Critique de film

Red Nights

"Les nuits rouges du bourreau de jade"
affiche du film
  • Genre : Thriller
  • Année de production : 2009
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Réalisateur : Julien Carbon, Laurent Courtiaud
  • Pays d'origine : Belgique, France, Hong-Kong
  • Scénariste : Julien Carbon, Laurent Courtiaud
  • Musique : Alex Cortés, Willie Cortés
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  • Bande annonce
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  • Casting : Frédérique Bel, Carrie Ng, Carole Brana, Stephen Wong Cheung-Hing, Maria Chen, Jack Kao, Kotone Amamiya
  • Récompenses :

Sous le règne du premier empereur de Chine, un tortionnaire savant, féru d’acupuncture, de médecine et d’alchimie concocta un élixir qui paralysait les membres de la victime, tout en décuplant la sensibilité des moindres terminaisons nerveuses. Sous le coup d’une overdose de sensation, le supplicié pouvait aussi bien endurer un excès de plaisir comme des douleurs insupportables. Tout dépendait de la partie du corps que le bourreau stimulait, et de la façon dont il opérait cette stimulation. Pour ce faire, il usait de griffes de jade, pierre chinoise mythique que l’on disait vivante. Ces griffes pouvaient aussi bien prodiguer de délicieuses caresses, d’érotiques attouchements, que d’épouvantables lacérations. C’est la nature de ces instruments, et le fait que l’élixir était conservé dans un crâne de jade, qui donna au tortionnaire son nom de Bourreau de Jade. Las, son succès finit par rendre jaloux ses rivaux et l’empereur lui-même, car ne disait on pas qu’avant de mourir, ses victimes féminines connaissaient sous les doigts du bourreau de jade une extase telle qu’aucun homme ne pouvait leur procurer. Le bourreau fut déchu et poursuivi pour révéler son secret. Rongé lui-même par le désir de connaitre les sensations extrêmes qu’il procurait à ses victimes, il se donna une mort amplifiée par l’absorption de son propre poison. Ses poursuivants ne trouvèrent pas le crâne, qui avait été dissimulé au coeur d’un large sceau impérial. Mais la malédiction du crâne de jade, qui avait causé la mort de son créateur, perdura à travers le sceau, apportant le malheur à tous ceux qui le possédèrent. Jusqu’à aujourd’hui...

Les critiques à propos de ce film

Critique de Red Nights - How to make a Dry Martini
Par : Alan Deprez (Vivadavidlynch)


Première réalisation des frenchies Julien Carbon et Laurent Courtiaud, exilés à Hong Kong, où ils se firent rapidement un nom en tant que scénaristes, Red Nights peut s’envisager comme l’aboutissement légitime d’une (jeune) carrière, cristallisant avec maestria les diverses obsessions de ses auteurs. Auparavant, le duo de scénaristes (formés à la Film Workshop de Tsui Hark) s’était chargé des scripts de Running Out of Time (Johnnie To, 1999), The Black Door (Kit Wong, 2001), The Touch (Peter Pau, 2002) et du « nawakesque » (mais ultra jouissif) Black Mask 2 : City of Masks (Tsui Hark, 2002). Excusez du peu… Un parcours qui les installa définitivement dans l’industrie locale, étoffa leur carnet d’adresses et posa autant de jalons menant à une œuvre-somme, loin des productions « mainstream » aseptisées, de plus en plus anodines… Un véritable rêve de fanboy « asiatophile ».

Red Nights (alias Les nuits rouges du bourreau de jade, un des plus beaux titres admirés récemment) clame haut et fort sa singularité, ainsi que son caractère atypique, via un scénario dont les « béances » sont un tremplin pour l’imagination du spectateur, appelée à fonctionner à plein. On y suit l’itinéraire d’une néo-femme fatale, Frédérique Bel (Camping, La minute blonde, Les dents de la nuit), vêtue d’un imper « Melvillien » et à la gâchette facile, qui se retrouve mêlée à un trafic d’œuvres d’art, impliquant une beauté vénéneuse/mortelle/belle à mourir (biffer la mention inutile), prête à tout pour mettre la main sur l’objet en question (héroïne incarnée par Carrie Ng, qui d’autre ?). Un scénario-prétexte donc, car les enjeux sont ailleurs. Dans la création minutieuse d’un univers fantasmatique et sulfureux, qui demande au spectateur un abandon total, afin d’en apprécier les nombreuses « saveurs »…

A la source de ce que l’on pourrait qualifier d’intense « trip visuel », la direction photo de Man-Ching Ng et le production design d’Horace Ma offrent un écrin somptueux à l’univers de Carbon/Courtiaud, ouvertement pictural et référentiel. Renvoyant visuellement à l’ambiance délétère de certaines œuvres de Mario Bava (la lumière, toute en couleurs saturées) et aux grandes heures du giallo transalpin, Red Nights se révèle surtout une ode fétichiste, avec tout ce que cela sous-entend. Eminemment érotique (la nudité est exhaltée par une caméra presque « charnelle », frôlant les corps à même la peau) et sensuel, le film déborde de l’amour de filmer de belles femmes, dans des tenues magnifiques (robes de soirée, escarpins - cf. tendance à la podophilie-fétichisme des pieds, …), qui jouent au chat et à la souris dans une atmosphère de film noir ou s’adonnent à des pratiques perverses, connotées BDSM (rappelant les sphères du bondage « arty » à la japonaise, l’univers du magazine SM Sniper, le travail de Nobuyoshi Araki, …). Une sophistication certaine, idéalement servie par un casting 5 étoiles : en plus de Frédérique Bel (plutôt inattendue, mais par instants un des points faibles du film), on se retrouve face à une distribution hétéroclite, dont le centre d’attraction est la sublime Carrie Ng (City on Fire de Ringo Lam, Naked Killer, Justice, My Foot ! de Johnnie To, The Lovers de Tsui Hark, …), aux-côtés de la craquante Kotone Amamiya (bien connue des amateurs d’adult videos - AV, un visage que l’on n’oublie pas…), de la belle Carole Brana (A l’aventure de Jean-Claude Brisseau, les séries Sections de recherche et Femmes de loi) et de cette vieille trogne de Jack Kao (La cité des douleurs & Millenium Mambo d’Hou Hsiao-hsien, Full Alert de Ringo Lam, Time and Tide de Tsui Hark).

Red Nights , hommage enamouré à la belle Carrie Ng, qui convoque le meilleur des productions Category 3, des romans pornos de la Nikkatsu, des œuvres de Koji Wakamatsu et des fulgurances esthétiques de Teruo Ishii (entre autres multiples références), comblera à coup sûr tout esthète érotomane qui se respecte ou chaque spectateur qui acceptera de se laisser emporter dans pareille expérience « sensorielle » (et passera outre de minimes problèmes de rythme). Un voyage cruel à travers le plaisir et la douleur, fortement érotisé et à la splendeur « plastique » indubitable… Inoubliable…


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