Critique de film

Shoot'Em Up : Que la partie commence

"Shoot'Em Up"
affiche du film
  • Genre : Action, Thriller
  • Année de production : 2007
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Réalisateur : Michael Davis
  • Pays d'origine : USA
  • Durée : 86 minutes
  • Budget : 40 millions de dollars
  • Scénariste : Michael Davis
  • Musique : Paul Halsinger
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  • Bande annonce
  • ]
  • Casting : Clive Owen, Monica Bellucci, Paul Giamatti, Stephen McHattie, Greg Byrk
  • Récompenses :

Smith n'aurait jamais dû se trouver là et pourtant, en pleine fusillade, il aide un enfant à naître et le sauve d'une bande de tueurs. Lui, sombre et violent, se retrouve à protéger l'être le plus innocent qui soit. Le nouveau-né est la cible d'une puissance mystérieuse décidée à effacer toute trace de son existence grâce au redoutable Hertz et à son armée d'assassins. Alors que les affrontements sont de plus en plus meurtriers, Smith ne peut compter que sur lui-même et sur DQ, une prostituée, pour sauver le petit. Le couple doit tenter de percer le secret de l'enfant en restant du bon côté des balles...

Les critiques à propos de ce film

Critique de Shoot’Em Up-Schmup up !
Par : Fred Bau






Considérations relatives aux questions de structures narratives mises en suspens, l’adaptation d’un jeu vidéo à l’écran est supposée relever de prime abord de la même gageure que celle d’un bouquin : elle nécessite un scénariste capable de retranscrire en moins de deux heures les nombreuses heures passées à jouer ou lire. Si les succès artistiques et commerciaux tirés de la littérature sont innombrables, ceux puisés auprès du marché du jeu vidéo se comptent en revanche sur le bout des doigts. Et encore, mieux vaut-il parler de réussites commerciales plutôt qu’artistiques.

Si Lara Croft : Tomb Raider a largement franchi la barre des 100 millions de dollars sur le seul sol américain, le film de Simon West, en dépit d’un atout tel qu’Angelina Jolie, reste bien anecdotique dans son registre face à la franchise Indiana Jones, où à la résurrection "sommersienne" de La Momie. La franchise Resident Evil n’est pas destinée, loin s’en faut, malgré son milliard de recettes engrangées, à pouvoir soutenir la comparaison avec des voisins "viro-zombiesques" tels que Rec, ou 28 jours plus tard et 28 semaines plus tard. La faute probablement à une industrie du cinéma qui n’a pas encore intégré que les réussites cinématographiques dans ce domaine ne commenceront à être envisageables, que lorsqu’elle accordera le même soin aux matériaux originaux du jeu vidéo qu’à ceux de la littérature. Ce que laisse à tout le moins présager le Silent Hill de Christophe Gans qui a su, sinon convaincre, du moins séduire les gamers et une bonne partie de la critique de genre, ou encore le Prince of Persia : les sables du temps, qui demeure, quoique l’on puisse en dire, un très honorable blockbuster.

Dans un tel paysage, qui ressemble avant tout à un business primaire géré à l’emporte pièce, le film de Michael Davis prendrait presque des allures d’OFNI. Car ce n’est pas à un jeu en particulier que s’est attaqué le réalisateur américain (co-scénariste, rappelons-le, de l’indigeste nanar Double Dragon de James Yukich) avec ce film d’action décomplexé, mais à un type de jeu d’arcade, le shoot’em up (littéralement, "dégommez-les tous"), qui est initialement l’un des plus dénués d’intérêts narratifs. Davis ne s’y trompe pas. Le scénario de son "thriller" est un poncif de la taille d’une tête d’épingle : un "Bon" (Clive Owen), parachuté par hasard au milieu de manigances politico-industrielles, vient, avec l’aide d’une "veuve" aux allures de pinup laitière (Monica Bellucci), à la rescousse d’un nouveau-né orphelin, et s’emploie à dégommer autant de brutes et de truands qu’il peut, en se confrontant tout de long, jusqu’à un duel final, à un méchant qui tient à la fois du "Truand" et de la "Brute" (Paul Giamatti). Clive Owen semble plus être sur le coup pour se reprendre une bonne dose de trip cartoonesque après Sin City, que pour nous imposer un personnage immémorable. Monica Bellucci serait réduite à l’état de putain décorative, si l’on écoute les mauvaises langues... Nous, les pinups de ce standing, on prend ; que les mauvaises langues aillent dormir dans la baignoire. Paul Giamatti cabotine et grimace pour les besoins d’une cause à prendre au quinzième degré. Et alors ?

L’intérêt est ailleurs. Dans la démonstration virtuose que la relation entre le film d’action pur et dur et le jeu vidéo de type shoot’em up est avant tout une question de mise en scène, de photographie, de cadrage, de montage, de choix esthétique et de partis pris ludiques. Michael Davis prend son sujet au pied de la lettre. Le langage cinématographique et celui du jeu vidéo fusionnent. Les travellings deviennent synonymes des scrollings. Le cadrage et le montage sont multidirectionnels. Le "Run & gun" et le "Shoot’em up pédestre" sont exploités comme des procédés filmiques, et conjuguer avec brio. Monica Bellucci et le nouveau-né qu’elle protège sont plus que de simples décorations : ils assurent au film sa dimension "Cute them up". Le scénario a l’épaisseur d’une tête d’épingle, qu’importe ? La meule de foin n’a pas d’autres prétentions que celle du cartoon filmique déjanté et survitaminé, plus proche de l’irrévérence d’un Tex Avery passée entre les mains d’un Tarantino facétieux, que du consensualisme d’un Disney, et qui prend le parti de l’humour noir et d’un mauvais goût volontaire aux visuels paradoxalement léchés.

Bien loin de nous livrer un énième désastre tiré de l’univers vidéo-ludique, Michael Davis, malgré un humour outrancièrement scabreux, traite son sujet avec une rigueur indiscutable, et nous offre un film d’action référencé et d’inspiration "Wooienne". Sur un rythme d’enfer, s’enchaînent des scènes d’action et de gun-fight plus farfelues les unes que les autres (on a droit à un accouchement et à un coït en mode gun-fight), mais parfaitement maîtrisées. En somme, un délire débridé qui, derrière les apparences irrévérencieuses, est probablement le meilleur film si ouvertement dédié au monde vidéo-ludique qui ait été réalisé à ce jour. Les amateurs de films d’actions, d’humour douteux, et de jeux de ce type en ont pour leur argent. Quant aux autres, la porte est ouverte. On ne les retient pas.

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