Critique de film

Revenge : A love story

"Fuk sau che chi sei"
affiche du film
  • Genre : Thriller
  • Année de production : 2010
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Réalisateur : Ching-Po Wong
  • Pays d'origine : Hong-Kong
  • Durée : 1h30
  • Scénariste : Lai-yin Leung, Ching-Po Wong, Juno Mak
  • Musique : Dan Findlay
  • [
  • Bande annonce
  • ]
  • Casting : Juno Mak, Sola Aoi, Siu-hou Chin
  • Récompenses : Meilleur réalisateur, Meilleur film aux Moscow International Film Festival 2011
    Meilleur acteur (Juno Mak) au PiFan 2011

Un tueur s’attaque aux femmes enceintes en les éventrant pour faire disparaitre le foetus. Les enquêteurs découvrent avec horreur que ces femmes étaient en fait les épouses de deux collègues. Les inspecteurs arrêtent un jeune homme de 23 ans et réalisent qu’il se venge pour une affaire ayant eu lieu six mois auparavant...

Les critiques à propos de ce film

Critique de Revenge : A love story - Meurtres à la Saint Valentin
Par : Seb Lecocq


Deux crimes atroces viennent d’avoir lieu : deux femmes enceintes ont été éventrées et leurs bébés prélevés et portés disparus. Le tueur semble être un chirurgien. La peur règne sur la ville. Les enquêteurs découvrent que les maris des deux victimes travaillent au sein d’un service spécial de la police. Un troisième meurtre survient. Mais cette fois, la victime a survécu. Elle devient le témoin-clé des enquêteurs et se retrouve au cœur d’une sombre affaire de vengeance...

La vengeance est un des thèmes les plus anciens et les plus exploités du cinéma. Normal quand on sait que la vengeance est le sentiment le plus viscéral et puissant qu’un humain peut ressentir. Logique qu’un cinéaste aussi à part, prometteur et exaspérant que talentueux que Wong Ching Po s’y attaque. Revenge : A Love Story est souvent comparé au Dream Home de Edmong Pang car, comme lui, il fait partie de ce qu’on appelle désormais la néo-category III et est produit par Josie Ho et Conroy Chan. Toutefois, les deux œuvres sont très différentes. Si on retrouvait le côté ludique du cinéma de Pang dans Dream Home, Revenge affiche un premier degré permanent. Ce qui colle bien avec le style de Wong, souvent pompeux, pour ne pas dire prétentieux. Cette prétention sera symbolisée par les encarts philosphico-théologiques qui parsèment le métrage, le scindant en différents chapitres illustrant tant bien que mal la citation d’ouverture.

Tout commence là où le A l’Intérieur du duo Bustillo/Maury se terminait, par plusieurs meurtres de femmes enceintes, brutaux, froids et sans aucune pitié. Des scènes chocs dignes des meilleurs catégory III de l’époque. Le réalisateur modifie sa mise en scène, habituellement très esthétisante, pour adopter des plans plus longs, plus secs afin de coller à l’ambiance poisseuse des actes qui se déroulent sous nos yeux. D’entrée de jeu, on est plongés dans une histoire de meurtres en séries frappant un quartier de Hong Kong dans lequel un tueur en série tue des femmes enceintes et dérobe leur fœtus. Les séquences sont violentes et malsaines, filmées sans complaisance ni voyeurisme. Froidement. Puis, sans crier gare, le chapitre suivant s’ouvre sur la campagne et les débuts de ce qui semble être une histoire d’amour entre deux adolescents a priori lambda sauf que la jeune fille (la comédienne spécialisée dans les AV, Sola Aoi) est légèrement handicapée. Bien vite, le jeune homme (Juno Mak, monolithique) va la prendre sous son aile protectrice. Si scénaristiquement on nage en plein mélo, esthétiquement la rengaine est toute autre : le film conserve les codes du néo-polar avec ses couleurs délavées et ses filtres froids, créant ainsi un décalage entre la romance naissante et l’environnement immédiatement hostile créant un sentiment de tension, de malaise. On sait que le danger peut surgir à tout moment pour briser cette fragile union. Wong Ching Po l’a bien compris et joue sur cette ambiguïté tout en s’attardant un peu trop longtemps sur une histoire d’amour "bateau" portée par deux personnages manquant singulièrement de profondeur. Puis le drame survient, naissant d’un curieux hasard. Un quiproquo qui va virer au drame et provoquer un déferlement de violence sans fin.

Le reste de l’histoire consiste en un long troisième acte mettant en scène une brigade de policiers corrompus et pourris jusqu’à l’os. Une belle bande de fils de ... portée par un grand Anthony Lau qui signe un grand retour, après une semi-retraite. Il est parfait dans son rôle de némésis absolue. A partir de cet instant, l’œuvre bascule dans le polar hard-boiled et le film de vengeance pur et dur. Violence, coups fourrés, gore et tension s’accumulent tout en étant désamorcés par un scénario trop lâche et pompeux. Les réactions des divers protagonistes sont tellement à la limite de la connerie qu’on finit par se demander si le personnage le plus intelligent n’est pas justement celui de la jeune handicapée. Cela aurait pu passer dans un pur category III signé Billy Tang ou Ivan Lai mais, pour l’heure, le réalisateur et Juno Mak, qui en plus d’être le comédien principal est aussi le scénariste du film, essayent tellement de nous asséner un message que se crée un décalage entre les intentions et le résultat à l’écran. Puis finalement les fils de l’intrigue se dénouent et tout ce méli-mélo se ponctue par un final délicieusement pervers et assez bluffant.

Nourri par d’inattaquables qualités esthétiques et une mise en scène remarquable, Revenge souffre d’un scénario trop faible et d’un message asséné à coups de massue, le tout manquant sacrément de finesse et de profondeur. Cependant, les meurtres graphiques et brutaux, l’ambiance malsaine et déroutante, les comédiens habités et les quelques scènes d’actions bien troussées permettent à l’œuvre de se payer une place dans le haut du panier. La partie catégory III est bien gérée, alternant parfaitement la violence frontale et un contenu plus politiquement incorrect justifiant presqu’à lui seul la classification du film.

Finalement Revenge : A Love Story est à 100% un film de Wong Ching Po. Une mise en scène impeccable, une forme quasi parfaite mais un fond vraiment insuffisant encore plombé par une prétention de tous les instants.


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