la réalité ; et pour une touche plus moderne, des personnages dont les déchirements vont s’amalgamer avec un environnement au potentiel hostile.

Autant vous prévenir : The Dark suinte l’enfer du budget serré à la gorge, mais pavé de bonnes intentions. Tout le film semble avoir été tourné dans le même coin de lande galloise (enfin, on suppose qu’elle est galloise), avec en gros pour tous éléments de décor, une maison, un monolithe portant une mystérieuse inscription, une falaise, une plage, la mer, et un abattoir. Le casting se résume à 6 ou 7 acteurs, plus une poignée de figurants, troupeau de moutons compris. Un petit film donc, qui pour tout petit qu’il soit, n’en constitue pas moins une histoire de fantômes ; une histoire, qui pour toute classique qu’elle soit, est une vraie histoire de fantômes.

On saluera en conséquence "les efforts expressionnistes" que John Fawcett met en oeuvre pour exploiter le peu dont il dispose, et ce en dépit d’un scénario qui, si l’on en croit les critiques britanniques, échoue à transposer la puissance du roman original. Les personnages, les falaises, la mer et la maison apparaissent immédiatement en état de gravitation étrange autour de l’aimant monolithique du culte païen, et suffisent à suggérer le double sentiment du danger physique, et du surnaturel ambiant. Le recours au montage syncopé, qui sert à illustrer la rupture psychologique entre Adèle et sa fille Sarah ou la venue du mal, peut parfois décontenancer, en raison d’un manque évident de maîtrise. L’utilisation combinée du rêve et du flash-back parvient en revanche à semer le trouble entre onirisme prémonitoire et réalité, passé et présent, naturel et surnaturel. Le recours à des filtres verdâtres (on pensera ici au remake Le Cercle de Gore Verbinski (2002)) et au clair-obscur, enfin, de plus en plus prégnant à mesure que le surnaturel envahit l’environnement naturel, prodigue au film une atmosphère de décomposition marine malsaine, qui faute de plonger le spectateur dans une véritable frayeur, l’emporte avec les personnages dans son flot funeste. Et c’est bien là que réside la réussite de The Dark, dont le final, peut-être influencé par le final du Darkness de Balaguero, précède (le bestiaire de poupées fantastiques en moins) le final du premier Insidious de James Wan.

Si le film du canadien Fawcett ne saurait rivaliser avec un chef-d’oeuvre tel que Dark Water d’Hideo Nakata (2002), il n’en constitue pas moins un petit conte fantastique de fantômes à l’ancienne et à l’anglaise (même si un "opportunisme à la Ring" est évident), où la mer, par tradition (que l’on songe à l’oeuvre littéraire de William Hope Hodgson), est un acteur générateur d’ambiances pernicieuses à part entière. Empreint d’une influence discrète de Clive Barker, The Dark table sur la sobriété et les vieilles ficelles, et comme Ginger Snaps, sur le jeu des acteurs. On se contentera ici de saluer le travail généreux de Maria Bello, qui accorda manifestement autant de sérieux à ce petit film, qu’elle en accorda à A History of Violence sorti la même année.

Avec un montage pas toujours maîtrisé, et des acteurs parfois dirigés à la limite du sur-jeu, The Dark comporte des bévues grossières. Une maladresse cependant équilibrée par une subtilité suggestive générale qui ancre le film, malgré ses défauts et tout ce qu’il comporte de déjà vu, dans le récit de fantômes à l’ancienne ; un récit où les éléments naturels et humains sont peu à peu contaminés par l’élément surnaturel, sans esbroufe ni recherche du spectaculaire. Il se dégage au final une véritable ambiance expressionniste marine mortifère, qui entremêle progressivement rêve et réalité, passé et présent, vie et mort. De ce point de vue The Dark respecte son contrat, si tant est qu’on ne va pas y chercher autre chose qu’une bonne vieille histoire de fantômes.

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