Critique de film

Signes

"Signs"
affiche du film
  • Genre : Science-fiction
  • Année de production : 2002
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Réalisateur : M. Night Shyamalan
  • Pays d'origine : USA
  • Durée : 1h46
  • Budget : 72 millions de dollars
  • Scénariste : M. Night Shyamalan
  • Musique : James Newton Howard
  • [
  • Bande annonce
  • ]
  • Casting : Mel Gibson, Joaquin Phoenix, Rory Culkin, Abigail Breslin, Patricia Kalember, Cherry Jones, Jose L. Rodriguez, Ted Sutton, M. Night Shyamalan, Merritt Wever
  • Récompenses : Nominé au Saturn Award du Meilleur film de science-fiction en 2003
    Bogey Award (Allemagne) en 2003
    Nominé au Bram Stoker Award du Meilleur scénario en 2003
    Nominé à l'Empire Award du meilleur réalisateur en 2003
    Nominé aux OFCS Awards de la Meilleure musique, Meilleur scénario et Meilleur son en 2003
    Nominé au Golden Satellite Award du Meilleur son en 2003

Au milieu des années 1970, des signes ont commencé à apparaître dans les champs un peu partout à travers le monde. Ces signes, la plupart du temps de grandes formes géométriques parfaites et complexes, n'ont, depuis, cessé d'apparaître. Ils laissent un message mystérieux : ont-ils été l'oeuvre de dizaines d'humains, voire de centaines d'humains pour parvenir à des résultats aussi parfaits si rapidement, ou ont-ils été laissés par le passage d'extraterrestres sur notre planète. Très peu de gens sont portés à croire à cette seconde hypothèse. Un soir, en revenant à sa maison de Newtown en Pennsylvanie, le prêtre Graham Hess arrive sur les lieux d'un accident. Sa femme a été impliquée dans cet accident et ses blessures sont trop sérieuses. Elle ne survivra pas. Graham lui prodigue les dernières paroles de dieu avant qu'elle ne meure. Durement ébranlé par cette épreuve, il renonce à la foi et à ses fonctions de prête et décide plutôt de devenir fermier afin de se ressourcer. Alors qu'il croyait pouvoir mener une vie paisible sur sa terre avec les autres membres de sa famille, Graham devient le témoin d'apparitions de signes mystérieux sur sa terre. Quelle est la véritable origine de ces signes? Sera-t-il prêt à croire la vérité, lui qui a renoncé en la foi?

Les critiques à propos de ce film

Critique de Signes - A alien with a Night
Par : Chroniqueurs


Un matin dans un champ de maïs, d’étranges cercles apparaissent. Graham Hess, un ancien pasteur, refuse dans un premier temps d’admettre la vérité : des extraterrestres préparent un débarquement sur la planète Terre. Il devra protéger les siens pour repousser l’invasion.

Le metteur en scène, fidèle à lui-même (et donc à ses deux principales influences cinématographiques que sont Alfred Hitchcock et Steven Spielberg), signe une oeuvre sobre et maîtrisée, un petit bijou d’épouvante sous haute tension. Contrairement à la plupart des cinéastes actuels, il ne fait pas dans la surenchère technique, pas de montage à la hache, pas d’effets de style à tout va. Il n’en a pas besoin. Certains plans, comme les premières brèves apparitions des aliens, sont l’expression de son génie cinématographique. Son talent s’exprime dans une rare composition des cadres. Il enferme ses personnages dans des cadres à l’intérieur même du cadre, réduit leur espace au sein même d’un lieu déjà restreint, jusqu’à les enfermer dans la cave, joue avec la lumière et l’isolement pour provoquer un sentiment de panique.

Aucune vulgaire surenchère, aucun effet facile, l’approche minimaliste de Shyamalan traduit une mise en scène personnelle et constante depuis trois films. On assiste à la confirmation d’un auteur. On retrouve les thèmes chers au réalisateur, notamment celui qui guide les personnages principaux de ses trois derniers films : la quête d’un sens à sa vie. Le jeune garçon de Sixième sens ne savait que faire de son don, tout comme son psychiatre ressentait qu’il avait une tâche à accomplir avant d’en avoir fini avec la vie. Dans Incassable, le héros découvrait son pouvoir et, aidé d’un autre personnage cherchant sa place dans ce monde, le déployait alors, s’épanouissant pleinement. Dans Signes, Shyamalan ne quitte pas son personnage principal, l’ancien Pasteur Graham Hess. Le film sera son chemin vers l’épiphanie. Comme ses prédécesseurs, il est tout d’abord en phase de déni, puis peu à peu se laisse convaincre. En bon patriarche, il cherche à protéger sa famille, mais cède à certaines contraintes. Afin de mener à bien cette mission, il doit s’informer. Il accepte de regarder la télévision.

Le petit écran est l’instrument essentiel appuyant la thèse selon laquelle les choses ne sont pas telles que veut les voir Graham Hess. Pendant toute la première partie du film, ce dernier limite et finit par interdire l’usage de la télévision, sous prétexte qu’elle rend les gens "obsédés". Ils vivent à l’écart de la population et la télévision est leur unique source d’information. Que présente la télévision ? La peur. L’insécurité. Des vaisseaux invisibles immobilisés dans les airs, comme pour nous surveiller, une vidéo amateur où passe brièvement un des "envahisseurs" ... Possédé, obsédé par celles-ci, l’individu lambda se met à croire tout et n’importe quoi, accepte comme légitimes les suppositions scientifiques lues dans un livre d’un dénommé Dr.Bimboo, tout en arborant une sorte de bonnet en papier aluminium pour ne pas "qu’ils lisent nos pensées". Shyamalan tourne même plus ou moins en dérision une des thématiques récurrentes de sa filmographie (héritée de Spielberg). Que ce soit le jeune Cole dans Sixième sens ou le fils David Dunn dans Incassable, les enfants sont généralement doués ou en avance sur les adultes et c’est encore une fois le cas ici, exploitant évidemment la crédulité des enfants. Le réalisateur transforme les deux adultes initialement incrédules en mômes apeurés. Ils retournent à un âge où il leur sera plus facile de croire. Cependant, ils deviennent par la même occasion plus naïfs et donc plus enclin à avoir foi dans les rumeurs colportées par la télévision.

Au centre du film figure un dialogue crucial, entre Merrill Hess et son grand frère, l’ancien Pasteur Graham Hess. Celui-ci a perdu la foi. Sa femme est décédée dans un accident de voiture et il élève seul ses deux enfants. Ils vivent avec Merrill dans le Comté de Bucks, non loin de Philadelphie. Ils habitent une grande maison entourée d’un immense champ de maïs. Quelques jours auparavant, d’étranges figures circulaires sont apparues. Elles font la taille d’un terrain de football. Elles ne sont pas le fait d’adolescents perturbateurs. C’était le premier signe d’une invasion extraterrestre. Une fois toutes ces informations présentées et définitivement acceptées comme étant la réalité, le porte-parole du réalisateur, Graham Hess, nous expose alors sa conception du monde, ou plus précisément, la façon dont il divise les gens en deux catégories : dans la vie, quand de bonnes choses vous arrivent, le premier groupe de personnes verra en ces événements des signes, peut-être même des miracles alors que le second groupe réfutera cette interprétation, évoquant des coïncidences chanceuses. Il s’adresse alors à son frère, celui qui l’a toujours vu comme un modèle infaillible, une figure paternelle qui avait toutes les réponses, et il lui dit simplement qu’il faut connaître sa place. Soit on voit des signes et on se dit que les choses arrivent pour une raison précise, et donc que quelqu’un nous protège, soit on n’y voit que des coïncidences, et on vit dans la peur. "J’ai peur", dit Graham Hess. Graham Hess a perdu la foi.
Le héros transmet ainsi le message du cinéaste et offre une clé pour la compréhension du film. Signes dépasse le simple statut de film d’épouvante. Il recèle un fond qui remet en question l’issue même du film. Comme souvent chez Shyamalan, c’est lors du dénouement que l’éclairage est apporté au film. Je ne révèlerai rien de cette séquence exceptionnelle qui mélange, suspense, S.F pure et prédiction. La lecture du film devient alors double, car selon le point de vue que l’on adopte, son interprétation reste ainsi l’apanage même du spectateur. Ce dénouement prend un tout autre sens si on interprète ces signes comme de simples coups du hasard ou comme une succession de signes révélateurs, et qu’on analyse les indices semés par M. Night Shyamalan.

Bien que le réalisateur ait déclaré dans certaines interviews qu’il donnait une importance aux différents signes qu’on peut voir dans notre vie, il ne fait nul doute qu’il laisse le choix aux spectateurs d’interpréter le film des deux manières différentes.

Shyamalan est (toujours) un génie de la mise en scène et de la narration. Vous l’aurez compris, Signes est un film à double lecture : une invasion extraterrestre prétexte à une profonde réflexion sur la foi. A l’heure de La guerre des mondes et autres Independance day, quelle audace et quel génie que de nous faire vivre la plus éprouvante attaque extraterrestre que nous ayons vu au cinéma ! Et tout ça en ne nous permettant que d’entrevoir un seul d’entre eux ! Un véritable contrepied artistique et scénaristique quand le cinéma regorge d’effets spéciaux explosifs !

Cinemag

> Feuilleter

Concours

Sondage