Critique de film

Rose Red

"Rose Red"
affiche du film
  • Genre : Horreur - Fantômes
  • Année de production : 2002
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Réalisateur : Craig R. Baxley
  • Pays d'origine : USA
  • Durée : 4h05
  • Scénariste : Stephen King
  • Musique : Gary Chang
  • [
  • Bande annonce
  • ]
  • Casting : Nancy Travis, Kimberly J. Brown, Julian Sands, Melanie Lynskey, Matt Ross, Matt Keeslar, Kevin Tighe, Judith Ivey, Emily Deschanel, David Dukes, Jimmi Simpson, Julia Campbell, John Procaccino, Tsidii Leloka, Laura Kenny
  • Récompenses : Aucune

Le Docteur Joyce Reardon, professeur de psychologie, dirige une équipe de voyants et une autiste de 15 ans particulièrement douée, Annie Wheaton, afin de réveiller de sa léthargie un manoir hanté, Rose Red. Leurs efforts libèrent une myriade de fantômes et mettent à jour plusieurs secrets horribles accumulés par les différentes générations ayant vécu au manoir...

Les critiques à propos de ce film

Critique de Rose Red - Baxley, expert en King
Par : Damien Taymans




Revenons rapidement sur le sort généralement réservé aux adaptations de Stephen King : soit celles-ci tombent entre des mains expertes et deviennent des réalisations sinon fidèles au moins efficaces, soit elles sombrent dans les sous-sols crasseux des vidéothèques suburbaines ou s’empilent sur les marchés et dans les solderies, preuve non avérée de leur médiocrité présumée. Quoiqu’il en soit, les adaptations du maître de l’horreur sont généralement conspuées par les fans qui y voient une dénaturation des écrits de leur idole. Et force est d’avouer que les dits râleurs ont bien souvent raison.

Rose Red va à l’encontre des aprioris formulés habituellement à l’égard des œuvres kingiennes. D’abord parce qu’il n’est pas une occasion supplémentaire de désincarner un roman du grand King : à l’instar de La tempête du siècle, le scénario de Rose Red a été directement rédigé en vue d’une adaptation pour le petit écran. Ensuite, parce que le réalisateur, Craig R. Baxley, n’en est pas à son premier essai en matière de transposition du romancier : il connaît bien l’écrivain pour l’avoir suffisamment adapté et tente de respecter scrupuleusement l’univers romancé.

Cependant, le format imposé à Rose Red entraîne avec lui trois inconvénients majeurs. Fort d’une durée de 245 minutes, le métrage s’expose à livrer certaines longueurs et à accuser des inégalités rythmiques. En outre, la destination télévisuelle implique l’obligation de respecter le PG-13 règlementaire qui avait déjà nui à certaines œuvres comme Le Fléau ou Ca, contraignant le réalisateur à éluder un maximum de scènes violentes. Enfin, la mini-série découpée en trois parties d’une heure et vingt minutes est formatée selon la loi marketing du petit écran américain qui impose quantité de coupures publicitaires lors de la diffusion, obligeant son auteur à glisser des images génériques à tout bout de champ afin de réintroduire son histoire (comme en témoignent les très nombreux plans de l’extérieur de la maison qui nous sont infligés toutes les cinq minutes).

La première partie de Rose Red est consacrée, comme souvent chez King, à la présentation des différents personnages qui peuplent l’histoire. Après une première scène incluant Annie Wheaton, jeune fille aux pouvoirs gigantesques, le métrage s’intéresse davantage au professeur de parapsychologie Joyce Reardon qui nourrit l’ambition de réveiller la « cellule morte » qu’est Rose Red en y amenant durant tout un week-end un aréopage composé des meilleurs mediums qui soient.

Formidablement maîtrisée au niveau de son rythme et des apparitions du fantastique distillées par petites touches çà et là, cette première partie est la meilleure du métrage. Grâce à un montage des plus réussi et très cohérent, les différents personnages sont présentés un à un dans des situations diverses (généralement empreintes de fantastique) qui permettent de rapidement faire le point sur leur psychologie. Le point fort de cette introduction réside justement dans la description particulière des personnages. Abandonnant l’exposition manichéenne très convenue, King s’est davantage penché sur des personnages ambigus plus intéressants à ses yeux puisque ceux-ci, placés dans une situation forte en tension, pourront montrer leur vrai visage, le côté primaire et prédominant de leur personnalité. Ainsi, Annie nous est directement présentée comme une gentille petite fille détestée par ses parents non sans nous avoir montré sa capacité de destruction lors d’une de ses crises de colère. De même pour Emery Waterman qui nous est décrit comme un être antipathique, trait de caractère rapidement contrebalancé par la présence de sa mère castratrice qui le pose plus en victime qu’en individu malfaisant ou pour Joyce Reardon, femme éminemment sympathique au départ qui va révéler sa vraie couleur au fur et à mesure de l’intrigue.

Le cadre idyllique (la magnifique demeure montrée sous tous les angles) et les personnages plantés, la deuxième partie commence avec l’entrée dans la maison hantée de toute cette faune aux pouvoirs psychiques particuliers. Ce deuxième acte rappelle invariablement les propos du professeur Reardon : « Rose Red est une cellule morte ». A l’instar de cette réflexion, la deuxième partie du métrage se révèle la plus moribonde.

Volontiers expositive, emplie de bavardages superflus, cette partie contient en elle les germes de la mort du métrage qui n’en est pourtant qu’à sa moitié. Les premières victimes sont exécutées de manière expéditive sans qu’on ait eu le temps de les connaître mieux. Les séquences fantastiques sont rares et oscillent entre le bon (la visite de la demeure avec la corde) et le vraiment mauvais (Bollinger se fait attaquer dans la serre). En outre, la vie des Rimbauer, trop rapidement esquissée, ne permet pas de comprendre clairement les liens qui les unissent à travers les époques. Se contentant de nous infliger quelques scènes fortes émanant du passé, Baxley rompt tout lien logique et n’attire chez le spectateur que l’incompréhension. Cette lacune scénaristique sera réparée avec la création du Journal d’Ellen Rimbauer du même Baxley.

Heureusement, loin de s’enfoncer définitivement dans les catacombes cinématographiques, le métrage reprend quelque peu de vigueur lors de la troisième et dernière partie. Des complicités naissent, des événements surviennent (enfin !), le tout nous menant vers une conclusion certes pas éclatante mais du moins sympathique.

En définitive, Rose Red souffre considérablement de son format et offre un tiers assez ennuyeux où l’action avance au ralenti. Mais cette décélération ne dessert pas l’ensemble de l’œuvre qui est d’assez bonne facture et permet au spectateur de se divertir agréablement. Preuve que Baxley a peut-être trouvé, avec Darabont, la solution à la délicate équation incluant les romans de Stephen King et le cinéma comme inconnues.


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